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2009/06/27

Ottawa, capitale canadienne des book clubs

- Moi, je n'ai pas du tout aimé ce livre. Je l'ai trouvé assez faible. Plutôt convenu dans son projet d'écriture : regardez, je suis un blanc d'une cinquantaine d'années, et j'écris du point de vue d'un aborigène de 13 ans... Et puis, dans l'ensemble, le livre manque terriblement de cohérence, une juxtaposition de scènes bizarres, en utilisant le prétexte de la magie, du point de vue enfantin. Mais aucun véritable fil narratif ne se détache. J'ai trouvé assez incroyable que le livre soit nommé pour le Booker Prize.


Silence, un ange passe dans le Tea Party, le coffee shop du Marché By ; regards féminins vers la silhouette brune et barbue qui n'a pas aimé "Mr Pip" de Lloyd Jones. Il sourit, amusé, et elles le regardent toujours, glacées par un avis si définitif, argumenté mais négatif ; est-on encore vraiment dans l'esprit d'un book club, de la discussion autour d'un livre, de l'égrainage des thèmes tel que la chef de cérémonie avait l'intention de le faire ?

D'autant que, même mitigés, les avis féminins présents ne sont pas sévères, appréciant plutôt la variété des thèmes abordés, ces thèmes ambitieux, comme cette présentation originale du professeur, un peu magicien, un peu littéraire, introduisant un roman de Dickens dans une société aborigène. La barbe éclate de rire.

- Rappelons tout de même que Great Expectations est un roman assez peu subtile de Dickens, qu'il n'y a aucun thème vraiment caché, comme peut le laisser supposer le livre Mr Pip. Et puis, soyons honnête, le personnage du professeur est loin d'être une figure positive. Il faut tout de même garder à l'esprit qu'en enseignant Dickens et d'autres thématiques occidentales, il est en train d'effacer insidieusement la culture aborigène, de couper les jeunes de leurs traditions.

- Je ne suis pas d'accord avec cette question de culture et de tradition dans l'éducation. Je pense qu'une bonne éducation doit respecter l'individualité de l'enfant, lui laisser la possibilité de faire ses propres choix. De ne surtout pas lui imposer ses goûts. Par exemple, dans le cas de mon fils, je suis très religieuse, et lui est profondément athée, je respect parfaitement son opinion. Il veut travailler dans l'armée, et je suis pacifiste. Je respecte. Le devoir d'un parent, c'est d'aider ses enfant à grandir en tant que personne.

Oui, ce singulier book club met en présence deux populations assez incompatibles ; trois étudiants aux affinités plutôt alternatives, et quatre mères de familles. Mais avouons-le, elles ont joué carte sur table : ce club leur permet de discuter de livres certes, mais surtout de passer une bonne soirée entre amies, de sortir un peu de leur quotidien, maisons en banlieue d'Ottawa, collègues ne lisant que des magazines, tu penses, sur un chantier ; travail parfois abrutissant. Une seule s'est avouée pleinement satisfaite de son métier et de ses caractéristiques créatives, son activité de design de produits de tous genres ; oui, le design, pas comme créatrice indépendante, mais pour une société, pour le discounter Tigre Géant. Il n'y a aucun mal à chercher le bavardage littéraire, l'échange sur un thème précis du livre, la discussion sur un point peu clair de l'intrigue, un peu de socialisation par la lecture.

Les étudiants restent silencieux maintenant, en sirotant leur thé glacé, le meilleur de la ville. Peu de débat esthétique à espérer, de controverse sur les vertus stylistiques de la déconstruction ou d'un tracé post-moderne du roman, sur les livres infinitésimaux ; au fait, as-tu préféré l'Etranger ou la Peste de Camus ? La Peste m'a semblé plus sec, mais original, trop théorique et idéaliste. Le plus simple serait assurément de quitter la réunion et bavarder littérature entre étudiants, autour d'une bière ; il faut savoir reconnaître les limites de la mixité sociale et du brassage d'origines.

- Vous connaissez la nouvelle ? Michael Jackson vient tout juste de mourrir !

