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2008/07/09

Le plus grand groupe du monde est précédé à Arras par une immense troupe de musiciens

Et le silence s'est posé sur la Grand Place presque instantanément. Un riche silence, lourd d'attention et de respect, profond silence ému qui prend les audiences quand les spectacles se font rares et puissants. Les deux accords de guitare de "No Surprises" ont suffi, et il n'y a plus qu'à écouter le morceau sans plus oser bouger, comme les 27.000 compagnons dont seuls les yeux remuent encore doucement.

Quelques minutes auparavant, un chuchotement avait surgit doucement, "là, ce n'est pas le moment d'éternuer".
Qui oserait ?

Un rare assemblage, le plus grand groupe du monde jouant sur une scène de festival patrimoine mondial de l'UNESCO ce dimanche 6 juillet. Radiohead offre ses mélodies mélancoliques au milieu de la Grand Place d'Arras et des façades flamandes sur les quatre côtés, tant de superbes chansons d'un répertoire dense flottant devant les pierres usées, et presque aussitôt, toutes les interrogations s'effacent. Qu'importe le cachet astronomique du groupe, l'ambiguïté de son discours politique, tiraillé entre les prises de position écologiques et la signature pour Live Nation, énorme société de production tenant presque du fond d'investissement. La mise en scène délicatement snob ne compte plus tellement, les écrans géants aux images colorées n'agacent plus, et les tringles blanches pendant sur scène semblent belles, de tels morceaux rendent les choses évidentes, surtout avec un tel chanteur.

Thom Yorke attire toute l'attention sur lui, jouant pleinement de son charisme dépressif, affreusement timide et pourtant le personnage central du groupe, sans hésitation.

Il maugré du bout des lèvres un merci sans accent britannique, et l'on entend juste l'émotion de sa voix, cette tonalité qui agrippe l'oreille même au milieu des mélodies et des assemblages complexes du groupe. Enorme basse magnifique, on écoute toujours sa voix, tout seul sur scène à la guitare, l'unique instrument tire sa fragilité de la riche voix émue, et de même en duo, ou encore en dansant comme un pantin maladroit d'une manière affreusement ridicule. Qui pourra se moquer longtemps d'un tel être, capable de diffuser au plus grand nombre des chansons à l'angoisse si profonde ?

We hope
That you choke

Exit Music (for a film)
Un résumé de tout l'art actuel de Radiohead. Thom Yorke début seul en scène, dans l'ombre, une guitare acoustique qu'il gratte à peine sous sa longue plainte, une minute, peut-être moins, qui sait. Des chœurs s'approchent doucement, puis les autres musiciens surgissent, déchaînant leur rock moderne et travaillé, soulevant encore et encore l'émotion par l'énergie, la scie de guitare et la basse ronde et oppressante, qui pousse la voix toujours plus haut, plus vaste, si profonde qu'elle éteint les derniers hurlement électriques. Les lumières s'éteignent encore, Thom Yorke de nouveau seul, et répétant sans fin
We hope
That you choke
We hope
That you choke
Juste une voix en bout de course, comme épuisée, et qui répète encore ces quelques syllabes.
Le désespoir comme seul source d'énergie, malade mais inépuisable.

Alors, comment ne pas être impressionné par deux heures à soutenir une telle énergie, à faire partager autant d'émotions délicates ?

J'ai été ému, touché, ravi et tellement fier, la joie de goûter un joli moment musical. De ceux que l'on peut se fixer comme rêve à réaliser durant sa vie d'amateur de musique, assister à un concert de Radiohead. J'ai été touché et ravi, mais les larmes ne sont pas montées irrésistibles et soudaines comme pour certains concerts, pour le lyrisme théâtrale d'Arcade Fire, pour la saturation brutale du "Great Love Song" des Raveonettes, pour trois riffs d'AC/DC, pour les pitreries d'Architecture in Helsinki ou le sample des Village People utilisés par les 2manydjs.
J'ai été profondément ému presque deux heures durant, sans vraiment être rattrapé par un bouleversement impérieux, car ces vagues d'émotion m'avaient emporté par surprise lors du concert précédent.

