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2008/01/01

n°1 - LCD Soundsystem, coup de foudre amical et hasard provoqué

N°1

Elle a cessé de croire au Prince Charmant, m'a dit cette année une amie de 35 ans.

Je suis tout à fait d'accord avec elle, pourtant, je pense encore et encore à ce disque. Je le repasse souvent sans aucune lassitude, avec le même émerveillement, une redécouverte à chaque fois, il est parfaitement séduisant, et j'y songe souvent dans la rue. Il n'y a pas de Prince Charmant, mais ce n'est pas incompatible avec l'existence de coups de foudre.

Hop, une soirée, et je partage un verre avec cette vieille connaissance. Léger embonpoint, style quelconque, en fait, je ne connais pas très bien ce type, j'ai retenu son style très personnel de danse une bière à la main, les deux ou trois blagues que j'ai pu entendre, plutôt amusantes. J'ai écouté son premier album, quelques uns de ses mixs, très agréables. Mais nous n'avons pas dû échanger plus de trois phrases, nous ne devons pas vraiment connaître nos noms de famille respectifs. Ou alors il a plus de mémoire que moi.

Ce soir-là, une soirée sympathique avec une jolie foule, et l'on s'est croisé, on papote accoudés à un mur, dans le passage, juste à côté de la porte des toilettes dont le verrou paraît si traître. On l'entend être tordu en tout sens, résistant, et celui qui finalement émerge affiche une mine à peine rassurée, pris au piège de longues minutes aux toilettes. Pas un choix délibéré de nous poster ici, mais c'est amusant, régulièrement, ces petites paniques, et cela laisse malgré tout le temps d'une agréable conversation. Un échange fluide où les sujets évoqués s'enchaînent sans problème, des opinions partagées sur l'amitié quand on vieillit, sur la mélancolie douce d'une rupture mais aussi sa si belle beauté triste. Et aussi tout son sens de l'humour, le rythme qu'il sait donner aux mots, mélange de distance et d'énergie, son regard sur la vie urbaine, sur les manières de faire la fête.

L'ambiance autour de nous résonne doucement de cette entente découverte, cette amitié évidente qui s'installe. Ces points communs font écho à certaines de mes préoccupations profondes, sentiments revenant régulièrement, ou même opinions inconscientes qui se révèlent ainsi. Découverte d'un ami tel qu'on en attendait un depuis longtemps, sans totalement le savoir, comme pour le hasard provoqué que présente André Breton dans l'Amour Fou : l'entente lors d'une rencontre n'est pas totalement fortuite, elle réveille des aspirations lointaines, parfois cachées. Tout s'assemble, un pur coup de foudre amical, cocktail de détails et d'attitude.

You spent the first five years trying to get with the plan,
and the next five years trying to be with your friends again.
Comment résister à ces paroles ? L'amitié d'abord, ou les projets, la famille à fonder, la carrière ? Et toute la puissance discrète d'un regard qu'il détourne en parlant, but where are your friends tonight ? Puis les sifflements, les petits coups, les mains dans lesquelles on frappe délicatement, tout doucement, le coeur encore gros en songeant à cette silhouette qui n'existe plus pour nous qu'en noir, the worst is all the lovely weather, I'm sad it's not raining. La joie de l'entendre baisser la voix pour une balade, ou répéter encore les mêmes syllabes dans son emportement, de découvrir ses blagues, ses synthés pas vraiment originaux, qui semblent parfaitement ajustés avec tout le reste, qui surgissent toujours magnifiques et me donnent le sourire. Je ne m'en lasse, je fait régulièrement mon délice de LCD Soundsystem et de son splendide Sound of Silver, et le sentiment devrait rester profond encore longtemps.

2007/12/31

n°2 - Panda Bear peint tout seul de longs paysages

N°2

- Happy Birthday, Panda Bear.

Un gâteau arrive avec bougies, et toute la Maroquinerie chante en choeur pour fêter cette occasion, une communion de groupe supplémentaire après la prestation hypnotisante du groupe Animal Collective. Geolist tripatouillant les boutons de ses nombreuses consoles, guidé par sa lampe frontale, un chanteur bondissant à casquette molle, frappant parfois une batterie, et au bout, tout à droite, Panda Bear, ses samples bidouillés, sa voix claire. Le trio livre une musique agressive et répétitive et magique, des instants jamais entendus ailleurs, une transe de percussions, de boucles électroniques et de chants remplis d'échos, une pop d'avant-garde qui n'a plus rien de pop, en fait. Mais la salle est pleine et entraînée d'un seul mouvement, une expérience unique, et même sans le magnifique Peacebone paru cette année.

L'expérience est unique et enrichissante, comme celle d'écouter le vieux live du groupe, Hollinndagain, extrême, fou, quasiment sans chanson mais juste de longs morceaux de bruits et de nappes sonores. Une expérience unique et éprouvante.

Mais j'ai eu le courage de plonger dans de telles expérience uniquement après avoir écouté les morceaux de l'album que Panda Bear a publié cette année en solo, Person Pitch. L'album est irrigué par toute cette gestion du bruit avec Animal Collective, leur travail sur les boucles, les sons électroniques, et leur mélange avec des voix claires. Mais les bruits se sont adoucis, l'énergie s'est canalisée pour bousculer la pop mais en conserver la douceur et la caresse, un psychédilisme moderne à la beauté étrange mais profonde, une séduction débordant d'images pour qui ose se glisser dans cette logique. Une mise en scène où les variations et les détails prennent leur temps pour vous prendre par la main, vous emmener loin.