Une retardataire vient de débarquer dans le Tea Party ; blonde, fortement bien en chaire, tatouages floraux sur les bras et au dessus de son décolleté. Quelle tristesse, ce décès ; toutes les boutiques du centre commercial diffusaient déjà les chasons du King of Pop. Elle extrait quelques livres de son sac, Good Omen de Gaiman & Pratchett, le comic Sandman ; hé oui, nous tentons d'être éclectiques, de ne pas nous restreindre à la grande littérature. Certes, Gatsby était excellent, lors d'une précédente séance, mais nous lisons aussi des livres pour enfant parfois, et puis Twilight, comme c'est beau. D'ailleurs, quel livre pourrait-on choisir pour le mois d'août ? Oh, oui, Lolita pourrait être une excellente idée.

Le barbu sourit de sa propre proposition. Livre excellent et fascinant, et sur lequel il serait certainement amusant d'entendre les commentaires de jeunes mères de famille.

2009/05/24

Bavardage politique au Canada à l'heure du déjeuner

- Alors, comment sens-tu les élections ?


Le professeur iranien lève les yeux de son déjeuner, sourit au professeur canadien.

- Oh, il n'y a plus trop de suspens, Ahmadinejad va être élu sans problème. Il sait parfaitement parler aux classes les plus démunies, et c'est elles qui décident de l'issue du scrutin. La bourgeoisie et les classes les plus éduquées ne votent pas pour Ahmadinejad, mais elles ne sont pas assez nombreuses pour faire basculer le résultat. L'opposition s'est d'ailleurs résolue au résultat, son seul objectif est maintenant d'éviter qu'il soit élu dès le premier tour, avec la majorité absolue. En cas de 2ème tour, avec seulement deux candidats, il serait plus facile de dessiner un affrontement politique net, de mobiliser les électeurs, de le mettre un peu plus en ballottage, d'envoyer un signal au pouvoir. Mais au final,  Ahmadinejad va être élu sans problème.

- D'une certaine, il s'en est plutôt bien sorti, il a fait du bon boulot.

- Du bon boulot ?

- Oui, pour manipuler les foules, pour profiter des penchants anti-américains, pour asseoir son autorité. Il est très doué pour cela. Peut-être cela va-t-il être un peu plus difficile pour lui maintenant, avec Obama. A ce niveau-là, il n'était pas difficile de fédérer contre Bush ; Bush, c'était clairement le méchant, le sale type, il offrait une prise facile pour la contestation.

- Ce n'est pas faux. Obama a annoncé ses envies de dialogue avec l'Iran, ce sera forcément plus difficile à gérer pour Ahmadinejad. Au fait, vous avez un président, en Allemagne ?

L'étudiant allemand lève les yeux du poulet au cury de sa boîte en polystyrène, fronce les sourcils.

- Oui, il y a un président en Allemagne. Mais je suis incapable de retrouver son nom. Keller, Köhler, ce doit être cela, Köhler. Le président à très peu de pouvoir, en Allemagne, juste un rôle de représentation, de chef d'état. C'est le chancelier qui dirige vraiment le pays.

- Il est désigné après les élections au parlement, c'est ça ?

- Oui, il est choisi dans le parti majoritaire. Même s'il n'y a jamais de parti avec la majorité absolue en Allemagne, c''est toujours un gouvernement de coalition, avec négociation après le scrutin. C'est une approche similaire en Italie, non ?

L'étudiante italienne sourit largement, le chef du gouvernement italien est bien choisi dans la majorité à l'issue des élections au Parlement. Le professeur iranien fait la grimace.

- C'est amusant, à l'étranger, il n'y a que deux hommes d'état qui me déplaisent vraiment. Berlusconi et Sarkozy, je ne peux vraiment pas les supporter. Au fait, comment est la popularité de Sarkozy en France, en ce moment ?

L'étudiant français reste silencieux quelques instants, regardant dans le vide ; il choisit ses mots.

