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2008/08/31

Bidons, massage et touristes allemands dans un square d'Avignon

20/07/2008 - 19h - Square derrière le Palais des Papes, rue Vice-Légat - Avignon

Devant le porche de pierre, un groupe tient une bâche blanche au-dessus de la tête, cinq personnes sur les bords maintenant les coins bras tendus, et une femme au centre. Sous cette bâche, un homme portant un large pantalon flottant blanc frappe trois cylindre brillants à la surface concave, à l'aide de six baguettes aux bouts larges et blancs, trois pour chaque main.

Des gouttes de pluie frappe la bâche, crépitement, et les baguettes font résonner les cylindres en notes espacées et claires. L'homme en blanc se redresse.

- Retenez bien le plastique, cette petite pluie ne va pas m'empêcher de continuer. Mais je voudrais dire quelques mots sur cet instrument, pour le présenter à ceux qui ne le connaîtraient pas. Il s'agit de steel drums, fabriquées à l'aide de bidon, de telle manière qu'on puisse obtenir trente-quatre notes. Certaines personnes se sont vantées de jouer la 9ème symphonie de Beethoven aux steel drums, cela me semble compliqué. Mais, pour autant, je me concentre moi-même sur le répertoire classique, pour des pièces plus simples, et je vais vous jouer quelques morceaux.

Les baguettes frappent les steel drums, supportées par des trépieds. Deux enfants courent atour du groupe de personnes, une femme prend une photo du musicien.

A dix mètre du groupe, un homme au T-shirt vert se tient debout près d'un tabouret et d'un meuble formé de baguettes brunes et formes violettes. Une femme s'approche de l'homme au T-shirt, il la conduit au meuble brun et violet, lui faisant poser ses membres et sa têtes sur les rectangles violets : fesses posées sur l'assise, genoux et mollets en diagonal avec les pieds au dessus du sol, mains en équerres, tête inclinée, regard vers le sol, ses cheveux pendant de chaque côté à la verticale. L'homme en vert passe ses mains sur le dos de la femme, les mains côte à côte et les paumes ouvertes en des mouvements de bas et haut sur le dos à quarante-cinq degrés. Les mains sur les épaules, sur le cou, sur la nuque.

Derrière l'homme en vert, une barrière grise, un arbre et un cube de pierre de deux mètres de haut, collé à la muraille. Un homme en short et sandales soulève un enfant et le dépose sur la muraille, chemin aux pierres saillantes à trois mètres du sol, de trente centimètres de large. "Danke schön, papa", et l'enfant en rouge court sur les pierres jusqu'au coin reliant les deux pants de murailles, tourne dans une ouverture dans le mur. L'homme en short monte sur le mur et tire d'une sacoche un appareil photo à long objectif, qu'il tourne vers le coin de muraille.

Devant la barrière, la femme quitte la position inclinée. L'homme en vert tend la main vers le sol, vers un tapis de fines lattes avec un cahier ouvert, et il dit.

- Could please write a few words for me ? To say how who have found the massage, the experience, the place.
- But I don't write French.
- That's no problem, you can write in English, if it's possible for you.

Il lui tend un stylo. La femme s'accroupit sur le tapis et écrits quatre lignes sur le cahier.



2008/07/22

Une part de gâteau avant "Le partage de Midi" au Festival d'Avignon

Gâteau "maison" à la banane

2007/08/23

Shakespeare Avignonnais

23/08/2007 – Le Roi Lear – Cour du Palais des Papes – Avignon

Fermer les yeux une fois encore, juste une minute, ou deux. Laisser couler la musique des mots dans l’ombre, cette fluide et jeune traduction d’une langue splendide, un fond, un air qui se déroule sans que je le comprenne totalement, mais la parole théâtrale reste agréable abstraite par ses beautés rythmiques. Flottement d’avant le sommeil. Au milieu d’une foule.

Soulever les paupières
et
Saisi par la force des tableaux sur la scène, couleurs, présences, espace. Espace, y a-t-il espace théâtral plus puissant ?

Vivre la soirée en flashs impressionnistes, en saisissements, intenses, en sensations éparses. Par la grâce du spectacle reçu, et la force surprenante du décor, le décor dans sa plus vaste expression, le décor de ma soirée depuis l’attente d’avant spectacle jusqu’à la marche nocturne enivrée pour rentrer. Je vis de nouveau une grande soirée de théâtre car une soirée intense et totale et fascinante.