Ainsi, une chouette hulule doucement, dans le silence, puis hulule de nouveau, et débute une promenade à Lisbonne. Promenade à vélo, on entend le roulement permanent de la chaîne, un délicat soufflement de vaporisateur au démarrage, ou le soupir d'une pompe, puis seul le roulement de la chaîne continue, encore, et encore, tout doucement. Sur le porte-bagage, Panda Bear chantonne dans notre oreille, un chant lointain dans lequel il aime introduire des échos, surprendre par des changements de hauteur, et l'on se laisse bercer par tous ces roulements sous le soleil, chant, balancement de la bicyclette, la voix claire, le ciel bleu au-dessus. On reprend de la voix la fin des vers de la chanson, sans chercher à comprendre les paroles, mais les notes soutenues de la fin sont enthousiasmantes, et sur une piste cyclable, on peut crier sans problème. La chaîne s'écoule, encore un soufflement, pompe, ou une vague qui éclate sur la berge, et un petit cheval se glisse à nos côtés, il trottine et ses sabots frappent le sol ferme mais souple, en terre battue. Comme au bord de dunes, et Panda Bear a sauté ainsi sur l'animal. Sur la gauche, une montagne russe, on passe vite, juste le temps d'entendre une vague de cris ravis qui descendent à toute vitesse, et Panda chante de plus belle, tout à côté et tellement loin, sa voix perdue dans l'écho. Plus personne autour de nous maintenant, juste quelques clochettes en sourdine, comme fixées à une clôture, mais bientôt, les environs s'animent, on tape plus fortement, des chocs rythmés, une troupe de tambours juste devant nous. Je tape des mains même à vélo, et dans un champs, un groupe de gymnastes ultra rapides multiplie les mouvements, hop hop hop hop hop hop. Derrière la colline, le carillon d'une église, la sortie de la messe ou plus sûrement un mariage, ses notes métalliques claires et pures, et la chorale doit sortir aussi, on l'entend siffloter également. Une femme dans le fossé écrase un fou rire, ou s'est tordu la cheville, on ne sait pas, rire large et étranglé. Peut-être est-elle dérangée par les pleures du bébé derrière elle, dans la tente, forcément, tout ce mélange sonore, il s'est réveillé, cloches de plus belle, Panda Bear en trois exemplaires qui chantent tous ensemble en choeur légèrement décalé, car la fin approche, et d'ailleurs, des feux d'artifice sont envoyés en plein jour, on entend des tirs continus de fusées entre deux bourdons de cloches et d'orgue, au milieu des voix qui se sont éloignées, car Panda Bear marche maintenant dans le champs, dos tourné, on l'entend moins, et toute sa ménagerie sonore, orgue et fusées, le suit vers l'horizon en diminuant.

Voici la promenade que nous offre les douze minutes du sublime Bros, une folie, un voyage, un sommet de chanson et d'atmosphère, une magie, une nouvelle saturée de détails.

2007/12/29

n°3 - Jeanne Cherhal et Florent Marcher m'ont donné envie de chanter en français

N°3

Non, je n'écoute pas beaucoup de groupes en français. Paresse, snobisme, envie de dépaysement, goût pour l'anglais, la véritable langue de la pop.

Mais comment résister au charme de Jeanne Cherhal et de son album "L'eau" ? Je l'apercevrai à la Cité de la Musique pour quelques titres, cheveux et jupe très courts pour charisme immense, mais les musique de l'eau m'avaient déjà convaincu. Textes fins, évitant généralement les rimes trop faciles pour explorer des pistes variées, et ils courent sur des musiques à la production limpide, ils courent élancés pour explorer des pistes peu empruntées : évocation humoristique de la canicule, dénonciation délicate de l'excision, récit pudique et profonde d'une nuit d'amour sans lendemain.

Et par dessus plane la grandeur évidente de "Je suis liquide", chanson parfaite qui m'a fait presser Repeat de nombreuses fois, qui m'a fait chanter très fort au volant de ma voiture, bondir, rêver, l'assemblage idéalement équilibré. Une basse hypnotique, un chant doublé et magnifique, un texte simple mais sans facilité, des non non non répétés encore et encore en bout de morceau : une de mes merveilles de l'année.

Je suis liquide de sueur et de confusion
Je suis liquide comme la lave en fusion
Je suis liquide et deviens flaque en un clin d'oeil
Je suis liquide comme la rosée sur les feuilles
Je suis liquide en écoutant couler mes veines

Au-delà de pépites rassemblées, on peut rêver à une trame narrative étendue sur toute la longueur d'un album. Une ville de province morne, son clocher, son microclimat, et un terrain de foot pour laisser jouer les enfants quand les parents se disputent. Une petite ville, et l'école comme chance de sa vie, les bonnes écoles, même si finalement, on se trouve un boulot morne en banlieue parisienne, à partager sa vie avec une fille rencontrée dans un bar, attendrie malgré l'ivresse violente et masculine. Une modeste vie à deux, donc, et le déprime qui pointe, les cachets, la crainte des pendaisons de crémaillères, le dérapage du fait divers, l'opprobre du JT régional de France 3.

Un roman dans la France moderne, voici Rio Baril de Florent Marchet, chef d'oeuvre de musique et d'écriture. Une trame de guitare, de grands espaces, où se promènent des textes sur les attentes parentales, des listes de médicaments à la Pérec, une longue pièce parlée sur la crise des 35 ans, les exclamations des français moyens qui papotent sur les malheurs des autres. C'est rempli de fines observations, juste, puissant et littéraire, c'est un exemple qui donne envie de remettre en cause son écriture et de chercher à progresser et de construire : c'est magnifique, un tel assemblage.

2007/12/28

n°4 - The National, charisme fragile et délicat

N°4

Assez rapidement, l'évidence s'est imposé en effaçant toute hésitation : oui, à un mètre à peine dans la magnifique Maroquinerie, joue bien le plus grand groupe du monde.

Un heure auparavant, je me suis approché doucement de la scène, ravi d'être arrivé tôt, d'assister de près au concert de The National. Réputation prometteuse, certains blogs n'hésitent pas à parler ainsi de plus grand groupe du monde, et d'une certaine manière le public autour de moi m'offre une jolie confirmation. Une mère et sa fille, arrivées directement de Lille, discutent en anglais avec un couple : un canadien barbu et sa copine anglaise, effectuant ce soir-là leur premier voyage dans Paris depuis leur ville de Manchester. Le groupe déplace les foules, de très loin, leur musique profonde dont je ne connaît alors qu'un seul morceau doit valoir le détour.

Je suis vierge de sons et d'images concernant ce groupe, et a-t-on souvent la chance de découvrir ainsi des morceaux riches et chargés d'émotion ?