- En ce moment, la popularité de Sarkozy est au plus bas. A cause de sa manière d'exercer le pouvoir, je pense. Normalement, en France, les rôles sont bien séparés entre le président et le premier ministre : le président comme chef d'état, le premier ministre comme chef de gouvernement, au quotidien, avec les ministres engagés dans chaque domaine. Mais Sarkozy veut être partout, et pour la moindre réforme ou annonce, il prend la parole ; son credo, au moment de l'élection, c'était "si je veux faire changer les choses, les choses changeront". Donc il s'engage sur tout. Mais, bien entendu, avec la crise économique, même avec toute la bonne volonté du monde, les choses ne changent pas beaucoup, et ont plutôt tendance à empirer. Alors les gens ont une très mauvaise opinion de Sarkozy en ce moment, un profond sentiment de déception par rapport à ses promesses.

- Et que pensent les gens de sa femme ?

Nouvelle minute de réflexion : pas facile d'émettre une opinion profonde sur le couple Sarkozy.

- Je pense que le mariage avec Carla Bruni a un peu joué en sa défaveur, en particulier auprès d'une partie de son électorat, assez traditionnel, plutôt âgé. Il venait juste de divorcer, et même pas deux mois plus tard, le voilà marchant main dans la main à Disneyland avec Carla Bruni. Pas idéal pour les plus conservateurs et les tenants des traditions. Cela n'a pas forcément été très bon pour l'image qu'il renvoyait.

- Ah, l'image. C'est certain qu'il ne paraît pas très serein vu de l'étranger, il ne donne pas forcément très envie de l'aimer, même pour ceux qui n'habitent pas en France. On en vient même à se demander, avec certaines maladresses, comment certains ont pu voter pour lui, comme aveuglément.

- C'est un peu comme Berlusconi, en fait : très doué pour être élu, même si cela paraît incroyable de l'étranger. Pas mal aidé par la désorganisation de l'opposition, je pense, en Italie comme en France. Mais en France, on peut se dire que c'est juste l'erreur d'une élection, un vote sans vraie connaissance de cause. En Italie, c'est la deuxième ou troisième fois qu'ils ré-élisent Berlusconi, ils ne peuvent plus dire qu'ils ne savent pas ce qui les attend, non ?


22/05/2009 - Ottawa

2009/04/22

Le triste sort d'une totilla dans un récipient bon marché

En Allemagne, les gâteaux sont généralement généreux et épais, richement fournis de crème et cerise, à la manière d'une forêt noire de dessin animé dont les parts sont plus hautes que larges. Difficile voire impossible de trouver un simple gâteau au yaourt ou d'opter pour une tarte aux fruits dans un salon de thé, le gâteau allemand joue la carte de l'épaisseur et du superlatif.


Par conséquent, son transport n'est pas aisé et des accessoires adéquats sont disponibles dans le commerce. "Cake holder", pourrait-on dire en anglais, sorte de plateaux plastifiés surmontés d'une cloche transparente façon cloche à fromage, joignant le plaisir de l'exhibition au simple besoin pratique. Hélas, toute bonne idée se trouve souvent dévoyée par les exemplaires bas de gammes, vendus dans les magasins discount ; les clientèles fragiles n'ont pas le choix, devant se contenter de plastique mince et cassant, d'un système de fermeture de la cloche faible, et les étudiants se voient donc contraint d'affront des transport de pâtisseries dangereux et aléatoire.

Samedi dernier, une sympathique soirée était organisée à Duisburg par quelques étudiants sud-américains de l'université. Thématique prometteuse : que chacun vienne muni d'un plat de son pays. Malheureusement, la tortilla chilienne aux pommes de terre et poivrons n'est jamais arrivée à bon port, trahie par la légèreté des attaches du cakeholder tout neuf. Peut-être la forte densité des épaisses tranches de pommes de terre a-t-elle été fatale aux quatre charnières de plastiques ? Peut-être auraient-elle résisté sans problème au premier gâteau crémeux venu ? Difficile de savoir, mais les chiens duisburgeois ont dû se régaler.

18/04/2009 - Duisburg

2009/03/23

Soirée DVD et repas dans des assiettes en plastique


Soirée DVD avec salade de pâtes et brioches fourrées
22/03/2009 - Paris

2008/06/26

2008/06/24

Et 3 fois 0,5 qui font 11,5L

- Salut. Comme je n'étais pas là pour ton anniversaire, j'ai apporté cela. Avec un peu de retard, mais j'espère que cela te plaira.

