Glisser sur le canal d'Ottawa après le 9/11 (bien après)
- Quel étage ?
Finis la passion folle et les grandes confidences - les coups de chaud passagers.
Une tendresse régulière, suite d'affections, collier de détails de voyage. . . . . . . . . . . . . . Un état d'esprit.
- Quel étage ?
Publié par
Robin LE WILLIAM-NORTH
à
01:22
0
commentaires
Publié par
Robin LE WILLIAM-NORTH
à
22:24
0
commentaires
Libellés : .récit, 2009.04 Back in Düsseldorf, Düsseldorf
Publié par
Robin LE WILLIAM-NORTH
à
10:41
0
commentaires
Libellés : .portfolio, .récit, Rueil Malmaison
Publié par
Robin LE WILLIAM-NORTH
à
08:33
0
commentaires
Libellés : .portfolio, .récit, église, Rueil Malmaison
Publié par
Robin LE WILLIAM-NORTH
à
18:11
0
commentaires
Libellés : .récit, 2009.01 California, San Francisco
- Hablais Español ?
Mon camarade colombien se penche dans l'embrasure de la porte. La réponse est positive, il me fait signe de le suivre rejoindre ce groupe hispanohablante. Dernière étape d'un samedi particulièrement international et polyglotte, enchaînant les surprises.
Pourtant, le matin, mon samedi s'annonçait uniquement sous le signe de l'anglais et du français. Anglais, ma langue de survie, afin d'évoluer en Allemagne avec derrière soi moins d'une demi douzaine de cours dans la langue de Goeth. Si, au fur et à mesure, les petites expressions utiles s'ajoutent les unes aux autres, il me faut souvent bifurquer vers l'anglais à ma deuxième ou troisième phrase dans un café. Mes commandes bancales en allemand donnent confiance aux serveurs, et il me faut alors battre en retraite après leurs réponses trop rapides et trop germanophones. Rien de très grave, il faut faire profil bas !
Toutefois, je comptais ajouter à cet anglais utilitaire une petite conversation avec une française. Elle avait été élève très temporaire de mon cours d'allemand, avant de partir pour Bonn après une seule leçon, mais devait passer le week-end sur Duisburg. Une bonne occasion de boire un café entre français, autour de ce seul prétexte, discuter en français une heure ou deux, au coeur d'un long séjour à bredouiller en anglais et ne pas comprendre l'allemand. Peut-être n'aurait-on rien à se dire, qu'importe, le contenu ne comptait pas vraiment. Au pire, on aurait parlé de Sarkozy. Rendez-vous avait été pris par téléphone en deux phrases francophones, mais l'échange bleu-blanc-rouge devra finalement attendre un week-end prochain, puisqu'elle s'est décommandée au dernier moment, vraiment débordée. L'un dans l'autre, contrat presque rempli, une douce expérience de la France : verra-t-on jamais un de ces si gentils Allemands annuler un rendez-vous au dernier moment ?
De toute façon, ce léger contretemps ne me condamnait pas à une fin de journée solitaire. J'avais déjà prévu de me rendre à la célébration du Nouvel An chinois, organisée par des étudiants de l'université au Centre International. 18h, les gobelets en plastique s'étalent près de la cafétéria, faisant face à une table couverte de prospectus Best Western, sponsor apparent de l'événement. Une jeune fille m'épingle une fleur en papier rouge, porteur de bonne chance pour la bonne année, et me voici assis à une petite table, sans avoir osé lire le prénom de cette fille sur son badge illisible : lettres imprimées à l'ordinateur, c'est pro, mais peut-on décemment déchiffrer un badge fixé au sommet d'une poitrine féminine ? Pourtant, malgré le retard de mon camarade colombien, pas le temps de m'ennuyer. Je partage un gobelet de mousseux et des nougats chinois avec un sympathique étudiant chinois qui m'a pris en amitié, a noté mon adresse électronique, ravi que je lui pose des questions sur la langue chinoise. Gambei, nous trinquons, et ça y est, j'ai presque autant parlé chinois que français aujourd'hui...
Quelques instants plus tard,un nouveau continent vient à ma rencontre quand arrive ce camarade colombien, qui me trouve fasciné par le karaoké chinois. Mon nouvel ami chinois est parti servir du mousseux, portant un plateau peu horizontal, après avoir proclamé plusieurs fois son ivresse, plutôt évidente, et je me suis faufilé dans la plus grande salle de la fête. Une quinzaine de tables sont entourées d'étudiants chinois, groupe fourni mais qui représente finalement une faible portion des 500 élèves venus de Chine pour étudier à Duisburg. Ils n'ont aucun problème pour suivre les paroles de pop chinoise qui défilent à l'écran, et je suis triste de ne pouvoir participer plus activement à la fête. N'y a-t-il pas des karaokés chinois écrits en phonétiques ?
Mon ami sud-américain efface aussitôt cette déception : à l'entrée du Centre International, une feuille manuscrite évoque un groupe "Latina America & Bresil", apparemment en réunion au deuxième étage. Nous montons, mon ami entrouvre la porte, pour voir, et aussitôt, nous voici plongeant définitivement dans ce troisième continent. Pendant que l'Asie célèbre le début d'année à grand renfort de chansons romantiques, l'Amérique du Sud tient sa réunion hebdomadaire au deuxième étage. Dernière étape surprise du jour !
Dans la salle, là-même où ont lieu nos cours d'allemand, cinq femmes aux longs cheveux très bruns grignotent des biscuits apéritifs en discutant. Un homme chauve à la barbe blanche complète le tableau, avec une fillette qui dessine aux feutres ou joue à la bataille avec sa maman. Voici le groupe des ressortissants sud-américains de Duisburg, je tente de retrouver mes souvenirs d'espagnol datant de plus de trois ans, et je m'assois auprès de l'homme. Il est allemand, mais a vécu 15 ans en Espagne, 3 ans au Vénézuela et 2 ans en Colombie, par l'intermédiaire de sa formation de chimiste, et son espagnol s'écoule d'une fluidité parfaite. La conversation passe parfois de l'espagnol au portugais, une des femmes est Brésilienne, et mon ami est ravi. Il parle beaucoup, et je m'enivre de cette nouvelle langue de Duisburg, l'espagnol, surpris de la comprendre sans trop de problème. Quant à parler, cela reviendra avec le temps : nous inscrivons nos noms sur une liste, et hop, nous serons tous deux de la partie pour les journées de présentation du Brésil et de la Colombie !
La bobine de l'immersion internationale commence à peine à se dérouler...
Publié par
Robin LE WILLIAM-NORTH
à
21:09
0
commentaires
Libellés : .récit, 2008.01 Allemagne, Duisburg, voyages
From: Cathead Le William-North <lewilliamnorth@gmail.com>
Date: 6 janv. 2008 11:00
Subject: Une orgie de retrouvailles durant ce passage en France
To: Marie-Posa
Coucou Marie-Posa,
Dernier message français avant de m'envoler à nouveau vers l'Allemagne. La valise est prête, et mon avion ne part qu'en fin de journée, j'ai tout le temps lancer quelques messages. Passer quelques coups de fil dans l'après-midi, et écrire aux personnes les moins disponibles...
Alors, comment se passe cette installation ? La pile de cartons doit finir par s'épuiser, j'espère ! Les soldes devraient permettre de dénicher les derniers accessoires nécessaires à la constitution de ce "chez-vous". J'attends les photos avec impatience.