Le groupe s'est faufilé sur scène, assemblant délicatement les éléments de leur musique, guitare fine, parfois quelques notes de piano, tissant peu à peu une toile chaude et douce où court une voix profonde et sublime, des fils peu à peu noués ensemble pour serrer le public très fort et les emmener avec eux. Ils ont commencé par "Start a war", il me semble, et c'est de toute manière tellement logique : deux ou trois accords de guitare et une voix au cocktail étrange, murmure, feulement, presque un vieux vinyle grésillant, avec une douceur et une douleur mélangées, entame caressante à laquelle s'ajoutent progressivement une montée de corde et de batterie, et tout s'éteint rapidement avec délicatesse. Le silence s'écoute alors rempli, et le reste sera beau également.

Tout un enchaînement de chansons riches, posant leurs briques côte à côte et empilant leur richesse émotive, l'investissement des musiciens, et la présence fascinante du chanteur. Ce chanteur offre sa présence sur laquelle reste fixé le regard, ce corps pâle au teint clair, cheveux très blonds, des sourcils presque invisibles, assurément, la présence troublante qu'aurait une fine brindille sur le point de craquer, buvant du vin à même la bouteille, se tordant les mains, murmurant des paroles à la tonalité profondément mélancolique, puis hurlant le même type de chanson debout sur les hauts-parleurs. Montagne russe incessante de désespoir deviné ou imaginé, de détresse, de richesse artistique, de beauté et d'énergie sur le point de déborder.

Tout ce mélange instable, c'est la grandeur que recherche un rock moderne, et c'est pourquoi The National est un très, très grand groupe.

2007/12/27

n°5 - Architecture in Helsinki et !!!, tribus championnes du rock pour danser

N°5

Un concert n'a pas besoin de mettre en jeu des performances musicales de haut vol pour offrir un plaisir immédiat. Certains vous emportent d'eux-mêmes, l'énergie d'une bande dynamique sur scène, l'enthousiasme qu'ils transmettent à la foule, toute la salle qui se met à onduler, un gigantesque partage de chaleur sociale et d'oubli.

Et l'effet est plus saisissant encore quand le groupe sur scène s'affiche nombreux et plus enthousiaste encore que le public. Ils s'amusent ravis, les énergies sur scène et dans la foule s'échangent et se nourrissent, et l'on vit des moments fascinants comme ceux d'un concert d'Architecture in Helsinki vécu au premier rang. Les membres du groupe aux looks improbables, longues barbes rousses, coupe au bol et T-shirt Ghostbuster, leur joie de changer d'instruments, de sauter et taper des mains tous ensemble, des chansons pop qui se dansent en tous sens avec un gigantesque sourire que l'on ne contrôle plus.

Car comment poser des mots sur ces fêtes rock ?

People always ask me
"What's so fucking great about dancing?"
How the fuk should I know?
Yeah, even I can barely understand it
But when the music takes over,
The music takes control

Voici ce que chantent les !!! dans leur hymne, l'indépassable "Me and Giuliani down by the school yard", fantastique pépite de 10 minutes de guitares et percussions et chants pour danser sans fin. Et leurs concerts libèrent une folie collective superbe, plutôt basique, mais à la magie profonde. Huit, dix musiciens sur scènes, deux guitares aux multiples pédales d'effets, trois percussionnistes, deux chanteurs, et des cuivres parfois, des chanteurs qui dansent et se déhanchent et bondissent dans la foule, au milieu des jeunes filles en débardeur qui bougent en tout sens. Ce n'est plus une salle rock, c'est une pure piste de danse, une soirée de libération, une intense perte de contrôle qui résonne longtemps dans le battements de coeur et de tout le corps.

2007/12/26

n°6 - Arcade Fire, toujours le plus beau groupe du monde

N°6

Ils sont revenus armés des mêmes beautés efficaces, la voix masculine comme au bord de la crise de larmes et la voix féminine douce et piquante, les courses de batterie, les violons, la mélancolie désabusée chantée à tue-tête en tapant des mains. Ils ont ajouté un orgue d'église, une bible en néon, et Bruce Springsteen est apparu dans les influences évoquées par les critiques.

Dévorer les rumeurs et ne savoir qu'en penser, enthousiasme, crainte : Arcade Fire est revenu cette année pour son deuxième album, et le premier m'avait si profondément touché, leur fantastique concert avec un engagement complet des nombreux membres, leur lyrisme écorché... Qu'espérer, sinon une belle déception ?

Alors je n'ai écouté que distraitement quelques morceaux de l'album, j'ai ravalé ma déception de ne pas avoir de places pour leur concert à l'Olympia en mars.

Puis j'ai dévoré des yeux les Concerts à Emporter de la Blogothèque. Entassés d'abord dans un monte-charge, jouant tout doucement leur nouveau "Neon Bible", serrés et présentant leur cohésion, leur joie de jouer ensemble dans une cellule de prison si cela s'avérait nécessaire, car, qu'importe, on trouve toujours du papier de brouillon à déchirer comme percussion. Puis entassés encore pour une plongée dans la foule de l'Olympia, hurlant leur "Wake Up" dans des mégaphones au milieu des regards brillants grands ouverts, chantant tous ensemble, tous, tous ensemble. C'est cela, Arcade Fire, un long chant tous ensemble, qu'il prenne la forme d'un hymne bondissant ou d'une chanson à guitare acoustique : tout le monde joue le morceau tout le temps.

Et c'est magnifique sur scène, même à Rock en Seine, de loin, au milieu d'une foule trop nombreuse pour se croire encore entre Happy Few. Oui, il y a un orgue sur scène, les choeurs respectueux du public font craindre à un destin de groupe de stade, mais qu'importe, si la même énergie s'écoule sur scène, je ferai un effort et irai souriant voir Arcade Fire au Stade de France. Revoir encore et encore Arcade Fire en concert pour toucher à leur capacité à faire d'un concert rock un superbe spectacle vivant, une joie de jouer, d'échanger leurs instruments, d'explorer des ambiances et des sentiments, qu'ils soient expansifs comme ceux de Funeral en 2005 ou plus sombres et contenus comme sur Neon Bible, riche et discret concentré d'émotion. Peut-être pas le meilleur album de l'année, mais assurément le plus beau groupe du monde.