Assis à 20h sur l’esplanade jaune, et j’écris face à un horizon de foule et de théâtre de rue, et, au loin, la présence éclatante du Palais sous le ciel sombre.

Puis une queue plus excitante qu’une simple file, au plus près des pierres anciennes aux teintes sages, prenant place dans ce vaste groupe de spectateurs passionnés, toute une vie et une authenticité, culturelle, architecturale, canalisées par quelques barrières vauban.

Et attendre encore sur l’escalier de pierre, près des pavés et d’une lourde porte de bois, et glisser doucement dans un palais.

Un temple investi par des entrelacs d’échafaudages, terribles poutres métalliques et chemins de planches qui zigzaguent, le squelette à panneaux et numéros d’entrées au milieu des limites d’une cour grandiose.

Des couloirs et des arcades jusqu’à des toilettes presque incongrues, envahies par une longue file féminine. Petite galerie vers les sanitaires où l’on ne passe qu’à deux de front, et où on ne passe alors qu’à un car les femmes attendent nombreuses. Difficile de sortir donc car les hommes se pressent de rentrer, cela va bientôt commencer, et ils proclament leur Pardon pour s’infiltrer, mais au bout de trois, je refuse ce pardon d’un coup d’épaule, pardon, non, laissez-moi sortir. Ce doit être l’excitation.

Rang ZD sur le bord, côté jardin. Trentième rang, et deux seulement derrière moi.

Mais quelle aspiration de l’endroit.
Pente forte des gradins bondés
Toute une largeur de scène dépouillée
simple rectangle rouge d’étoffe
et quelques personnes debout
Et derrière
Toute la verticalité d’un mur de pierre
à peine percé de quelques fenêtres sombres ou projecteurs
et retenir son souffle
Malgré une douce lassitude, la fatigue d’un festival. Il faudra picorer, mais picorer enthousiaste.

Une vague d’exclamation sur toute la surface du public devant moi. Ca commence ? C’est le début d’une pluie fine, quelques minutes avant les trois coups.

Les silhouettes se lèvent, la masse de foule ondule en toile imperméable, capuches et parapluies, et se déforme, monte peu à peu pour se mettre à l’abri. Je suis haut, mais je fais partie des deux ranges abrités par une planche.

La météo locale prévoit trente minutes d’averse, le spectacle sera donc reporté d’au moins trente minutes, restez dans les parages, résonne un haut-parleur. Et ils se décident enfin à ranger la toile rouge sur la scène, déjà parcourue d’éclats humides pendant que tout le monde monte vers les rangs élevés qui tremblent.

Prendre des photos des parapluies au flash, puis fermer les yeux, profitant du temps mort.

Au bout de quarante minutes, le tremblement métallique se fait redescente et réinstallation, face aux planches de bois sombre d’imprégnation, de la large tenture rouge luisante.

Tout sur scène peut commencer, et commence vite et brutalement !

Car le coup de théâtre est instantané, la tension immédiate, la déstabilisation surgit initiale et la pièce découle toute entière de ce nœud d’intrigue au premier regard. N’en savoir rien auparavant, et j’en prends conscience surpris, peu à peu, incertain, face au défilé de couples isolés sur le grand carré rouge. Le Roi Lear découpe son royaume et distribue par chantage d’amour filial, et l’estrade en pente tendue de rouge dessine une carte immense aux vagues de vent, où les puissants du monde se tiennent debout et seuls chefs.

Et survient ce rien. Le rien évoqué avec respect et émerveillement par les critiques, les metteurs en scène, les connaisseurs du théâtre. Un rien pivot de pièce.
Que peux-tu dire à ton roi, pour montrer que tu m’aimes plus que mes sœurs ?
Rien.
Toute la sécheresse fascinante d’une réponse honnête et abrupte.

La royauté bascule, la mascarade, la cour, les personnages s’agitent tout autour du carré rouge, ils apparaissent même descendant les allées des gradins, élargissant encore cet espace de jeu immense. Le jeu s’infiltre partout, et qu’importe si on l’entend mal. Les perles visuelles commencent à s’enfiler le long du fil nocturne, même si certaines s’éloignent parfois de mon esprit fatigué.

Des robes en vase de velours épais retournés.

Des pages qui courent, s’agitent, courent, se pressent sur toute la longueur, sauts, se pressent, petits bons, et tournent, pour bientôt revenir après avoir fait le tour.