Et justement, t'habitues-tu peu à peu au bruit du vent ? Les plaisirs insoupçonnés de vivre au dernier étage, ça fournit un peu d'émotions.
De mon côté, j'ai déjà évoqué ma valise, et si ce n'est pas un déménagement, elle est à nouveau bien pleine. Ce petit retour au bout de trois semaines permet d'ajuster quelques détails, changer les livres déjà lus, ajouter des affaires de sport histoire de dire, et l'accumulation de ces quelques détails donne au final un joli volume. Ne pas penser encore au retour dans quelques mois... Disons que mon prochain passage sur Paris fin janvier sera propice à un nouvel ajustement...
En tout cas, j'espère avoir l'occasion de te croiser à cette occasion, si tu trouves le moyen de monter à la capitale. Enfin, si ça ne te dérange pas trop, bien sûr : il faut respecter les emplois du temps de chacun !
D'ailleurs, j'apprends peu à peu les joies de mettre en place planning serré pour croiser le plus d'amis possibles. Plaisir courant quand on travaille loin et revient pour une courte période, phénomène dont je me doutais, mais j'ai tout de même été surpris par les ordres de grandeur mis en jeu : j'ai compté, tu connais mon goût pour les chiffres, et en 9 jours, j'ai vu 24 potes, à l'aide de 7 repas dont 2 réveillons de fin d'année, et aussi de 2 sorties cinéma. Et bien entendu, ça n'a pas été réparti de manière homogène, avec les week-ends passés en famille par les uns et les autres. Donc cette semaine, vendredi et samedi, j'ai enchaîné des rencontres le midi, puis en fin d'après-midi, puis le soir ! Mais il aurait été bête de ne pas profiter de la région parisienne, de sa densité d'amis et de son réseau de transports en commun, non ?
Je ressens maintenant un certain vertige en repensant à toutes le conversations échangées, les remarques sur les travails des uns et des autres, sur leurs projets, les blagues, et aussi, les différents plats engloutis et les différents verres bus. L'amitié, parfois, c'est du sport !
Donc je pense déjà à mon futur emploi du temps parisien fin janvier, trois soirées, un samedi et un dimanche midi, et il ne devrait pas y avoir trop de problème pour les remplir. Mais, au risque de me répéter, je ferai mon possible pour qu'une des cases permettent de nous croiser !
D'ici là, porte-toi bien, gros bisous,
Cathead
Publié par
Robin LE WILLIAM-NORTH
à
10:45
0
commentaires
Libellés : .récit, 2007.11 Allemagne
From: Cathead Le William-North <lewilliamnorth@gmail.com>
Date: 16nov. 2007 18:30
Subject: Ce n'est pas un retard, non, un léger décalage
To: Marie-Posa
Coucou Marie-Posa,
Enfin un petit message pour donner des nouvelles un peu plus claires. Et en prendre, bien sûr ?
Comment vont les choses, de ton côté ? J'imagine que tu dois être en pleins préparatifs maintenant, la date approche. Je te fais confiance pour avoir planifier au mieux ce petit déménagement, la date est fixée depuis un moment... Même si ça ne rend pas forcément les choses plus faciles... Enfin, ça occupe un peu l'esprit, ça change d'air, non ?
De mon côté, ma planification a légèrement vacillé au dernier moment. Comme je te l'ai dit rapidement il y a quelques jours, mon départ pour Duisburg est un peu retardé. Décalé, disons : il s'agit surtout d'organiser au mieux le travail qui doit être fait. C'est du moins la manière la plus professionnelle de présenter les choses, non ? Et on n'est pas à deux semaines près, comme on dit en thèse.
Tout de même, je suis un peu surpris de constater que cela ne me dérange pas plus que cela. L'an passé, c'est fou, j'étais concentré sur ce départ plusieurs semaines à l'avance, et honnêtement, je n'avais pas vraiment été très efficace pour le reste. Là, pof, on décale, et ça ne me fait ni chaud ni froid, ou à peine. Que de sagesse accumulée en douze mois, ma chère !
Ou certainement moins d'effet de surprise, d'aventure imprévue, j'ai un peu mieux vu la grande Allemagne de l'intérieure. Plus une terra incognita. A défaut de me plonger parfaitement dans la langue. Mais ne m'avais-tu pas promis quelques cours, ou de me vendre un DVD ? J'apprendrais encore un peu sur le tas, bitte und schön, SCHON, comme ils disent en regardant la Champion's League.
Et puis, l'un dans l'autre, il m'est difficile de ne pas sourire de mes petites planifications. Il me suffit de tourner la tête pour voir ma table basse surchargée d'affaires, accumulées là depuis une dizaine de jours pour mes bagages. Une liste à la Pérec, les quatre paquets de mouchoirs en papiers, la pile de livres, les trois magazines conservés depuis un mois pour lire dans l'avion, l'enveloppe contenant 9 photos de famille et amis pour égailler mon bureau, le paquet de bonbons suisses au plantes, en prévision du froid germanique. D'ailleurs, je vais tenter de résister à mon amour des listes et m'arrêter là : je comptais prendre une ou deux photos de cet assemblage, et les poster sur mon blog. "Kit de survie pour séjour en Allemagne". Et je ne vois pas pourquoi je ne le ferai pas dans dix jours, hein !
Ça m'a rappelé ton précédent déménagement depuis Paris. Tout un bric à brac qu'il faut transporter, et on s'attelle à la tâche concentré, mais en faisant un instant un pas de côté, ce mélange est superbe et amusant, non ? (je fais confiance à ton humour pour prendre le terme "bric à brac" à son juste degré) N'oublie pas de prendre des photos le week-end prochain, j'ai très envie de voir l'évolution...
D'ailleurs, je ne vais pas te déranger plus longtemps avec mon longues lignes électroniques, ce n'est pas ta priorité actuellement ! J'essaierai peut-être de t'appeler ce week-end, en essayant de ne pas tomber à un moment désagréable, juste pour un rapide coucou. Et avec le temps que je vais gagner dans le métro, rapide voudra bien dire rapide, je peux te l'assurer.
Courage, je pense bien à toi. Gros bisous,
Cathead
Publié par
Robin LE WILLIAM-NORTH
à
19:27
0
commentaires
Libellés : .récit, 2007.11 Allemagne
- Imagine un ballon. Tu traces une ligne au marqueur dessus, puis tu le gonfles. La ligne va s'agrandir quand la surface s'étire. Et pourtant, localement, au niveau de la matière, rien n'a changé, les grains de graphite restent liés au même point de la surface du ballon.
- C'est une question de mesure.
- Plus que de mesure. C'est lié au référentiel.
La serveuse apporte deux pizzas, qu'elle pose devant deux des verres de bière. Le dernier verre de Bit n'a droit qu'à la salière et à un pot de moutarde.
- Vous croyez qu'elle a oublié mon assiette de frite. Des frites, ça se cuit plus vite que des pizzas, non ? Elle doit m'en vouloir pour mon "Bitte ein Bit" du début. Mais revenons-en au référentiel. C'est simplement que localement, ce n'est plus le même temps, ce ne sont plus les mêmes longueurs. Ce n'est pas juste une question de mesure. Prenons deux règles étalons, de un mètre, en fait on s'en fiche, que ce soit un mètre. Elles font la même longueur, parfaitement identiques. Un type en prend une dans un train qui va très vite, à une vitesse proche de la vitesse de la lumière, et l'autre reste sur le quai. Juste au moment où le train passe, il tend la règle, et l'autre la brandit par la fenêtre du train. Celui qui est dehors verra celle du train plus grande. Et celui qui est dedans...