Un petit paquet fin, certainement un disque, et, horreur, un carton rempli de bouteille. Une magnifique idée, m'offrir une demi-douzaine de bières, provenant des quatre coins de l'Allemagne.

Une magnifique idée qui m'horrifie aussitôt. L'objectif principal de cette fête était de boire quelques unes des bières traînant dans mon appartement, quantité de König Pillsner et de Beck's entassées dans un grand casier à l'allemande. Une vingtaine de bouteilles environ, soit une dizaine de litres, nous ne pouvions pas en venir à bout en une semaine, mon colocataire et moi. Mais voici déjà des renforts aux troupes que nous souhaitions décimer.

Ainsi, le bilan de la soirée est simple et terrible. Comme toutes mes tentatives précédentes à Duisburg, la soirée n'a drainé aucune foule, avec seulement trois camarades présents. Heureusement qu'il y avait un couple. Etant quatre, nous avons bu 4 bouteilles. Avec les 6 reçus en cadeau, cela fait donc un gain brut de 2 bouteilles.

Et la mésaventure se répétera lundi soir, quand un ami viendra chargé de 3 bouteilles neuves. Deux bouteilles bues ce lundi, le bilan est nouveau tristement positif.

Me voici donc en possession de plus de 11L de bière, avec à peine 4 soirées d'ici mon retour en France samedi matin. Espérons que mes prochaines invitations seront plus efficaces que les précédentes : "INTERDICTION DE VENIR AVEC DE LA BOISSON"

21.06.2008 - Duisburg

2008/04/18

Et maintenant, pour les couverts également, des touches de couleurs denses pour meubler

BVleu, vert, orange, rose.
Ou, plus précisément,
Bleu turquoise, vert amande, orange clémentine, rose cassis.
Dans des plastiques fins, peu luxueux, comme des résidus de plastiques de Twingo moulés sous forme de bols et de gobelets.
Les quatre couleurs pour chacun des récipients, les bols comme les gobelets.

Hier, j'ai poursuivi mes achats pour installer mon grand logement vide et blanc, et je me suis fixé sur de la vaisselle colorée. Car, si les bols et les gobelets sont fins, peu chers et totalement unis, les deux assiettes m'ont sauté au visage presque à l'entrée du City Palais de Duisburg, depuis la porte tournante.

Larges assiettes très plates en plastique épais, présentant de larges personnages animaliers dessinés dans des couleurs très vives, presque agressives, un joli dessin utilisant toutes les teintes de la nouvelle boîte de feutre du petit dernier.
Sur fond vert profond, une girafe, portant un pull en laine à col roulé.
Sur fond rose sombre et franc, un ours portant sweat-shirt à capuche et écussons de jeune raper naïf, dont un exquis YO YO cousu sur la poitrine, juste au niveau du coeur.
Des assiettes de camping, surtout des assiettes pour enfants, un côté dînette en grandeur nature, avec tout le mauvais goût des papiers peints enfantins, ou de ces pulls dont les personnages tricotés s'étendent sur tout le torse en une présence oppressante pour le regard cherchant l'équilibre et la légèreté.

Mais, en ce moment, la finesse ne m'intéresse pas.

Je cherche à peupler le vaste espace immaculé de mon appartement étudiant, cette longue pièce blanche dont le grisaille irradiant du sol plastique m'a cloué sur place lors de ma première venue. Halte au minimalisme intégral ! J'introduis peu à peu des taches de couleurs très vives et les éparpillent sur les quelques étagères, bougies oranges, bleu sombre et rouges, et maintenant ces assiettes et bols et verres dont la saturation électrique dégage une dense attirance visuelle.

J'assemble une installation décorative temporaire, très bon marché, un mauvais goût instable et mouvant, glissant de jour en jour au gré des déplacements de bougies et d'ustensiles pour les repas, et peut-être atteindrais-je parfois un équilibre agréable.

Je devrais pouvoir bien m'amuser avec mon appareil photo.

Et hurler de rire à chaque repas, aussi, en découvrant une tranche de jambon invisible sur le rose intense d'une assiette au motif de vache.