Et un bâtard. Et un traître. Et un demi-frère en fuite.

Le rectangle de bois incliné révèle ses trappes où les coureurs plongent et d’où les chasseurs surgissent. Quel émerveillement.

Le roi envoie son émissaire et il se dispute et se fait emprisonner, monte au ciel hissé par ses chaînes, il flotte par-dessus la scène, tourne en tout sens et tête en bas, léger, fragile et magnifique.

Débarque le fou du roi sur une scène dépouillée, le roi à jardin et un homme à cour, rien de plus, et le fou soutient de longues minutes une scène euphorique en répétant simplement ça va, ça va au roi, ça va, ça va, variations sur les ça va, ça va au public, ça va aux acteurs, ça va, ça va, ça va au mur vertical.

Mais le roi glisse seul, sans plus aucune terre, ni pouvoir, une couronne juste posée sur la tête mais en simple couvre-chef. Les filles l’abandonnent même, aucun toit pour l’accueillir, la nuit, et le voici flottant dans la nature dépouillée, quelques planches de bois penché sans tour, avec un fou pour toute suite. Ils marchent instables, les pieds titubant, et ils ne parlent plus sous la tempête qui approche. Ils soufflent. Grognent. Doucement, puis explosent peu à peu. Ils sont la tempête, ils hurlent le tonnerre extatique, transe de folie, déchaînée, ils appellent la foudre et la font claquer en raclements déments de gorge.

La folie invoquée dans la furie.

Le roi perd pied et d’autres également, un fils légitime en fuite prétendant l’idiotie, se cachant derrière les cendres étalées sur son corps et son torse, faussement hébété.

Et son père qui le chassait se trouve pris lui aussi dans le complot, accusé de trahison maintenant. Il pourchassait son fils et on le capture, et l’aveugle, lui transperçant un œil, puis l’autre malgré les interventions, torture en plein centre de la scène. Gloucester nouvel aveugle hurle et déambule, pantin branlant, trébuche dans un dédale, des montagnes, échafaudages, scène déstructurée en obstacles, il tombe dans le vide bras tendus et on le rattrape en bas, et il repart, tombant encore. Une danse mécanique et sans vue sur les largeurs de la scène quand les autres dialoguent encore.

Voici l’entracte.

Depuis une demi-heure des personnes quittent leur place, craignant certainement un spectacle sans coupure. Ils se lèvent par un ou deux, montent vers le haut, tout en haut, et une ouvreuse doit les poursuivre pour les guider vers la bonne sortie. Leurs pas font résonner les planches quand ils empruntent l’allée devant les plus hautes places, la mienne, leurs têtes zébrant le spectacle sur scène.

Mais beaucoup restent, éparpillés sur le pas du Palais, petits groupes posés dans l’ombre sur les pierres aux arrêtes rondes, en surplomb d’une esplanade vide à une heure du matin. On croque un biscuit, discute la mie en scène et ce travail qu’on apprécie, en songeant à cette couverture bleue qu’on va saisir même si le vent s’est calmé depuis le week-end. Je vais encore fermer les yeux, mais tous les grappillages vont être délicieux.

Alors on s’assoit gourmant pour la reprise, la laine bleue étendue sur les genoux, et on sourit, ravi de redécouvrir la scène de m-ième rang, merci aux fuyards de l’entracte. Les comédiens sont plus grands et offrent de nouveaux détails dans cette nouvelle perspective.

La batterie plus visible, la musique qui se déplace au grès des scènes sur les estrades de l’ancien plateau divisé en parts. Et les parts se déplacent même, elles roulent et le plateau ainsi respire et danse de ses échafaudages. Il sait se dépouiller pour offrir la force complète et nue de son espace large et immense.

Deux hommes à pas prudents, toutes petites avancées en se tenant, un précipice tout près, un ravin, la falaise, la tension de mouvements minuscules au cœur d’un plateau bien solide, et ils marchent sur leur fil en murmurant, en micro apartés. Gloucester veut se suicider. Guide-moi à la côte. Il écarte l’autre, son fils, qui joue le jeu, qui l’a sauvé en le menant au milieu d’une plaine. Les bras écartés pour garder l’équilibre jusqu’au bout, au bord de l’abyme supposée, imaginée, espérée, Gloucester va sauter dans le vide mais c’est un plateau solide et il ne risque rien, même pas le personnage, en fait, mais quelle grandeur peut prendre un aveugle au centre d’une si grande scène dans l’ombre.