- C'est la matière qui a changé. Mais je ne comprends toujours pas quand tu utilises deux horloges dans un avion.
- Et celui qui est dedans voit la règle du dehors...
- Pour des horloges, ce n'est pas possible. Elles sont fabriquées de telle manière qu'elles mesurent toujours le même intervalle. Ça ne pas changer quand tu la mets dans l'avion.
- Il voit la règle plus...
- La mesure par l'horloge, c'est imposé à la fabrication de l'horloge. Ça dépend des réglages qui sont utilisés. Si tu prends une clepsydre. Non, pas une clepsydre, y'a des histoires de gravité, d'écoulement, ça ne va pas. Mais une montre mécanique. Elle mesurera toujours le même intervalle, je ne vois pas comment ça peut changer.
- Mais ça ne change pas. Elle mesure toujours le même temps. Localement. C'est juste le temps qui n'est plus le même.
- Je ne comprends pas, non, décidément. Ce n'est pas clair.
- C'est bête que je n'explique pas très bien, c'est vraiment limpide quand on pose les équations. C'est lié à l'espace. Comme on définit un espace, déjà ? Mais si on suit la démarche historique, c'est très clair. Je ne vais pas refaire tout l'historique, même si c'est tentant. Au point où on en est. Tout est venu de l'expérience de Michelson, de l'interféromètre. Un système pour mesurer la vitesse de la lumière, avec deux trajets, le faisceau initial séparé en deux, et qui reviennent ensuite, pour faire, normalement, des figures d'interférence. Parce que la lumière est une onde, ça fait comme ça.
Il fait des vaguelettes avec ses bras, mets les ondes de chaque bras en opposition de phase, c'est très sensuel, presque de la techtonik.
- Mais je ne vois pas pourquoi la lumière reviendrait en sens inverse.
- Heu, si, il y a des miroirs. Hé bien, ils ont mesuré dans toutes les directions, et ça ne changeait rien, il n'y avait pas de compostions des vitesses avec la vitesse de lumière. Tu connais la composition des vitesses ? Prenons un déplacement d'un point A à un point B. Hop. Par exemple de ce verre à celui-là. Et si on fait une étape intermédiaire avec ce troisième verre. C'est le même déplacement.
- Non, le trajet parcouru est plus long.
- Mais vectoriellement. En terme de départ et d'arrivée.
- Vous êtes toujours comme ça, les scientifiques, on ne sait pas de quoi vous parlez. Forcément, les gens sont perdus.
- Bref. Il n'y a pas de composition de la vitesse avec la vitesse de la lumière. C'est un maximum. Ça se voit très bien à partir des équations. La théorie des groupes...
- Ça non plus, je ne vois pas pourquoi la vitesse de la lumière, c'est un maximum. C'est juste dans notre univers, parce qu'on n'a rien observé de plus rapide. Mais rien ne dit que ce ne peut pas être différent ailleurs.
- Si, c'est purement mathématique. Ça se voit dans les équations. C'est dommage que j'ai perdu la brochure d'Irondale, je ne sais plus où je l'ai mise. La vitesse de la lumière ne change pas. Enfin elle ne change pas dans le vide, dans un milieu, ça peut être différent.
- Voilà, tout dépend encore de ce que tu appelles la vitesse de la lumière. Vous la définissez ainsi, et après vous dites, c'est maximum. Forcément, on ne suit plus, on ne sait pas de quoi vous parlez. Pas étonnant que les gens ne comprennent pas. C'est comme une conférence que j'avais vu à l'École Normale Supérieur, par un professeur de biologie, un ancien polytechnicien. Une conférence sur la mortalité. Je croyais que ce serait historique, et au début ça l'était, il examinait toutes la causes de mortalité à travers les siècles. Pas inintéressant, mais les autres chercheurs semblaient perplexes. Où se trouvait la recherche pour eux, et quand on lui a posé la question, sa réponse n'a convaincu personne. Parce que ça lui semblait évident, et il a dû réfléchir au point de vue du public, pour, finalement, expliquer qu'il cherchait à modéliser la mortalité. Avec 100 ou 150 paramètres.
- Un modèle comportemental plus que statistique ?
- C'est ça. Mais sa démarche lui semblait évidente, et il n'avait pas expliqué au début. Qu'il cherchait à prédire la mortalité en fonction des conditions de vie, du climat, du nombre d'heures de sommeil, du régime alimentaire, et tout.
- Enfin, avec autant de paramètre, on peut ajuster une simulation comme on veut. On ne comprend pas vraiment ce qui se passe. Comme avec le contrôle du coeur par pacemaker dont je parlais toute à l'heure.
- Et voilà, encore un point qui peut prêter à confusion. "On ne comprend pas". Les scientifiques disent tous ça, mais nous, on ne voit pas ce qu'ils veulent comprendre de plus. On connaît les paramètres du phénomènes, bah, on le comprend, non ?
- Pas vraiment. Pour le coeur, on sait par exemple que le rythme s'accélère quand il y a un effort. Il y a un stimulus électrique qui arrive, qui conduit à l'accélération. Mais on ne comprend pas le mécanisme qui entraîne le déclenchement de ce stimulus électrique. Enfin, si, plus ou moins, ce doit être hormonal. Mais on ne comprend pas comment toute cette chaîne se met en marche. Donc, l'un dans l'autre, on ne comprend pas.
- Voilà, je l'attendais, on ne comprend pas. Les gens comme moi ne comprennent pas ce qu'il y a à comprendre.
Je pense que le pauvre père peut faire une croix sur le dîner avec son fils : même avec une assiette de frites déjà terminée, il n'est pas près de rentrer chez lui.
01/11/2007 22h - Le Falstaff, place de la Bastille
Publié par
Robin LE WILLIAM-NORTH
à
09:33
3
commentaires
Libellés : .récit, j'suis snob, Paris
"Non, rien de rien, non, je ne regrette rien"
Et l'ensemble du public du Parc des Princes hue le choix fâcheux de la sono du Stade. Le XV de France vient d'être surclassé par une belle équipe d'Argentine, ces bleus exposant leurs lacunes, leur manque d'imagination, leur maîtrise appliqué d'un jeu arrêté et à contre-temps.
Et ne rien regretter alors ? Huons, huons.
Les hauts-parleurs bafouillent, et, au bout d'une minute, enchaînent sur un chant argentin.Les supporters aux joues tricolores ne sont pas à la fête, mais pour autant, c'est vrai, il ne faut pas regretter d'avoir assisté à cette finale de bronze à sens unique. Toute une soirée d'expériences et de regard critique pour dessiner quelques conclusions pour l'avenir, au moins dans mes aspirations.
Le XV de France a exposé son sens de la discipline mono-dimensionnelle, son abnégation à ne rien tenter, pourquoi risquer ? Et pourtant, déjà, cette journée de grève des transports mettait le public dans l'obligation d'exploiter sa faculté d'adaptation.