2007/12/24

n°7 - L.O.L.A. Lola, my classic single for 2007

N°7

La basse ronde et dansante alterne avec les morceaux punk balancé énergiquement, le mélange explosif de la compilation Post - Punk vol. 1 déjà évoquée, et au milieu, une délicate chanson pop. Une reprise de Lola par The Raincoats, le tube des Kinks chanté presque à l'identique par ce groupe féminin en 1979. Le même roulement de batterie, une guitare à la caresse similaire, les paroles déroulées avec respect et enthousiasme, pas évident de décrire précisément ce qui diffère de la version des Kinks, peut-être une douce énergie insouciante et brute, le son moins dense comme sorti d'une minuscule répétition improvisée, le charme de voix féminine haute perchée, un sentiment d'urgence mystérieux.

Découvrir ce titre en août, à Londres, dans le pittoresque magasin Rough Trade de Brick Lane, a été une délicieuse surprise, bondir dans le Tube en fredonnant LOLA L O L A LOLA, un plaisir dérisoire et profond pour un amateur de pop. Les paroles coulent d'une facilité magnifique, des phrases courtes, mais variées, capables de mêler d'entraînants lalala à une histoire de travesti nommé Lola. Un petit chef d'oeuvre pop, un récit peint en quelques vers, une grande réussite.

Puis cette chanson est revenue vers moi en septembre, une scène de fête chez des drogués au milieu des années 80, un passage d'une très belle justesse au coeur du film "Tout est pardonné". Tiers du film, le début s'est affiché classique, agréable sans générer une séduction irrésistible, mais depuis quelques minutes, le ton s'est infléchi, élargissant le propos, et il ne va pas tarder à emporter le morceau. Car apparaît ainsi cette musique claire mais underground, une énergie irrésistible et douce, le choix fonctionne parfaitement, et j'ai envie de sauter bras en l'air avec ces jeunes, puis d'embrasser ma voisine dans ce cinéma du quartier latin, pour lui faire partager ma larmes joyeuses face à cette redécouverte. Vive le cinéma sensible, les beaux plans face à un mur de briques, les filles au regard instable, et celles qui chantent à deux leur chanson préférée en riant.

2007/12/23

n°8 - Des DJs en couple et l'euphorie ne retombe pas

N°8

Le garçon passe le relais à la fille, rotation continue en haut d'une plate-forme qui monte et descend en haut au bout d'une grue, et parfois, des jets de flammes jaillissent verticaux. La longue avenue débouche sur la place de la Bastille, sur une scène mollement pop rock au bout, et pourtant surchargée pour la Fête de la Musique. Mais les groupes n'existent plus au pied de cette grue entre les arbres, juste le couple Scratch Massive qui distribue les sonorités électroniques les plus récentes, et la foule danse avec enthousiasme, fournie sans être surchargée. Une danse d'oubli, de sourire partagé et sans hésitation, et le couple sur la plate-forme rayonne lui aussi face à cette fête où tous crient et lèvent le poing dans les instants les plus euphoriques.

Se glisser ravi dans cette ambiance hédoniste, moderne, certainement convenue, mais bien agréable.

Et plus agréable encore face à la grand scène d'un festival comme Rock en Seine, où la foule se fait plus dense, où les oscillations de la danse se diffusent avec une amplitude fascinante, où l'emportement électronique conquiert peu à peu le public aux racines rock, guitare et chant. Voici les 2manydjs en duo magique au coeur de la nuit qui descend doucement, tripatouillant sans cesse leurs boutons en parallèle, et l'ivresse se fait irrésistible dès les premières mesures de YMCA, reprises en boucle pendant trois minutes de quelques notes inachevées, excitantes, frustrantes et ébouriffantes, et le parc de St Cloud ondule sans fin, un rêve festif partagé à tellement.

2007/12/22

n°9 - Menomena, douceur explosive et petits dessins

N°9

- L'album de l'année, jusqu'à maintenant.
Au deuxième rang, à la Flèche d'Or, deux filles dévorent le concert de Menomena, se tenant par le bras le regard brillant. Elles avaient fait la queue devant moi pour aller aux toilettes, cet espace étrange de la Flèche d'Or où les filles attendent leur tour juste devant les urinoires. J'avais alors attrapé au vol leur goût prononcé pour Friend & Foe, l'album de Menomena, l'a priori positif que la belle performance du groupe confirmait admirablement.

Menomena, des chansons assez classiques où surgissent souvent des explosions puissantes, des montées d'engagement fortes, où se glissent presque en permanence de tous petits détails charmeurs, quelques notes de piano, des soufflements de saxophone, un choeur discret. Ruptures énergiques et décorations musicales choisies avec justesse, ces chansons déboutonnent leur chemisier assez classique pour découvrir une profondeur blanche et belle. Sur la scène, les trois Menomena offrent en ligne leur énergie teintée d'émotion, une rangée sur le même plan pour un spectacle vivant plein d'engagement et de jeunesse, et spectateur du premier rang, je souris largement.

Oui, Menomena, c'est une jeunesse qui tente avec enthousiasme de petits risques dont nous sommes les témoins ravis. Un concert fort, un album plutôt réussi, qui suggèrent surtout une forte marge de progression. Et une pochette d'album que je me lasse pas d'observer, assemblage méticuleux de petits personnages de bande dessinée, croqués par Craig Thompson, un de mes auteurs favoris. La fantaisie de ces dessins entremêlés s'associe parfaitement au dynamisme du groupe, et le concert parisien d'octobre dernier a dû être une expérience superbe : les musiciens dans leur investissement puissant, et, au fond, Craig Tompson noircissant une large tenture de bonshommes hilares et biscornus.

2007/12/21

n°10 - Simian Mobile Disco, esthétique pop

N°10

Paysages de campagne désolée dans un probable pays de l'Est, des silhouettes et des figures regardent immobiles la caméra, moustaches, cheveux courts, jogging aux couleurs vives. Et au bout de plusieurs plans purement descriptifs, enchaînement d'images pour une peinture du lieu, un jeune homme ouvre doucement la bouche, cheveux très courts, assis sur le lit au milieu de sa famille. L'exploration se poursuivra dans un doux glissement, avec le regard impassible de ce chanteur de la caméra, répétant les quelques mots qui forment les paroles, I believe You could be What I need To believe.

L'assemblage s'avère plutôt fin pour une chanson aussi simple et directe, une chanson pour danser délicatement, et l'assemblage de ces paysages ruraux et du synthé basique dégage une atmosphère troublante. Musique et parti pris fournissent un témoignage juste d'une situation contemporaine, et même si l'idée n'est pas extrêmement originale, elle s'écoule agréablement, et symbolise une certaine exigence esthétique des Simian Mobile Disco.