Gloucester vit donc encore.

Et se trouve aspiré dans la bataille, poupée molle à nouveau ballottée sous les chars des combattants et généraux qui se chargent en musique, et la scène s’anime de tout côté, des tréteaux mobiles et corps traçant des figures, et si, à la fin, certains meurent étendus sur des draps rouges, le couronnement dans la pièce appelle des vagues d’applaudissements pour saluer toute cette série de tableaux.

Et tous glissent dans le fantôme gris des rues de trois heures du matin en souriant.

2007/07/26

Baptême de Festival d'Avignon (in)

samedi 21/07/2007
Angels in America I & II (Tony Kushner).
mis en scène par Krzysztof Warlikowski, en polonais surtitré

Assis les yeux fermés au cinquième rang, il est une heure du matin.
Assis au P-ième rang, une couche de vêtements en moins, il est 23h.
Ou dans l'ombre d'une rue presque vide, totalement silencieuse, à 3h.

Tant de mouvements intérieurs durant la soirée, grande expérience, et néanmoins, je commencerai toujours mon récit, assurément, en parlant d'

une pièce de six heures en polonais

Concentrer et réduire, formule frappante, mais à enrichir et colorer aussitôt, car réduire et passer à côté. D'une riche fresque aux personnages multiples, profonds, ballottés et hurlants et dures, presque tous. Un long ruban aux accents classiques, tragiques, de nombreux tableaux aux figures familières, aux thèmes sans époques, la mort, la mère, l'ange, le rêve, la vision, le fantôme, et tous ces éléments éprouvés distribués dans des tableaux et des mots modernes, des thématiques contemporaines et rattachées fidèlement aux années 80, le sida, les yuppies, l'homosexualité, Reagan et ses républicains. Une longue histoire déroulée sur six heures, donc, ou presque, durant lesquelles les fils se tendent, se croisent et se tissent, durant lesquelles le récit coule et les mots s'échangent violents, mais forts et puissants, souvent, un chemin d'ombre où le son redescend et les rideaux se relèvent à la fin pour des voix douces et sereines dans les derniers instants. Six heures riches pour, d'une certaine manière, un grand classique de notre temps, grand texte.

Il fait frais sous la brise contenue par les bâtiments de cet espace carré et beaucoup s'enroulent dans des couvertures bleues tout au long des gradins.

Des éclats visuels parsemant l'espace et les heures, le texte et les situations enrobées de papiers, de toile, de lumière et de mousse pour dessiner des images marquantes et esthétiques. Des panneaux en miroirs troubles tout autour du plateau, métalliques et à la vague lueur, impressions de carré bleu et de taches rouges, un carré de jeu ainsi un peu plus grand entre les murs. De la neige tombant des projecteurs, billes blanches encore et encore pulvérisées sous le noir du ciel aux quelques étoiles, le ciel au-dessus de la scène de théâtre, le ciel ! Un lit et des membres épars, une chaise où les jambes se croisent nerveuses en tailleur et les mains se tordent regard instable. Une femme en velours rouge immobile, des cheveux brisés et des canapés d'amours pleins de malaise, des tableaux et tableaux visuels et mettant toujours en valeur les figures humaines, ces personnages aux postures et attitudes et regards pénétrants, touchants, remuants. Des peintures, des peintures faisant sens et étalant des traces qui s'infiltrent dans l'esprit, des images recouvertes de couleurs mobiles qui caressent la mémoire pour diffuser sans mots la tonalité et une grande part des impressions ressenties, un long défilement.

Six heures du début à la fin, avec ses courtes pauses. Passage dans la cour et la piste d'athlétisme où l'on fume, boit un café, croque des pommes et grignote des tuiles aux amandes. Et les pauses intérieures, les monologues personnels et parallèles, car l'imagination s'égare parfois mais qu'importe puisque elle se déroule elle aussi et réagit, rebondit et s'anime, c'est agréable. Savoir accepter les détours intimes et détendre un peu sa concentration sans se crisper car c'est un spectacle de course de fond, une suite d'instants et de temps à gérer sans vrai plateau homogène de A à Z. Il y a un plaisir à réagir ainsi. Se sentir un peu riche soi aussi, capable de penser à elle, à eux, à une idée ou à ce que l'on pourrait écrire, et l'éloignement de la connection n'a plus trop d'importance quand on réalise de petites découvertes, et réveille son émerveillement propre en écho de l'émerveillement suscité par le spectacle.