Aucun RER A, pas de bus reliant Rueil-Malmaison à Paris ou même simplement au noeud de La Défense ? Qu'à cela ne tienne, je saute sur la moto de mon chef pour rejoindre le Parc des Princes, zigzaguant avec lui au milieu des voitures de 17h, entre les filles du Bois de Boulogne et les stations services en descente quand l'essence se fait rare dans le réservoir. Et, au retour, aussi, me faufiler entre les lignes de métro réveillées, les derniers bus assurés par bonté d'âme.
Alors, comment réagir quand sept français échouent pour contourner deux argentins, incapables d'accélérer ou même d'oser ?Que l'équipe de France ait raté son approche tactique, pourquoi pas ? Tout le monde peut se tromper. Elle aura choisi une approche, exploitée jusqu'au bout, et pourquoi pas ? Avoir tenté une approche du rugby moderne, très défensif, uniquement rigoureux et physique. Mauvaise analyse des situations et enjeux, ou analyse incomplète, mais cela peut servir pour progresser.
Cependant, un goût amer apparaît dans la bouche quand un monolithisme du même genre se fait jour dans l'organisation du Parc des Princes. Un joli stade massivement rempli de supporters internationaux, argentins, mais aussi sud africains, australiens, et déguisés, enthousiastes, chantant... Rassemblement mondial pour Coupe du Monde, toute une alléchante fraternité.
Et que nous a servi la sono pour donner de l'entrain à ce rassemblement bigarré ? Piaf, donc, et à la mi-temps, "Emmenez-moi" de Charles Aznavour.
Vive la France moderne, épanouie dans la mondialisation.
Entendons-nous, "Emmenez-moi" est une belle chanson, un classique. Mais là réside tout le problème : c'est avant tout un classique, et rien ne nous sera servi d'autre que du classique bien français. Ne pouvait-on pas présenter un programme plus ambitieux, plus métissé, même en restant français, sans se restreindre aux clichés façon exception culturelle française ?
C'était France - Argentine, un choix évident aurait consisté à sélectionner Manu Chao.
C'était une fête de l'Ovalie, pourquoi avoir toujours confiné les chansons de bandas à moins d'une minute ?
C'était une fête de la jeunesse et du dynamisme, pourquoi ne pas avoir diffusé les Daft Punk, stars mondiales françaises, Noir Désir ou Luke pour leur énergie rock, Grand Corps Malade, Joey Starr, TTC, même un groupe de rock lycéen comme Second Sex ?
Et je me restreins à des exemples eux-mêmes assez consensuels.
Mais cela n'aurait-il pas fait un joli mix, où l'on aurait pu glisser Aznavour avec goût, une belle photo moderne et éloignée d'un arrière-goût de Paris musée ?...
C'est une approche auquel je souhaiterais tendre, et qui me semble applicable pour la musique, pour les futures évolutions de l'équipe de France de rugby, pour la conduite de la recherche scientifique ou la définition de nouvelles utopies politiques.
Digérer les classiques, les fameuses valeurs que l'on proclame pour la grande chanson française ou le french flair légendaire du rugby. Puis les oublier, les mettre de côté, juste les garder très loin, en écho. Car rester ouvert, ouvert, dialoguant, comparant, en prise avec les évolutions récentes. Et de ce dialogue, faire surgir de l'énergie et de la nouveauté. Créer en composite.
Dans une interview, le cinéaste Jim Jarmusch disait : "Nous sommes la première génération capable de proclamer qu'elle aime autant Beethoven que le punk, ne pas faire d'échelle de valeur entre Ozu et Martin Scorsese".
Et hier soir, durant le long trajet RATP du retour, le livre lu m'a paru un joli symbole de cet échange à deux dimensions qui génère une nouveauté. "Les soldats de Salamine" , de JavierCercas, l'histoire d'un journaliste enquêtant dans les années 90 sur un événement de la guerre civile Espagnole. Période forte du passé espagnole, rapport de la société actuelle à cette histoire, et un joli sens du portrait, de la conduite du récit, avec dans la cinquantaine de pages lues, une ou deux magnifiques digressions.
- C’est vrai qu’il y a de très belles images. J’ai beaucoup aimé cette utilisation de la caméra DV, avec de gros grains sur l’image, ces enchaînements assez poétiques. Je pense ainsi au trajet dans Paris, dans un gros 4x4, avec une image déformée par la vitre, onirique.
- Oui, et aussi une scène dans un théâtre, un ballet, avec un grand écran au fond. La scène qui s’ouvre sur un très gros plan sur cet écran, tramé, on ne sait pas si c’est réel, d’où provient la déformation, puis le cadre s’élargit et les têtes des danseurs commencent à apparaître au premier plan, en bas. Poétique, magnifique.
- Cette recherche formelle m’a paru intéressante.
- On ne peut pas nier une grande beauté, toutes les scènes avec les défilés de mode, esthétiquement très fortes. Oui, c’est certain, c’est autrement mieux filmé de Michael Moore.
- Mais ce n’est pas la même chose. Michael Moore, c’est de l’investigation !
- On en revient toujours au même point. Pourquoi côtoyer Karl trois années durant pour ne pas apporter un regard plus critique ?
- C’est presque people. On dirait un reportage dans Voici, sur le monde de la mode, presque.
- Ca manque définitivement de changements d’angles, de prises de recul.
- Oui, people, c’est tout à fait ça. Mais ça nous offert Nicole Kidman.
- Une belle surprise !
- Je ne m’y attendais pas du tout.
- Ah, Nicole Kidman.
- Excusez-moi, je vais devoir vous interrompre un instant. Il y a un problème de son.
L’ingénieur se lève, barbu, gros casque sur les oreilles, et s’approche de la jeune fille au centre, tend sa main vers le revers de sa veste verte. Le micro cravate est tombé à nouveau, il ne tient pas bien sur ce tissu épais. Nous autres, les trois autres, attendons autour, buvant une gorgée ou deux de jus d’orange dans nos verres en plastique, les bouteilles cachées sous la table pour ne pas apparaître à l’écran. La discussion va bientôt pouvoir reprendre.
« Recherchons candidats pour un micro-kafé, dans le cadre de l’émission « Dimanche le cinéma » sur France 2 »
« Bonjour,
Content que tu sois intéressé !
Il s’agirait d’assister à la projection en avant-première du film Lagerfeld Confidentiel, au Planet Hollywood des Champs-Elysées, mercredi prochain à 18h. Nous irons ensuite dans un café, sur les Champs Elysées, pour discuter du film. Le tournage durerait une vingtaine de minutes, réunissant quatre téléspectateurs.
Je te rappelle lundi en fin de journée pour confirmer les détails pratique. »
Mercredi, donc, me voici m’enfonçant dans le Planet Hollywood, franchissant les cordons d’hôtesses par la simple phrase « je viens pour la projection du film Lagerfeld Confidentiel ». Immense salle au sous-sol, peuplée de costumes et de statues, Terminator 2 à l’entrée ou le masque de Predator, et de grands écrans diffusant en boucle des extraits de films commerciaux, des clips de gros tubes calibrés, et je me glisse vers les toilettes au son d’une chanson de Beetlejuice. Les toilettes sont propres mais très vétustes, le souci du décor a dû s’arrêter à la porte, mais reprend heureusement dans la salle du fond, velours rouges aux murs après le costume de Jean Yanne dans « Liberté, égalité et choucroute », avec un homme à une petite table, contrôlant une liste.
Mon nom n’est pas sur la liste, mais l’évocation de France 2 suffit.