Le terme exigence esthétique est certainement excessif, mais les Simian Mobile Disco ont peu à peu fait preuve d'une cohérence sympathique, qui, sans jamais se prendre trop au sérieux, me semble entrer en résonance avec divers états d'esprit d'actuels. Des étudiants en art diront que la composante artistique est maigre et sans génie, et pourtant, dans un cadre pop, leur petit univers flotte rafraîchissant.

Un univers où les groupes portent des noms composés, assument leur projet dansant, où les albums eux aussi doivent s'afficher beaux, sans se perdre dans une banale pochette à dessin : un fond herbeux et les quatre verbes qui composent le titre de l'album "ATTACK DECAYSUSTAIN RELEASE", mystérieux mais percutants par le rythme bref et légèrement déséquilibré. Un égrènement tout aussi déséquilibré qui soutient leur premier tube "It's thebeat", où cliquettent des détonations électroniques séparées, où le chant adopte un tempo distant et hypnotique, un monde au noir et blanc binaire et instable, comme une vieille pélicule moderne.

Mais c'est le duo de vidéos proposées pour le morceau "Hustler" qui symbolise leur approche. Dans la dernière version, des mannequins en maillot de bain prennent des poses provocantes sur une scène dénudée et intensément éclairée, entamant peu à peu une orgie de malbouffe, miel, pâte à tartiner, chantilly, glace, ingurgitée le plus salement possible. Flots de fluides au ralenti conclus par les vomissements colorés de ces probables anorexiques : vulgaire et sans grande finesse quant à la satire du paraître, mais assumé, fascinant.
Pourtant, la première version d'Hustler s'écoulait plus fascinante encore, longue galerie d'adolescentes désoeuvrées, assemblées dans un salon pour une partie de téléphone arabe dérapant progressivement en embrassades collectives. Les coupes, les maquillages, les regards et les couleurs glissent parfaitement actuelles, dans un scénario au mauvais goût franc mais digeste. Car les meilleures musiques pour danser s'invitent ainsi : sans finesse, vulgaires, mais sources de désir immédiat, synonymes d'une transe à l'oubli exaltant.

2007/12/19

n°11 - Sufjan Stevens, décrire tout un état en un disque

N°11

Prochainement sera publié un album ayant pour thème l'Ile-de-France, sa petite et sa grande histoire, ses personnages, ses lieux, faits divers, ses symboles. On y croisera des chansons évoquant le château de Versailles et la Tour Eiffel, Gavroche, peut-être, le PSG, les grèves de métro, Paris Plage, le Vélib', "Paris Libéré", des adolescents électrocutés ou renversés à mini-moto, les films de la Nouvelle Vague, les Champs-Elysées noirs de monde pendant une Coupe du Monde. La musique sera dense, moderne et libre, et les paroles riches, fluides et parfaitement recherchées, pour faire tenir toute une mythologie contemporaine en une vingtaine de titres et soixante-dix minutes environ.

Puis il sera temps d'enchaîner, au bout d'un an ou deux, sur le Nord-Pas de Calais, puis sur la Bretagne. Un album par région, toutes joliment croquées par un artiste ambitieux.

Rêvons un peu, mais qui oserait s'astreindre à une telle démarche ?...

C'est un projet plus ambitieux encore qu'a défini Sufjan Stevens : réaliser un album par état des Etats-Unis, et pour l'instant, pas de petits albums de quelques titres reposant sur quelques clichés touristiques. De riches recueils chargés de recherches approfondies, des mélodies allant de la ballade folk à la comédie musicale, des choeurs, de l'humour. Il a immortalisé le Michigan, et surtout, en 2005, l'Illinois. Come on, feel the Illinoise!, album de l'année 2005 pour beaucoup de critiques.

Vingt-deux titres aux références multiples, parvenant à remplir sans mal une page entière de Wikipedia. L'exposition universelle de Chicago, des allusions aux Metropolis de Superman, le jour de Casimir Pulaski qui est férié en Illinois, la Nuit des Morts Vivants, Al Capone, l'homme le plus grand du monde ou encore un serial killer. Toute une mythologie historique nourrie par une lecture des archives, doublée d'un jeu sur les symboles pop. La couverture originale de l'album comportait même Superman, jusqu'à interdiction par l'éditeur concerné.

Pourtant, la puissance du disque ne tient pas seulement à cette performance descriptive, mais à la fantastique impression de richesse qui parcourt le disque. Richesse des paroles, les textes étant subtiles, magnifiques, et au vocabulaire varié, capables de jeux allitératifs tels que "Cannot conversations cull united nations?". Ce qui est plutôt beau dans une chanson pop. Mais surtout, la musique s'envole dans des arrangements imprévus, une ballade à guitare succédant à un jeu de cordes et de choeurs fournis.
A elle seule, la chanson titre m'a guidé dans des écoutes répétées nimbées de redécouverte : 6 minutes en deux parties distinctes, début avec un piano marqué, des vers courts, puis une partie instrumentale magnifiquement introduite, qui conduit au deuxième moment dans un glissement fluide. Les choeurs féminins répondent alors à la voix de Sufjan, c'est beau, touchant, et j'y ai découvert fasciné l'expression anglaise "I cry myself to sleep". Le pouvoir évocateur et condensé de cette expression m'impressionne toujours depuis six mois, associé à ce superbe Come on! Feel the Illinoise!

2007/12/18

n°12 - MSTRKRFT et Isolée, this is the killing on the dancefloor

N°12

This is the killing on the dancefloor
Another killing on the dancefloor
What
This is the killing on the dancefloor
Another killing on the dancefloor
What

This is the killing on the dancefloor

Pas besoin de paroles pour danser, quelques percussions soulignées, trois notes tournant en boucle sur un discret bourdon, une douce rugosité pour la touche moderne, et voici un single house joliment réglé. Justice aura fédéré les attentions électroniques cette année avec ses hymnes agressifs et saturés, et moi, pendant ce temps, je me suis régalé de la house de MSTRKRFT. Légèrement plus classique, peut-être, mais avec, elle aussi, ses rugosités et une évidence dansante qui me séduit toujours. Street Justice, single immédiat et presque bébête, m'a attrapé par la main avec son Killing on the Dancefloor et sa vidéo aux couleurs disco inimitables. Mais les percussions de Paris, la ronde à écho de The Looks, et les distorsions brutales de Neon Knights : album peut-être un peu court, mais beau lot de tubes !