2008/04/17

Et une grande blonde m'a dit : "quelqu'un a mangé dans mon bol"

- Are you eating in your plate ? - Hum, no. Oh, my God, it is yours. I'm sorry, I'm so confused.

J'étais en train de terminer ma soupe dans la cuisine d'étage quand une grande blonde est entrée, en deux fois. Tout d'abord, pour prendre deux verres, deux assiettes, et retourner dans sa chambre, située en face de la mienne. Puis, la deuxième fois, pour enquêter sur mon utilisation pirate de sa vaisselle.

- Vous comprenez, chacun doit apporter ses propres affaires, ses assiettes, ses couverts. Seul le micro-onde et l'un des deux réfrigérateurs sont à la communauté. Chaque personne possède son placard, qu'il peut fermer à clé, pour conserver sa nourriture personnelle. - Je suis désolé, je viens d'arriver, et avec toutes ces inscriptions en allemand. Vous en avez besoin tout de suite ? Je vais vous laver cela à l'instant. - J'espère bien. L'autre jour, quelqu'un s'est servi de nos planches à découper, et les a rangées sales.

Elle sort, et j'attaque directement la vaisselle, sans même oser utiliser en plus une cuillère pour mon yaourt nature non sucré. Moi qui avait déjà longuement hésité avant de m'installer dans la cuisine d'étage ce soir, n'ayant pas vraiment le courage de lancer une possible conversation, souhaitant profiter d'un calme solitaire après une journée remplie à l'université. Mais comment éviter cette cuisine communautaire, quand il n'a pas été possible de trouver assiettes et couverts dans les supermarchés les plus proches de ce logement ?

Je frotte au mieux cette vaisselle violée, l'essuie consciencieusement avec les vagues torchons que j'ai déniché ce soir, tenant en fait plutôt de l'essuie-tout pouvant s'utiliser une douzaine de fois. Et aussitôt, je rentre en vitesse dans mon appartement, glisse le yaourt non consommé dans mon réfrigérateur au bloc de glace massif et non dégivré, puis croque une petite pomme assis à mon bureau.

Je ne crois même pas avoir regardé cette grande blonde en face, étant assis à la table et elle debout derrière mon dos, et moi trop gêné pour me tourner totalement. Seules deux images flottent pour tisser son portrait, ses hanches larges mais sportives, à hauteur de mon regard de dîneur assis sur une basse chaise pliante, et sa coiffure courte, explosive et peroxydée. Des mèches éparses et comme punk, association immédiate dans mon esprit avec les jeunes punkettes lesbiennes de la bande dessinée Locas de Jaime Hernandez. Le large poster rock accroché à la porte de sa chambre doit m'influencer, cette chambre partagée avec une autre jeune fille à l'aspect beaucoup plus banal, et ne parlant pas un mot d'anglais, m'avait-elle fait comprendre la semaine passée. Avec la coupe de cette grande, je n'ai que la chevelure d'Hoppey la rebelle, bien loin du duo déjanté de la bande dessinée. Pour en savoir plus, oserai-je leur proposer une bière vendredi soir lors du modeste apéritif avec mes collègues ?

Je termine doucement cette pomme au trognon instable, dont le jus croquant coule en gouttes sur les feuilles de cette vieille édition de Libération. Au moins, les nouvelles ampoules basse énergie d'Aldi éclairent plus que les pauvres filaments de 25W livrés d'origine.

2008/04/13

Nettoyage de printemps et bricolage décoratif dans une chambre d'étudiant

Est-il vraiment surprenant de passer un dimanche après-midi en survêtement ? Entre les cadres souhaitant une détente vestimentaire et les sportifs du week-end, le panel est large, mais en temps normal, je ne correspond à aucune de ces catégories, si ce n'est pour un épisodique jogging le matin.

Mon survêtement du dimanche a été motivé par un nettoyage de printemps imposé, dans ma nouvelle chambre à l'impressionnante poussière. Je n'envisageait pas de m'installer dans un tel espace la semaine prochaine, et tout mon week-end s'est vu orienté par cette occupation de nettoyage, particulièrement agréable quand elle s'ajoute aux travaux de déménagement. Dire que le concierge ne m'avait fourni les clés que mercredi, sous le prétexte de vérification et d'entretien de la chambre...