Salle de cinéma large, aux fauteuils classiquement rouges, sept rangées de 14 sièges, où s’éparpille un public encore clairsemé, chacun muni d’un quotidien. Je m’assois à deux places d’un homme avec Le Monde plié sur sa cuisse, discutant sérieusement avec une femme.
- Est-ce que tu as vu de bons films en ce moment.
- Non, que des navets. J’en ai vu deux hier, deux navets. Un film avec Gad Elmaleh, « Comme son père », « Avec son père », je ne sais plus. Non, pas deux navets, un navet. Et l’autre est très quelconque, filmé comme un téléfilm, sans grand intérêt. Et toi ?
- Moi j’ai vu le Woody Allen. Pas mal.
- Tiens, bonjour Carlos.
Un homme s’est glissé dans la rangée, salue, s’assoit à côté de moi, et se penche vers la femme assise devant moi. Il n’est plus assis que sur le bout de son siège.
- Alors, tu as fini ton papier, Carlos.
- Non, c’est pour dimanche. Je vais boucler ça samedi. Tu pourras le lire dimanche.
- Non, je suis en Suisse dimanche.
- Ah. Je te l’enverrai quand j’ai terminé.
- Alors, il est comment Annaud ?
- Le film, comment dire ? Tu verras dans l’article. Mais j’ai eu un très bel entretien avec lui. Il s’est vraiment confié. Il a dit des choses qui lui tenaient vraiment à cœur, il me semble. L’importance qu’il portait à la mythologie, un vrai passionné depuis le collège. Et c’est là qu’il a dit quelque chose de très fort, qu’il a expliqué d’où lui vient cette passion. Une prof de français au collège, des rapports très forts entre eux. Tu imagines, ce gosse de douze ans, qui lit Eschyle dans les bras de cette femme ?
Un homme plus loin tient une demi feuille imprimée en noir et blanc, « Lagerfeld Confidentiel – Projection de Presse ».
Je parcours la brochure fournie pour décrire le film, petit livret en papier glacé rempli d’interviews, de conférences de presse post-projection à la Berlinale, de déclarations d’intention du réalisateur. Il sera étrange de comparer avec le film lui-même, qui ne dégage pas vraiment la même impression d’intimité, de document rare, mais alors pas du tout. Mais qui saura faire rire par moment cette troupe de critiques, le sens de l’aphorisme de Karl étant précieux pour le rythme du film, par moment.
Je sors, « Never win » de Fischerspooner encore dans la tête : efficace et entêtant et tellement évident pour montrer des défilés de mode esthétisés et donc tellement facile de la part du réalisateur.
Et nous commençons à descendre pour rejoindre le café de l’interview, un peu plus bas dans l’avenue, je découvre mes compagnons. Un jeune homme en costume – cravate sobre, avec sacoche en cuire, une jeune fille à la coiffure crépue et volumineuse, son copain au bras, et le garçon de la télévision, barbu, jean noir et chemisette sombre, notre guide. Le dernier larron nous rejoindra un peu plus tard à notre destination, notre café des Champs pour la télé : un snack Pomme de Pain, au 50 avenue des Champs Elysées.
On nous offre, au choix, un café, un jus d’orange, une San Pellegrino, et l’on nous emmène à l’étage par l’escalier en colimaçon. Un caméraman, un preneur de son, une table basse rouge avec quatre fauteuils rouges installés côte à côte, demi arc de cercle en rang devant le mur rouge franc et uni. C’est un peu pour ce mur qu’ils ont choisi cet établissement, semble-t-il.
On nous fait asseoir, nous installe des micros. Nous interdit de discuter du film. Ne pas perdre la fraîcheur !
La jeune fille travaille dans la mode, créatrice d’accessoires, en collaboration avec l’Afrique. C’est une amie du caméraman, contacté pour rééquilibrer la parité de notre groupe. Le costume cravaté est ingénieur automobile, d’une trentaine d’année. Et le dernier des quatre est étudiant en journaliste, cheveux bouclés et lunettes rectangulaires à épaisses montures noires, pull à damier gris avec col de chemisette vert franc, jean slim noir et Converses.
Nous trois, les garçons, avons vu l’annonce sur le forum des Inrocks.com, et sommes plutôt amateurs de cinéma, peu enthousiasmé par le sujet du film, reconnaissant des qualités visuelles, une recherche d’images, sans trop tressés de louanges. La jeune fille est plus intéressée par Karl, le personnage de Karl, son génie, et s’avoue déçue par le manque la légèreté du contenu, les fous rires du réalisateur bafouillant ses questions bateaux entre deux fous rires.
Le film ne devrait donc satisfaire totalement ni les uns ni les autres, non ?
Et cela aura été amusant d’en discuter alignés, le cou tournés, sentant un peu de retenue chez les autres, conscients du côté artificiel d’être poussés à discuter ainsi : discutez, continuez, au milieu d’un commentaire ponctuel des cameramen sur les gains à régler, des interruptions de l’ingénieur du son pour micro tombé, discutez, mettez-y un peu de folie, parlez !
On se sépare tout de même souriants après avoir signé une déchargé concernant « la diffusion sur tout moyen (existant ou à découvrir) », rencontre imprévue, et l’on se dit à bientôt pour la diffusion, dimanche 14 octobre à 22h40 sur France 2.
Publié par
Robin LE WILLIAM-NORTH
à
09:49
0
commentaires
- Hey.
- I saw you smiling all the time.
Au premier rang de la Maroquinerie, les mains sur les hauts-parleurs de retour, et souriant si souvent durant cette soirée, car la scène offrait de beaux moments, un engagement de tous toujours fascinant à voir, euphorisant à partager au plus près.
Première partie, le centre de la scène est dégagé, sans instrument ni micro, et un jeune homme se présente, un micro à la main, un iMac posé à jardin qui déroule une musique électronique, forte, lourde en basse et en beats. Et le jeune homme se met à danser.
Sweat-shirt à capuche bleu, fermeture éclaire ouverte, T-shirt au dessin pâle, jean brun porté bas avec un caleçon à rayures rouges et blanches, chaussures en toile harlequin, et il danse sur scène. Sautille à pieds joints, un pas de côté, la jambe suit, il se plie vers l'avant, marque le rythme en frappant le micro sur son poignet, souligne trois notes de synthé de la main, tourne sur lui-même s'enroulant dans le fil du micro puis tourne en sens inverse. Ce personnage est fascinant dans sa musique et dans sa présence naïve et impliquée.
Il ne chante pas très bien, d'ailleurs, il ne chante pas souvent, mais il s'investit dans ses danses improbables, habitant les morceaux aux accents variés. Toujours des basses lourdes, presque façon hip-hop, mais assemblant différemment les sons, morceaux heurtés façon Animal Collective, musique électronique basique rappelant Depeche Mode ou l'électroclash, un boogie avec des choeurs féminins, et tous se concluent par une forte détonnation d'arme à feu.
On sourie, on ondule et lui sourit aussi, saute dans la foule micro à la main, fait se baisser tout le monde, remonte sur scène et fait une pause.
- Do you have any questions?
- How old are you?
- Maybe you can guess.
- 18?
- 30?
- I am 26.
- What is your name?
- I am Jona. Jona. You know, I really love this questions moment. Don't be shy. It's one of my favorite moment of the show. Yes?
- What's your name?