Des tubes, des morceaux qui ne savent pas se détacher de mes pieds, mais sans atteindre la magie fascinante du Beau Mot Plage d'Isolée, un morceau dont l'assemblage minimal et juste m'émerveille encore et encore, une grâce dansante fine et parfaitement assemblée. Le disque délicatement glissé dans ma chaîne pour une première écoute en s'occupant ailleurs, les morceaux simples s'écoulent gentiment, et, tout au bout, une piste qui ne veut plus s'arrêter, et fort à propos, car pourquoi s'arrêterait-elle ? Un remix de douze minutes qui réunit peu à peu les cloches et des rythmes presque brésilien entre deux éclats électroniques discrets, montant très progressivement, le carnaval de Rio déplacé au XXIème à Berlin, l'ouverture d'une porte musicale jamais encore imaginée, à déguster encore de nombreuses fois, encore et toujours, sans en percer l'équilibre secret.

2007/12/17

n°13 - M.I.A. and Dan le Sac vs Scroobius Pip, exploration of rap and strange sounds

N°13

Pierre Lescure a dit en interview qu'il avait mis longtemps à aimer le rap, mais qu'il se forçait à en écouter pour comprendre la musique. Il cherchait à illustrer la discipline nécessaire à toute personne souhaitant s'investir culturellement : ne rien mettre de côté a priori, pour ne pas passer à côté de belles choses.

Bien entendu, je ne dirais pas que j'écoute beaucoup de rap. J'en écoute très peu.

Mais il ne m'est possible de rester insensible à M.I.A., remplie d'énergie lors de sa performance à Rock en Seine cet été. Lunettes énormes et enveloppantes, collants fluo, chaînes étranges, tous ses mouvements de danse sortis de nulle part, souples et élastiques, jambes levés, genoux fléchis, une présence scénique impressionnante et charismatique pour porter une musique imprévisible, nouvelle et métissée. La voix court, harangue, flotte au milieu des sons improbables, samples de bollywood, coups de feu résonnant enchâssés avec bruits de tiroir caisse, caquètement de poule, et toujours des percussions fantastiques et entraînantes. Repousser les limités musicale en gardant l'immédiateté, superbe.

Tout aussi à l'avant-garde, les sonorités électroniques de Dan le Sac se voient parfaitement complétées par la diction et les textes denses de Scroobius Pip. Là aussi, jolie performance au Festival Sous la Plage, avec cette fois l'énorme barbe de Scroobius Pip comme accessoire hors du commun, et des textes variés où je mesure les progrès qu'il me reste encore à faire en anglais. Les textes sont engagés, un message de liberté d'esprit déconneur, mais concerné par le monde. Le magique "Thou shalt always kill" regorge de superbes trouvailles de paroles, mais tout est dit dans les deux vers finaux, mort à toute prescription, quelle qu'elle soit :
Thou shalt think for yourselves
And thou shalt always, thou shalt always kill.

2007/12/13

n°14 - La finesse pop des Shins et Clap Yor Hands Say Yeah

N°14

Il en est de la pop indépendante américaine comme du festival de Sundance, le festival du cinéma américain hors grand studio. Les images se ressemblent, parfois les sujets d'un film à l'autre, des couples jeunes ou de grands adolescents évoluent dans des banlieues banales, aux couleurs banales voire instables, car les images elles-mêmes semblent chercher à traduire les petits budgets mis en jeu. Comme s'il y avait une école des chefs opérateurs pour Sundance, et le grain des images permet souvent de reconnaître un nouveau membre du club.

On voit deux de ces films, et croit les avoir tous vus. Mais je garde toujours un oeil sur le palmarès de Sundance : chaque année, un ou deux pépites étirent le cadre de la simplicité revendiquée, et présentent de superbes histoires. Alors, oui, grâce à Little Miss Sunshine, The Squid and the Wale, Me and you and everyone we know, peut-être prochainement à Juno, je constate la beauté d'histoires racontées au plus près du quotidien américain, la grandeur profonde et touchante qu'elles peuvent incarner. De petits classiques superbes et mignons.

Et, ainsi, il en va de même pour certains groupes indépendants américains, assemblant tranquillement les morceaux pop dans leur coin, et obtenant des miniatures douces, accrocheuses, simples et finalement, sophistiquées.

Cette année, The Shins a ainsi déposé devant nos portes une belle collections de chansons, presque tubes, séduisantes et magnifiques, à la manière d'Australia. Le parallèle avec Sundance est ici facile : une vidéo au diapason, et Nathalie Portman et la bande-originale de Garden State. Mais cette chanson se déplie sur une bien plus grande surface que celle de petits films vaguement poétiques, c'est toute une histoire qui se déroule même sans écouter les paroles, portée par cette mélodie. Alors, même avec un groupe mou sur scène, le public tend l'oreille quand la chanson s'élève.

Et en matière de groupe inégal sur scène, Clap Your Hands Say Yeah s'affiche comme un bel exemple, ayant besoin de trois ou quatre chansons pour se roder durant les deux concerts auxquels j'ai assisté. Mais ce n'est pas uniquement leur nom qui rend ce groupe si attachant, leur capacité à offrir d'une voix nasillarde de belles épopées pop est parfois fascinante. L'album sorti en janvier est profond et complexe, et offre un instant fascinant avec Underwater (you and me). Je serais tenté d'énumérer les éléments assemblés, cloches, surtout la basse, mais c'est toute une atmosphère qui rend cette chanson écoutable en boucle encore et encore, tout le balancement suggéré, un va et vient que je cherche presque toujours à prolonger.

2007/12/12

n°15 - Une belle voix pour une jolie chanson, et c'est trop beau

N°15

Longs cheveux et barbe fournie, les jambes du jean pendent le long du bar, guitare posée sur la cuisse, il discute beaucoup entre les chansons, tout le charme d'un concert détendu assis sur le rebord du bar. Mais la foule est dense tout autour, parfaitement absorbé le superbe grain de voix, les paroles douces et tendres, des comptines folk pour adultes à l'accompagnement parfait. Yaya Hermane Düne offert à la Flèche d'Or, son chant et sa guitare, et personne ne demande rien de plus.