Bon sang, deux jours n'étaient donc pas suffisants pour déplacer les lits ? L'amoncellement granulé nichant sous les sommiers ne laisse place qu'à ceux hypothèses : soit aucun aspirateur n'a été passé sous ces couches depuis un ou deux ans, soit les précédents locataires étaient adeptes d'un fétichisme érotique tournant autour du bac à sable. Et cette dernière idée n'est peut-être pas la plus fantaisiste ni la moins rassurante, étant données les trois pop-corns collés entre le mur et le cadre du lit de droite, dont deux encore sous forme de graine.

Oui, au risque de me répéter, me revoici dans le monde étudiant, un espace où le logements possèdent des revêtements rayés gris et blancs, offrant un aspect sale même quand ils sont propres, afin de cacher pudiquement les mauvaises habitudes alimentaires de ces post-adoscents. D'après les petites traces oranges trainant sur le sol ou les étagères, on peut supposer que les étudiants allemands font une grande consommation de sauce tomate, dans des plats de pâtes ou sur des pizzas. Je doute que mes prédécesseurs aient été des adeptes des tomates farcies, c'est trop demander à des cuisiniers qui laissent des auréoles de casseroles sales sur les étagères du salon.

Vêtu de mon survêtement vert et informe, j'ai manié balais, lingettes humides, éponge et serpillière avec une euphorie nerveuse, entretenue à l'aide de quelques jurons racistes, histoire de maintenir un influx nerveux élévé. Et de rire de mes propres bêtises, également, par exemple face à ces longs cheveux noirs éparpillés partout, qui ont entraîné force malédictions associées à la calvitie des élèves chinois expatriés : quel éclat de rire quand j'ai réalisé que ce devaient être les poils de mon balai premier prix !

Une fois les gros travaux achevés, je me suis attaqué à l'installation de mes affaires dans mon élan hilare, avec pour objectif de créer un début d'ambiance à peu de frais. J'ai donc distribué mes livres et CD et magasines sur les étagères, disposé mes photos et cartes postales avec une désinvolture soigneusement travaillée, et ajouté mes petites trouvailles du samedi. Quelques bougies chauffe-plat oranges dénichées à Düsseldorf, douces taches colorée dispersées un peu partout, et puis une fleur en peluche chantant Happy Birthday, une de ces magnifiques bricoles qui semblent créées uniquement pour les Foirfouilles et autres magasins "Tout à 1€".

Quelques articles de Libération et publicités des Inrocks me servaient de touche finale.

La semaine prochaine, je vais pouvoir prendre pied dans un espace plus propre, et surtout un peu plus chaleureux, à défaut d'être fourni en rideaux. Et vendredi prochain constituera la prochaine grosse étape, puisque je compte inviter mes collègues et amis pour une soirée de découverte. Elle s'annonce des plus amusantes, ce cadre dénudé s'avérant finalement très malléable.

2008/04/09

Le dépouillement angoissant d'une chambre d'étudiant après un mauvais 1er avril

- Bon, bien entendu, ce n'est pas le même standing que la Guesthaus. Pas le même service au niveau du ménage, la cuisine, la salle de bain, des parties communes.
- Pour deux mois et demi, ça ne posera pas de problème. Je ne suis pas trop exigeant.

Et, en disant cela, je pensais également : "vous savez, madame, j'ai vécu en résidence étudiante il n'y a pas si longtemps". Mais il faut croire que trois ans suffisent pour changer les perceptions et les habitdes. S'embourgeoiser ? Juste devenir adulte et indépendant ?

En montant les quatre étages, le carrelage de HLM n'avait déjà été très engageant, réminiscences de lointaines banlieues parisiennes et d'arrière-grand-mère logeant dans un immeuble de bas standing. L'absence de numéro sur les portes n'était pas pour me rassurer, et timide, je me retrouve à essayer toutes les serrures avec tout mon mystérieux trousseau de clé surchargé. Ah, tiens, la cuisine d'étage, une grande bouffée d'école d'ingénieur avec ses plaques de cuisson et son réfrigérateur partagé, et surtout, détail plein de chaleur, ses placards à provisions fermés à clés, un par chambre. La confiance règne, attention aux voleurs de café et de biscuits.