- My name is Jona.
- And how long could you keep jumping like that?
- Oh, all night long, lady.
Et il se remet à chanter et danser en tout sens.
Alors, avec une telle première partie, je souris, et souris encore durant la longue installation des instruments d'Architecture in Helsinki. Forcément, ils en utilisent tout de même quelques uns. Peacebone d'Animal Collective passe sur la sono de la Maroquinerie, pour rappeler de bons souvenirs, et enfin, ils entrent en scène.
Les Architecture in Helsinki ne sont plus que six, je crois qu'ils étaient plus nombreux il y a dix-huit mois, mais ils attaquent leurs morceaux avec cet engagement complet, ces changements d'instruments, ces biffurcations en cours de morceau, leur panoplie impressionnante de cow bells de toutes tailles, éparpillées sur la scène entre toutes les mains.
Ils ne sont plus que six, mais ils frappent plus fort, leur musique live est encore plus énergique, plus folle, plus rebondissante, avec toujours cette sensation d'une tribu joyeuse s'amusant devant nous. Guitariste à longue barbe rouse, dread locks et T-shirt orange, batteur / joueur de trombone mal rasé aux mèches grasses, bassiste régulièrement au bord du fou rire, chanteur aux sourcils très blonds, au T-shirt Wu Tang, et, à cour, comme sur la touche, un ingénieur son en T-shirt rayé et cheveux mi-longs, changeant la corde du guitare, déplaçant un micro, posant du gaffeur rose fluo, jetant des serviettes blanches entre deux chansons.
Ils frappent, chantent souvent à trois, jouent, s'amusent et parfois ça ne fonctionne pas, le pont noisy coupe l'élan, ou le batteur se trompe de solo quand il tient la guitare, mais qu'importe, l'ambiance enveloppe tout terriblement festive et on ne la quitte pas en route, car ils s'expriment totalement, et savent faire partager leur transformation scénique.
Avec comme symbole juste devant moi, la chanteuse distribuant toute son énergie, ses sourires, son plaisir écrit en gros sur son visage aux joues généreuses. Elle n'avait pas vraiment participé aux réglages d'avant-concert, était simplement passée sur scène pour la hauteur du micro, peut-être simplement pour exhiber sa tenue de scène. Chaussures violettes, collant en tissus argenté surmonté d'un microscopique short noir en haut de ses très larges cuisses, et un T-shirt noir, quel T-shirt noir, le bonhomme Shamallow portant cinq ballons de baudruche et une glace, une goutte de bave aux lèvres, surplombant le mot TRIUMVIR en lettres ensanglantées. Ses boucles blondes n'ont alors rien de mignon, elles flottent juste là quand elle parcourt la scène à pas bien posés sur le sol.
Mais plus tard, chantant là juste face à moi.
Elle rayonne, elle vibre, elle saute et bouge en tout sens, sourit et sourit encore, sa voix claire en contrepoint des morceaux appuyés, frappant le tambourin, dansant comme légère et bondissante, joyeuse et maintenant magnifique.
C'est drôle à dire. Magnifique.
Quelle musique, tout simplement, une grande fête, moins pop et mélodique mais terriblement directe et entraînante, la salle danse, à ma droite la fille au grain de beauté sur l'arête du nez lève les mains possédée, toutes les filles des premiers rangs, les deux garçons debout devant les énormes hauts-parleurs se tremoussent. Toute la salle.
Les éhos de Heart it Races résonnent encore longtemps, ses steels drums et son PO PO PO POPADAPODO PO lanscinant, un garçon le fredonne encore en sortant de la salle, passant devant la table recouverte de CD, et le jeune Jona sourit devant son disque à la pochette au feutre, la chanteuse dans les escaliers discute en souriant. Qui ne sourit pas, ici, à cet instant ? Alors je lui sourit en passant.
- Hey. Great show.
- Hey. I saw you you smilling all the time, in the front row.
- You know, I saw you here, at la Maroquinerie, last year, and I usually say it's the best concert I ever saw. But, with tonight, I don't know, which is the first and the second? I have to think of it and decide.
- Oh, thank you. That's the best compliment you could do.
18/09/2007 Architecture in Helsinki + YACHT La Maroquinerie
Publié par
Robin LE WILLIAM-NORTH
à
11:56
0
commentaires
Minuit vingt à la station Campo Formio, métro 5. Deux stations jusque Gare d'Austerlitz, puis la traversée de la Seine pour attraper un des derniers RER A à la Gare de Lyon.
Je croise les doigts.
Une rame arrive à minuit vingt-trois, tiens, une aveugle avec sa canne blanche à l'autre bout du wagon. A Gare d'Austerlitz, elle demande à sa voisine de l'aider à descendre, jeune fille en conversation téléphonique "attends une minute, j'aide une aveugle à descendre. Faites attention, il y a une marche".
Je descends derrière elle. Une sortie à chaque bout du quai, laquelle mène le plus vite à la Seine ? Celle dans le sens du train qui vient d'arriver, qui va emprunter un pont pour franchir le fleuve, un peu de suite dans les idées nécessaire même à cette heure. La sortie où l'aveugle commence à descendre les marches, m'entendant approcher.
Bonjour, pourriez-vous m'aider à trouver l'arrêt du bus 61 ?
Bien sûr, on va se débrouiller.
Descende d'escalier, attention, madame, voici les portes automatiques, et regard sur les inscription du mur. Flèche montrant les escaliers sur la gauche, BUS 67 89 103 NOCTILIEN.
Il n'y a pas de 61 indiqué. Mais on va aller voir par là.
Moi, je ne peux pas voir, c'est vous qui allez voir pour moi.
Hé oui.
Voilà, on va prendre sur la gauche, il y a quelques marches, puis l'escalier tourne sur la droite, quelques marches encore. Tournez à gauche, on sort. Je regarde si je trouve l'arrêt du bus. Rien à l'horizon. On va sortir par la gauche, prendre la rue. Attention, il y a un trottoir.
Je peux prendre votre bras ? Ce sera plus simple pour se guider.
Jeune femme de vingt-cinq ans, je n'avais pas osé lui proposer, je l'avais à peine regardée, cheveux sombres, peut-être le teint indien, et longue canne à bout plastifié jaune, mais je ne peux en dire rien d'autre. Comme avoir cherché un équilibre en la détaillant pas, une pudeur. Nous suivons le quai d'Austerlitz, le long de la Seine, dans la direction opposée de la Gare de Lyon.
Je veux prendre le 61 pour rentrer, et je crois que c'est bientôt le dernier. Je ne voudrais pas le rater.
On va se débrouiller. Il y a un arrêt juste là. Il n'indique que le 67 et le 89. Attendez, je regarde le plan. Je ne trouve pas le 61.
Il faut continuer tout droit, et on finit par tomber dessus. Il n'y a personne à qui demander ?
Non, personne. Continuons déjà jusqu'au coin de la rue. On arrive au coin, il y a une avenue sur la gauche. Un autre arrêt. Ce n'est pas le bon numéro. Mais il y a des arrêts un peu plus haut dans l'avenue. Je vais aller voir, en vitesse, je vous laisse ici et je reviens tout de suite.