"C'est trop", avait laissé échappé la fille assise à côté de moi, et l'on se surprendrait encore à répéter la même banalité, mais sans que personne ne nous blâme, plus une évidence qu'un cliché usagé. C'était le cas pour cette reprise dépouillée de "God only knows", la puissance des harmonies vocales malgré les instruments un peu instables, et ça avait l'une des caractéristiques de cette surprenant "Soirée à Emporter" organisée en juillet à la Blogothèque : s'émerveiller chaque fois de la force émotionnelle transmise par une belle voix interprétant une jolie chanson.

Une puissance partagée qui n'a pas besoin de grandir par une longue introduction, les moments les plus forts surgissent et s'imposent immédiats. Un ukulélé, Sébastien Schuller, sa casquette, et l'une de ses plus belles chansons, "Weeping Willow" : quelle voix, toute sa limpidité dans cet accompagnement grattoné tout doucement, comme une main sur l'épaule de l'homme qui partage ce superbe morceau, sa grâce musicale. C'est trop beau.

2007/12/11

n°16 - Soutenir modeste l'atmosphère d'un film

N°16

La musique enveloppante, diffuse, celle qui tisse l'atmosphère cotonneux où l'on s'embarque en rêve, et les notes coulent dans la tête, parfois, aux milieux de grandes émotions retenues, une musique d'ambiance intérieure, un délicat bourdon chantonné du fond de la gorge pour entendre la confirmation. Oui, ça arrive, et cela a lieu ainsi, je ne me trompe pas.

C'est ainsi qu'on rêverait les meilleures bandes originales de film. Un subtile soutient à l'émotion, une participation à la cohérence esthétique du film, évidente, mais discrète.

Hélas, combien de fois a-t-on droit à des hymnes lourds, pompiers, des bordées de cuivres pour soutenir les cavalcades effrénées de quelques chevaliers barbus, d'un aventurier à chapeau, d'un pilote de chasse ? Tant de tubes de BO nécessaires au packaging d'un bon blockbuster, à l'accroche immédiate de la bande-annonce seule, et qui font perdre de vue la délicatesse requise pour rester au service du film. Des sursauts de grands orchestre pour construire des clips dans le film, quand un rien peut déjà être de trop.

Mais parfois, ce rien se fait modeste, mais terriblement suggestif, un acteur tout entier de la puissance du film. Oui, souvent, il ne faut pas grand chose pour mettre en oeuvre une bande-originale marquante, et dans ces cas-là, on ne prend parfois conscience de cette présence musicale qu'au milieu du film. De petites interventions ponctuelles, pleines de justesse, des vagues de guitares en sanglot et échos, abstraits et électriques, voici le bel accompagnement du magnifique "Un homme perdu" de Danielle Arbid. Des instrumentaux doux, parfois à la manière de Neil Young dans Dead Man, toute une ambiance de perte lointaine, de ces ambiances réussies qui me baignent encore quand je marche longuement, au bord du canal, à la sortie du film.

Des musiques qui vous touchent aussitôt, sans en rajouter, et vous toucheront sur la durée, chaque fois qu'elle reviendront, véhiculant les émotions et les sentiments manipulés par le film. L'adolescence, le spleen des bourgeonnant sentimentaux, de schémas qu'on ne maîtrisent mais qui paraissent si profond, l'absolu du sentiment naissant dont on ne sait quoi faire. La naissance des pieuvres. Premier film de Cécile Sciamma, évocation toute en finesse d'adolescentes perdues dans leur désir qui se révèle, le mutisme, les disputes, les papotes, et, merveilleuse trouvaille, la musique flotte magnifique et fascinante. Doucement électronique, musique minimale aux accents de musique d'ambiance, Para One a su tisser un écrin magnifique pour les belles images et les superbes comédiennes.

2007/12/10

n°17 - Cristallisation sur deux singles pop

N°17

Il suffit parfois d'un détail pour lever le regard, prêter l'oreille, pour détourner son attention. Un ou deux signes, imperceptibles, et l'on apprécie doucement, sans savoir quoi, sans trop focaliser sur ce détail tout d'abord, puis en s'y accrochant doucement, souriant, réjoui. C'est beau, non ? Superbe même, et l'amour, au début, c'est simple, la joie ravie de découvrir encore et encore la beauté de quelques détails, quelques caractéristiques apparemment banales, mais en fait magnifiques, et cela s'appelle la cristallisation. Ensuite, l'amour, ce n'est pas beaucoup plus compliqué, car, finalement, tous les petits détails s'affichent parfaitement ajustés, et la séduction s'anime dans un tout.

Une batterie bourdonne prévisible, précise, une basse ronde l'accompagne et trois allers et retours de guitares légers, nous sommes dans les années 80, le chant ne tranche pas non plus. Un gros tube commercial, lisse, mais avec son doux décrochement du refrain
You've seen the difference
And it's getting better
... .... all the time
Oui, ces petites pauses, Never really knowing it was always... ... mesh and lace, ce vers Making love to you was nerver... second best. Ces rimes, ces accents, ce petit synthétiseur, ce pont à solo uni-dimensionnelle, ces oun oun oun finaux juste portés par la basse. Melt with you du groupe Modern English, 1982, chanson d'une comédie romantique oubliée : je cours et chante à pleine voix sur le chemin vers le RER.

Et puis plus tard, il y eut aussi ces quelques notes répétés au piano, ce vague groove de batterie, cette basse qui tourne. Et ce groove et cette basse roule sans fin, et le piano se réveille parfois, et au dessus, flotte ce chant brumeux, pâteux, nonchalant
You twistin' my melon man
You speak so hip, man
Call the cops
La caravane Happy Mondays m'emporte, les héhéhéhé en crescendo, ce piano qui ressort encore de nulle part au milieu d'un sifflement fou, c'est Step on, la folie dansante, la danse démente de Bez, ni chanteur, ni musicien, ni danseur, juste enchaînant les pas d'avant en arrière. Alors, qu'importe que ce Step On soit une reprise, je danse en hurlant encore les onomatopés.