Au son des paroles polonaises portant une trame américaine. De personnes qui se lèvent pour sortir prématurément car il est tard.

Et des paroles à l'éclat limpide et doux qui se déroulent soudain sereines à la suite de tableaux ténébreux et vénéneux, et magie, équilibre, leur gamme ne semble pas incongrue étirée sur une ligne de huit fauteuils tout près, devant la scène, finalement.

Plonger alors dans la rue grise aux pierres éteintes et aux affiches endormies, toujours la même douceur sereine persiste, et l'on pourra chanter tranquillement en accompagnement de David Bowie pour les quarante-cinq minutes de trajet automobile du retour.

2007/07/25

Retrouver Avignon pendant le festival

21/07/2007 10h

Un pont de l'Europe à deux voies qui aspirent, narines asymétriques, la gauche hoquettent, bouchée par à-coups, et le flot plonge vers le centre par petits pas retenus. Succion légère sans fluidité, on arrive mais le feu ne lâche personne dans l'espace libre autour des remparts, aucune prairie ouverte et infinie aux espaces battus par le vent aride. Chacun à son tour. Péage implicite. De facto. Ne soyez pas excessivement enivrés. Encore quelques instants avant la promenade à pieds au milieu des affiches.

Le parking du Leclerc pour la déposer facilement car le soleil ouvert et tombant droit vaut mieux que les longues circonvolutions.

Et les rues à pieds enfin.

Les panneaux de carton sur les poteaux suspendus, les panneaux et panneaux sur les grilles et clôtures et les rideaux de fer descendus des commerces inactifs. Les mêmes couleurs et les mystérieux, trop souvent tristement évidents. Faciles et racoleurs. Mais un certain bruit de fond visuel, fanfreluches dessinant les espaces tachetés et les tentures scéniques de la rue, parade immobile, longs rubans ficelés en grappes.

Retrouver l'atmosphère d'un îlot aux pierres beiges maquillé à grands traits de pinceaux surchargés.

Avant même les grands espaces centraux.

Les grands cinémas redevenus théâtres, les affiches présentant des acteurs qui parleront vivants et non péliculés, des box offices de théâtre. Les garçons aux cheveux peut-être plus longs et les filles portent des robes aux couleurs tendues, acides et géométriques, de l'étoffe ample et des mèches souvent éparpillées et presque centrifuges, les abords d'écoles d'art et de littérature déversés dans toutes les places et terrasses de café. Du rose à parapluies aux mouvements décomposés éparpille les tracts à la même teinte unie, des imitateurs et collègues tout le long de l'avenue aux petites bornes vertes, et la grande place tout au bout.

Les distributeurs répétés à papier glacé et les automates à la monnaie nécessaire répandent leurs coupures aux longues queues qui défilent.

Le rythme vers les vastes espaces à la foule à ciel ouvert.

La place de l'hôtel de ville en tables et chaises et auvents sans interruption, comédiens glissés dans les allées qui dansent et déclament pour que l'on conserve leur tract publicitaire. Des pavés et vieilles pierres et un comique belge en chaise roulante, on pousse jusqu'au Palais des Papes et l'esplanade en pente, et le bureau du off, aux lourdes brochures de trois cents pages surchargées de photos, de dramaturges, de compagnies, de descriptifs élogieux et positifs aux messages similaires. Ainsi qu'un plan gris à numéros de 1 à 110 dans des cercles rouges.

Des voyelles aux formes de velours noir et couleurs franches chantent sur le parvis car elles sont les plus belles.

Malgré la disparition de leur camarade u.

A l'ombre à un croisement, posé un à café, combiner son programme à la musique des noms reconnus et des petits conseils. Dégustant une glace au pain d'épices et un jus d'ananas pressés du jour, aux morceaux généreux. Recevoir sans même bouger des flyers encore et encore, car les comédiens se faufilent entre les tables, et la pile s'enrichit sans effort avant de rejoindre bientôt une autre corbeille. Des échasses et des pattes de loup bondissantes passent, des soeurs accordéonistes épileptiques et rouges, une file indienne au murmure bégayant, cheveux gras.

Never ending spool où tout le monde distribue du théâtre à une foule qui en parle car venue dans ce but.
Mais les bouquinistes proposent également de jolis trésors.