Couloir de bus à double sens et au loin un quai pour l'arrêt, je traverse en courant, en diagonale, je me dépêche jusqu'à l'arrêt, ce n'est pas le 61, et je regarde à nouveau le plan, je me force à le lire un peu plus calmement. Une ligne bleu ciel avec le numéro 61, mais où passe-t-il par ici, je ne comprends pas trop sur la grande carte de Paris. Je traverse en courant les quatre voies pour voiture, il y a un arrêt encore de l'autre côté, le même grand plan de Paris, mais aussi un petit plan photocopié avec les rues autour de la Gare d'Austerlitz. Un bel imbroglio. Mais le 61 passe en effet tout à côté, une petite voie courbe qui lui est réservée.
Il fallait bien continuer tout droite depuis la sortie d'Austerlitz, en traversant six voies d'avenue dans tous les sens. Je retourne vite vers elle.
Voilà, j'ai trouvé l'arrêt du 61. Il faut traverser la rue, venez. D'abord les deux voies de bus, allons-y c'est vert. Puis il faut attendre pour les premières voies. Voilà. Puis attendre à nouveau.
Voyez-vous un bus arriver, ou attendant à l'arrêt ?
En voici justement un qui arrive, vous avez de la chance. Allons, on peut traverser les dernières voies. Prendre légèrement à droite, un peu à gauche, voilà, je vais vous laisser à l'arrêt, on est juste devant et le bus arrive. Un peu à droite pour vous mettre devant la porte. Voilà. Vous pouvez monter. Bonne soirée.
Elle monte dans le bus, et je cours en sens inverse, quai d'Austerlitz jusqu'au pont, tout le pont de la Seine, traverser l'avenue au rouge en se pressant, l'horloge de la Gare de Lyon éclairée en ligne de mire, minuit quarante, ça devrait passer. Je remonte l'avenue de Bercy, un parking, elle sent bon cette gare, non, et je m'engouffre dans le hall. Juste des lettres indiquées sur des panneaux carrés bleus, le nom des voies grandes lignes, où se trouve le RER ? Une flèche tournée vers la sortie, faut-il encore ressortir, je la suit, elle mène à un coin sans issue. Une simple porte métallique, un ascenseur.
Cours jusqu'au quai. Deux trains affichés. Cergy dans cinq minutes, Rueil-Malmaison dans quatorze. Le temps de lire dans le dernier métro.
Mesdames et messieurs, je vous invite à descendre, ce train est terminus Rueil-Malmaison.
Je me place devant la porte, prêt à ouvrir, attendant le signal pneumatique indiquant la libération des serrures. Quatre personnes autour de moi. Pas de bruit, j'appuie pour voir, la porte reste immobile, comme les deux autres de la rame, à ma droite et à ma gauche, je réappuie et rien. Il faut attendre un peu.
Ah, je suis xénophobe, moi. Je suis xénophobe. Je ne vais pas supporter ça très longtemps.
Un jeune homme, et sa copine, elle rit.
Mais non, pas xénophobe. C'est pas ça.
Ah non. Comment on dit déjà ? Comment on dit ? Claustrophobe. C'est ça. Je suis claustrophobe. Oh la la. Non, je ne suis pas xénophobe, moi. Regardez monsieur.
Mais je vous crois, moi, pas de problème.
Il montre un feuille photocopiée à un homme aux cheveux gris à ses côtés, qui a l'air convaincu par son regard. La porte s'ouvre enfin.
Publié par
Robin LE WILLIAM-NORTH
à
09:14
0
commentaires
On dit que le mieux est l'ennemi du bien, et parfois, c'est vrai, tu sais.
Pourquoi cette après-midi a-t-elle été so British jusqu'au bout, ne pouvait-elle pas laisser de côté un de ses aspects ? Tout s'était étonnamment assemblé, comme je te l'avais dit, la troupe du Globe en tournée à Oxford juste la semaine où je m'y trouvais, un rêve d'amateur de théâtre qui prenait forme. Voir Romeo & Juliet en anglais, c'est beau, présenté par la troupe du Shakespear's Globe Theatre, quelle chance, et le tout servi sur un plateau au coeur d'un College d'Oxford, mazette. Concentré d'Union Jack à l'heure du thé.
Don't worry, it won't rain, la veille dame derrière nous avait l'air tellement sûr d'elle.
Et
Publié par
Robin LE WILLIAM-NORTH
à
18:52
1 commentaires
Libellés : .photos, .récit, .théâtre, 2007.08 UK, voyages
23/08/2007 – Le Roi Lear – Cour du Palais des Papes – Avignon
Fermer les yeux une fois encore, juste une minute, ou deux. Laisser couler la musique des mots dans l’ombre, cette fluide et jeune traduction d’une langue splendide, un fond, un air qui se déroule sans que je le comprenne totalement, mais la parole théâtrale reste agréable abstraite par ses beautés rythmiques. Flottement d’avant le sommeil. Au milieu d’une foule.
Soulever les paupières
et
Saisi par la force des tableaux sur la scène, couleurs, présences, espace. Espace, y a-t-il espace théâtral plus puissant ?
Vivre la soirée en flashs impressionnistes, en saisissements, intenses, en sensations éparses. Par la grâce du spectacle reçu, et la force surprenante du décor, le décor dans sa plus vaste expression, le décor de ma soirée depuis l’attente d’avant spectacle jusqu’à la marche nocturne enivrée pour rentrer. Je vis de nouveau une grande soirée de théâtre car une soirée intense et totale et fascinante.
Assis à 20h sur l’esplanade jaune, et j’écris face à un horizon de foule et de théâtre de rue, et, au loin, la présence éclatante du Palais sous le ciel sombre.
Puis une queue plus excitante qu’une simple file, au plus près des pierres anciennes aux teintes sages, prenant place dans ce vaste groupe de spectateurs passionnés, toute une vie et une authenticité, culturelle, architecturale, canalisées par quelques barrières vauban.
Et attendre encore sur l’escalier de pierre, près des pavés et d’une lourde porte de bois, et glisser doucement dans un palais.
Un temple investi par des entrelacs d’échafaudages, terribles poutres métalliques et chemins de planches qui zigzaguent, le squelette à panneaux et numéros d’entrées au milieu des limites d’une cour grandiose.
Des couloirs et des arcades jusqu’à des toilettes presque incongrues, envahies par une longue file féminine. Petite galerie vers les sanitaires où l’on ne passe qu’à deux de front, et où on ne passe alors qu’à un car les femmes attendent nombreuses. Difficile de sortir donc car les hommes se pressent de rentrer, cela va bientôt commencer, et ils proclament leur Pardon pour s’infiltrer, mais au bout de trois, je refuse ce pardon d’un coup d’épaule, pardon, non, laissez-moi sortir. Ce doit être l’excitation.
Rang ZD sur le bord, côté jardin. Trentième rang, et deux seulement derrière moi.
Mais quelle aspiration de l’endroit.
Pente forte des gradins bondés
Toute une largeur de scène dépouillée
simple rectangle rouge d’étoffe
et quelques personnes debout
Et derrière
Toute la verticalité d’un mur de pierre
à peine percé de quelques fenêtres sombres ou projecteurs
et retenir son souffle
Malgré une douce lassitude, la fatigue d’un festival. Il faudra picorer, mais picorer enthousiaste.
Une vague d’exclamation sur toute la surface du public devant moi. Ca commence ? C’est le début d’une pluie fine, quelques minutes avant les trois coups.