2007/12/09

n°18 - Un beau concert, c'est une belle soirée dans sa totalité

n°18

Le plaisir d'un concert tient autant à la musique qu'au plaisir de voir les musiciens, leur style particulier, leurs mouvements sur scène. La mèche du chanteur guitariste, le double menton du deuxième guitariste buveur de Guiness, la grande barbe du batteur aux pieds nus, le visage étrange de la fille au clavier, toute l'équipe des Decemberists était réunie à la Maroquinerie, et j'étais entré dans le film, comme un nouvel élève de cette vidéo de Sixteen Militatry Wives qui m'avait rendu amoureux du groupe, comme dans celle d'O Valencia.

Les chansons s'enchaînaient, toutes riches en textes et variées dans leur assemblage musical, cette cohésion qui rend les concerts de bons groupes fascinants, les faisant glisser d'une banale production musicale à un vrai spectacle vivant. Comme l'avait été également la performance des Lavender Diamond en première partie, trois personnages à forte personnalité, et particulièrement leur chanteuse, cheveux longs, vêtements de Minnie Mouse et charisme délicat et profond. Le rappel a mélangé les deux groupes sur scène, en présence du petit garçon d'un des musiciens, et l'euphorie flottait légère.

Et je me trouvais tout proche, au tout premier rang, aux pieds des chanteurs, parfaitement placé pour tout absorber. Le premier concert où je me plaçais aussi près, parce que j'étais arrivé tôt, et parce que j'avais discuté avec une jeune allemande toute mince et toute blonde, une fan de musique, toujours au premier rang des concerts. Un joli concert, c'est une belle musique, une belle atmosphère, une foule bigarrée à observer, et parfois, des rencontres surprenantes. Ce moulin à paroles germano-americano-français d'à peine dix-huit ans, égrainant les noms de groupes et les anecdotes de concerts, ce gâteau d'anniversaire offert aux Tokyo Police Club, ses passes back-stage, sa préparation du BAC littéraire. Par la grâce des réseaux sociaux modernes, nous échangeons de temps à autre des messages musicaux, et j'écoute son émission de radio pour l'université de Newcastle, les jeudis entre 19h et 21h GMT, petit précipité de musique indépendante...

2007/12/08

n°19 - Compiler du Post Punk

N°19

En matière de musique populaire, il est courant que les passionnés ressentent une tendresse particulière pour une niche précise, particulièrement pour une époque bien définie. La pop psychédélique de l'année 1967, les tubes à synthé de 1982 à 1985, la soul funk des années 80, la Brit pop des années 94 à 96, le rock progressif du début des années 70. Pour ma part, j'explore peu à peu l'immédiat après punk, l'explosion pop indépendante en Angleterre, de 1978 à 1982, disons.

1976, détonation du punk sur la musique anglaise, souffle puissant de jeunes groupes hurlant, jouant souvent mal, plus anarchistes que musiciens. Le rock établi vacille, beaucoup de ces groupes anarchistes s'autodétruisent presque aussitôt, car une révolution n'est pas faite pour durer. Grand nettoyage. Et quantité de jeunes s'inspirent de cette leçon essentielle : pas besoin de maison de disques, ni même de grandes compétences musicales, il suffit d'avoir un message et quelques idées. Les groupes bourgeonnent, montent de petites structures, tentent, et les idées partent dans tous les sens. C'est l'esprit post-punk, toute une nouvelle vague musicale qui creuse les fondations d'une New Wave.

Oui, on trouve de très beaux albums de cet après punk, mais il est aussi amusant de se plonger dans des compilations, explorer la multitude d'idées nouvelles, souvent sans lendemain : un unique album, parfois un single et pof, c'est tout. Mais c'est bon. Et riche en personnalités fortes et anecdotes.

Alors cet été, je me suis régalé de la compilation "Post Punk vol. 1", éditée par Rough Trade, maison de disque emblématique de cette époque. Avec de superbes tranches, de singles musicalement limités, mais au charme instantané. La minute trente d'Industrial Estate, par The Fall, où Mark E. Smith hurle "Ya ya, industrial estate". Les orgues de Magazine, avec explosion de guitares tranchantes, pour un chant distant et maniéré. Les percussions jazz de Pigbag. Le saxophone bizarre de Blurt. De jolies découvertes, de nouvelles pistes à explorer !

2007/12/07

n°20 - J'ai enfin apprécié Sonic Youth

N°20

Je tourne parfois longtemps autour de la maison, à l'équilibre honnête, aux discrètes odeurs prometteuses et au jardin coquet, et je n'ai aucune raison de remettre en cause les jugements entendus. Ce doit bien être un endroit fantastique. Un haut lieu. Mais la visite ne me touche pas plus que cela, une belle petite promenade, et, bon, je ne me sens pas vraiment le coeur à la classer dans mes souvenirs marquants.

Et j'y reviens, car j'entends à nouveau de superbes louanges, et j'apprécie gentiment la douce balade, légèrement perplexe.

Jusqu'au jour où la porte s'ouvre grande, une ouverture jamais vraiment vue auparavant, ou totalement incomprise. Intrigante, séduisante, je m'y glisse, et l'intérieur se met à faire sens, à s'éclairer, je découvre de nouveaux recoins. Je tombe amoureux. Pour longtemps, pour toujours.

Sonic Youth, groupe loué par la presse rock, les livres, plus de vingt cinq ans de carrière, une pertinence et une puissance intacte. Je les avais vus à Rock en Seine en 2004, magnifique concert à la guitare triturée en tout sens. J'avais même écouté trois albums, sympathiques, sans m'y attarder vraiment, deux bons albums récents, un ancien que je n'avais pas trop compris. De petites promenades sans souvenir marquant.

Jusqu'au riff en ouverture de l'album "Daydream Nation", le single parfait qui éclate, punk, électrique, rock, pop par son évidence, un titre que je peux laisser en boucle, que je veux tout de suite réécouter, et tout l'album ensuite, varié, électrique, sinueux et fou, comme pour ce titre final en trois mouvements. Mais tout est parti de "Teenage Riot", l'étincelle, la magie, l'énorme single qui donne envie de tomber amoureux, pour longtemps. Avec en plus, une superbe vidéo: this is rock.