Mais j'ouvre enfin la porte et me voici blême. J'ai déjà oublié la voisine d'en face qui ne parle pas anglais et laisse sécher ses fringues dans le couloir pile devant ma porte, et l'espace pâle et grisâtre m'a sauté au visage. Deux plaques de cuisson bancale, un évier sans eau chaude, juste une bonbonne à remplir à la main et à brancher sur le secteur. Une longue pièce où trois chaises broutent la terre battue du plancher, accompagnées de deux bureaux et deux étagères bancales. Une étagère se cache derrière la porte, ayant tellement honte de ces murs sales passés à la chaux. La fenêtre m'aspire de toute sa lumière entrant librement entre les rideaux absents. Dans la chambres, deux grabats aux matelas marrons et résignés sont couchés épaule contre épaule, une micro salle de bain dans un coin. Les ampoules paresseuses peignent l'ambiance de jaunisse aux accents urinaires.

Mais où se trouvent les deux chambres ? Je veux bien avoir été naïf en imaginant trouver un oreiller et une couverture, mais et l'absence de rideau de douche ? De rideaux aux fenêtres ? Aucune lampe de bureau, aucun cintre, et les prises de connexion Internet tellement bien cachées que je ne suis pas arrivé à les trouver ?

Un brutal retour dans la réalité immobilière étudiante. La pâleur maladive ambiante m'oppresse et je bondit dans la rue, tentant d'oublier le bloc de glace gros comme un tonnelet qui dors souriant dans le réfrigérateur.

Je marche à grands pas dans la rue, et cette mauvaise blague du 1er avril commence véritablement à toucher mon moral. Un coup de fil le midi, soudain : "êtes-vous prêt à quitter votre chambre, votre réservation s'arrête fin mars !", et comprendre que mon fax de réservation a été mal lu, qu'il me faudra peut-être sauter de chambre en chambre par tranches de deux semaines jusqu'à fin juin, avec, parfois des trous de trois jours sans logement. C'est bon de rire parfois, et ce type d'anecdote prête souvent à rire, mais rarement avant qu'une dizaine d'années se soit écoulée...

Alors cette chambre double finalement disponible pour trois mois, finalement, ça avait été une bonne nouvelle, et l'attente d'une heure devant le bureau du concierge non anglophone n'aurait dû être qu'une péripétie vite oubliée. Mais ce grand espace bancale, poussiéreux et manquant d'équipement ! Bon sang, vais-je devoir investir dans des rideaux ou me résoudre à être réveillé par le soleil à 5h du matin ?

Je commence à manger une deuxième barre de cette tablette de chocolat. Chocolat noir à 77%, bien corsé pour se saisir brutalement, mais le parfum de fruits rouges annoncé est tellement discret qu'il est inexistant, une nouvelle légère frustration. Mais bon, cela reste toujours un bon chocolat noir.

Je m'approche de l'université, pas tout à fait encore prêt à reprendre le travail après cette étranger interruption en pleine après-midi, cette découverte amère et ces questions, cette absence de rideaux et ces larges murs blancs au fort pouvoir mélancolique. Il faudra vite remplir tout cet espace et sa note soutenue en bourdon, coller au mur des affiches comme il y a quelques années, n'importe quoi, des couvertures de Libération, de Courrier International, des Inrocks, des tracts, et, l'un dans l'autre, ce pourra être amusant. Et puis, oui, faire une fête à mon arrivée, réunir mes collègues avec quelques hautes bouteilles de bière allemande, cela donnera un peu de vie et de souvenirs à ce logement. Pousser jusqu'au bout la logique étudiante, faite de rencontres, d'échanges et de décorations éphémères, de petits bricolages et d'achats plus ou moins prévus, d'écumage des magasins discount et de boutiques à un euro.

La couette achetée hier à 9,90€ devrait d'ailleurs donner des couleurs, ses bleu et rouge francs ne tombent finalement pas si mal. J'irai l'installer ce soir, en emportant quelques affaires. Cela permettra de prendre possession de l'espace et de regarder la laideur avec mon de répulsion initiale.