Les silhouettes se lèvent, la masse de foule ondule en toile imperméable, capuches et parapluies, et se déforme, monte peu à peu pour se mettre à l’abri. Je suis haut, mais je fais partie des deux ranges abrités par une planche.
La météo locale prévoit trente minutes d’averse, le spectacle sera donc reporté d’au moins trente minutes, restez dans les parages, résonne un haut-parleur. Et ils se décident enfin à ranger la toile rouge sur la scène, déjà parcourue d’éclats humides pendant que tout le monde monte vers les rangs élevés qui tremblent.
Prendre des photos des parapluies au flash, puis fermer les yeux, profitant du temps mort.
Au bout de quarante minutes, le tremblement métallique se fait redescente et réinstallation, face aux planches de bois sombre d’imprégnation, de la large tenture rouge luisante.
Tout sur scène peut commencer, et commence vite et brutalement !
Car le coup de théâtre est instantané, la tension immédiate, la déstabilisation surgit initiale et la pièce découle toute entière de ce nœud d’intrigue au premier regard. N’en savoir rien auparavant, et j’en prends conscience surpris, peu à peu, incertain, face au défilé de couples isolés sur le grand carré rouge. Le Roi Lear découpe son royaume et distribue par chantage d’amour filial, et l’estrade en pente tendue de rouge dessine une carte immense aux vagues de vent, où les puissants du monde se tiennent debout et seuls chefs.
Et survient ce rien. Le rien évoqué avec respect et émerveillement par les critiques, les metteurs en scène, les connaisseurs du théâtre. Un rien pivot de pièce.
Que peux-tu dire à ton roi, pour montrer que tu m’aimes plus que mes sœurs ?
Rien.
Toute la sécheresse fascinante d’une réponse honnête et abrupte.
La royauté bascule, la mascarade, la cour, les personnages s’agitent tout autour du carré rouge, ils apparaissent même descendant les allées des gradins, élargissant encore cet espace de jeu immense. Le jeu s’infiltre partout, et qu’importe si on l’entend mal. Les perles visuelles commencent à s’enfiler le long du fil nocturne, même si certaines s’éloignent parfois de mon esprit fatigué.
Des robes en vase de velours épais retournés.
Des pages qui courent, s’agitent, courent, se pressent sur toute la longueur, sauts, se pressent, petits bons, et tournent, pour bientôt revenir après avoir fait le tour.
Et un bâtard. Et un traître. Et un demi-frère en fuite.
Le rectangle de bois incliné révèle ses trappes où les coureurs plongent et d’où les chasseurs surgissent. Quel émerveillement.
Le roi envoie son émissaire et il se dispute et se fait emprisonner, monte au ciel hissé par ses chaînes, il flotte par-dessus la scène, tourne en tout sens et tête en bas, léger, fragile et magnifique.
Débarque le fou du roi sur une scène dépouillée, le roi à jardin et un homme à cour, rien de plus, et le fou soutient de longues minutes une scène euphorique en répétant simplement ça va, ça va au roi, ça va, ça va, variations sur les ça va, ça va au public, ça va aux acteurs, ça va, ça va, ça va au mur vertical.
Mais le roi glisse seul, sans plus aucune terre, ni pouvoir, une couronne juste posée sur la tête mais en simple couvre-chef. Les filles l’abandonnent même, aucun toit pour l’accueillir, la nuit, et le voici flottant dans la nature dépouillée, quelques planches de bois penché sans tour, avec un fou pour toute suite. Ils marchent instables, les pieds titubant, et ils ne parlent plus sous la tempête qui approche. Ils soufflent. Grognent. Doucement, puis explosent peu à peu. Ils sont la tempête, ils hurlent le tonnerre extatique, transe de folie, déchaînée, ils appellent la foudre et la font claquer en raclements déments de gorge.
La folie invoquée dans la furie.
Le roi perd pied et d’autres également, un fils légitime en fuite prétendant l’idiotie, se cachant derrière les cendres étalées sur son corps et son torse, faussement hébété.
Et son père qui le chassait se trouve pris lui aussi dans le complot, accusé de trahison maintenant. Il pourchassait son fils et on le capture, et l’aveugle, lui transperçant un œil, puis l’autre malgré les interventions, torture en plein centre de la scène. Gloucester nouvel aveugle hurle et déambule, pantin branlant, trébuche dans un dédale, des montagnes, échafaudages, scène déstructurée en obstacles, il tombe dans le vide bras tendus et on le rattrape en bas, et il repart, tombant encore. Une danse mécanique et sans vue sur les largeurs de la scène quand les autres dialoguent encore.
Voici l’entracte.
Depuis une demi-heure des personnes quittent leur place, craignant certainement un spectacle sans coupure. Ils se lèvent par un ou deux, montent vers le haut, tout en haut, et une ouvreuse doit les poursuivre pour les guider vers la bonne sortie. Leurs pas font résonner les planches quand ils empruntent l’allée devant les plus hautes places, la mienne, leurs têtes zébrant le spectacle sur scène.
Mais beaucoup restent, éparpillés sur le pas du Palais, petits groupes posés dans l’ombre sur les pierres aux arrêtes rondes, en surplomb d’une esplanade vide à une heure du matin. On croque un biscuit, discute la mie en scène et ce travail qu’on apprécie, en songeant à cette couverture bleue qu’on va saisir même si le vent s’est calmé depuis le week-end. Je vais encore fermer les yeux, mais tous les grappillages vont être délicieux.
Alors on s’assoit gourmant pour la reprise, la laine bleue étendue sur les genoux, et on sourit, ravi de redécouvrir la scène de m-ième rang, merci aux fuyards de l’entracte. Les comédiens sont plus grands et offrent de nouveaux détails dans cette nouvelle perspective.
La batterie plus visible, la musique qui se déplace au grès des scènes sur les estrades de l’ancien plateau divisé en parts. Et les parts se déplacent même, elles roulent et le plateau ainsi respire et danse de ses échafaudages. Il sait se dépouiller pour offrir la force complète et nue de son espace large et immense.
Deux hommes à pas prudents, toutes petites avancées en se tenant, un précipice tout près, un ravin, la falaise, la tension de mouvements minuscules au cœur d’un plateau bien solide, et ils marchent sur leur fil en murmurant, en micro apartés. Gloucester veut se suicider. Guide-moi à la côte. Il écarte l’autre, son fils, qui joue le jeu, qui l’a sauvé en le menant au milieu d’une plaine. Les bras écartés pour garder l’équilibre jusqu’au bout, au bord de l’abyme supposée, imaginée, espérée, Gloucester va sauter dans le vide mais c’est un plateau solide et il ne risque rien, même pas le personnage, en fait, mais quelle grandeur peut prendre un aveugle au centre d’une si grande scène dans l’ombre.
Gloucester vit donc encore.
Et se trouve aspiré dans la bataille, poupée molle à nouveau ballottée sous les chars des combattants et généraux qui se chargent en musique, et la scène s’anime de tout côté, des tréteaux mobiles et corps traçant des figures, et si, à la fin, certains meurent étendus sur des draps rouges, le couronnement dans la pièce appelle des vagues d’applaudissements pour saluer toute cette série de tableaux.
Et tous glissent dans le fantôme gris des rues de trois heures du matin en souriant.
Publié par
Robin LE WILLIAM-NORTH
à
21:10
0
commentaires
Libellés : .photos, .récit, .théâtre, 2007.07 Sud, Avignon, fatigue, France