Tout d'abord, cinq musiciens isolés aux quatre coins de la scène, un barbu assis à l'orgue, un bassiste élégant à la calvitie creusée sur la droite, un batteur en marcel vert portant couronne de papier, un guitariste caressant ses cordes électriques à l'archet. La cinquième reste presque immobile, elle n'a pas dû jouer plus de six notes de son xylophone durant ce premier morceau. Un titre long, doux qui agrippe très lentement, une atmosphère profonde et calme peu à peu défilée en longues notes de guitare et chant aigu et soutenu.

Puis trois jeunes filles rejoignent la première, et forment un quatuor à cordes, et l'ambiance s'enrichit, tire plus fort sur l'épaule pour chuchoter dans l'oreille, viens, viens, écoute doucement les yeux fermés. Je regarde les nuages par-dessus la scène, ferme parfois les paupières et pose souvent un doigt sur mes lèves, perplexe et surprise, la musique des islandais de Sigur Ros me conquiert sans effort par de longues caresses douces et contemplatives, m'offrant, généreuse, l'ivresse que l'on trouve dans les larmes.

L'exquise perte de repères émue, le vertige de l'émotion imprévue, car au troisième morceau, ce sont cinq nouveaux musiciens qui entrent en scène, cinq joueurs de cuivre comme une fanfare sortie du film "Nous, les vivants". Sigur Ros laisse éclater son profond sens de la scène, car ces cinq musiciens s'avancent tous vêtus de blanc, une livrée immaculée affichant une chaînette dorée sur l'épaule sous un chapeau melon du blanc le plus profond. Un grand barbu sourit à mince à mèche aux faux airs d'Owen Wilson, et je réalise alors que le quatuor féminin évolue avec une égale unité vestimentaire. Quatre robes flottantes identiques, dans quatre tons forestiers unis, et chacune porte une grosse fleur sur la tempe gauche.

Mais, tout au milieu, le chanteur à l'archet dessine un personnage sensible, fragile et émouvant, une forme qui flotte pour longtemps dans les mémoires. Une plume surplombe chacune de ses oreilles, fixées aux bouchons auditifs mais parfaitement raccord avec la silhouette d'elfe. Blond, un étrange pantalon large et brun ou vert, des chaussures du Moyen Age, une petit crête et un léger strabisme divergeant. Tout un mystère qui s'envole dans les accents surprenants de sa voix, les bourdons qui laissent vibre dans tout son corps, au point de placer souvent le micro sur son front ou le bout de son nez, ce son charnel qui enveloppe la place et touche chaque gorge, chaque poitrine et chaque cœur.

La musique fantastique se trouve magnifiée par la présence de ce groupe qui libère sa joie de jouer et la fait partager, me rappelant de mémorables souvenirs de théâtre. Tout le monde jouant tout le temps toute la pièce. S'amuser sur scène, et se laisser porter par l'énergie qui s'installe peu à peu. Ne pas forcer les choses, construire la tonalité peu à peu, par longues phrases répétées doucement en islandais, avant de déchaîner la batterie et la guitare, après dix minutes de morceau peut-être, et de laisser l'ambiance se détendre à nouveau. Alors, faire tomber doucement quelques morceaux de papier neigeux crée parfaitement un tableau magnifique.

Aucun morceau ne sera joué par Sigur Ros au rappel, Live Nation ne veut pas de retard sur l'horaire. Mais les musiciens reviendront tout de même sur scène, se tenant tous par l'épaule pour un superbe salut, digne d'une des plus belles troupes de musiciens.

2008/04/05

Deichkind à la Kulturfabrik de Krefeld, peu de musique mais tellement d'énergie partagée

- Je pense que c'est le meilleur concert que j'ai entendu de toute ma vie.
Trois bouteilles de Beck sur une table près de l'entrée du djäzz, il est 23h30, et un de mes camarades allemands dort debout. Un vague groupe de rock joue dans cette petite boîte de Duisburg, trio guitare - basse - batterie, et l'ensemble manque d'envergure. Le chant trop fort navigue sur une ligne de basse à une corde et un batteur qui adore frapper ses cymbales sans arrêt. Qui'importe, nous sommes ici pour déguster une dernière bière, un after sans prétention pour laisser sécher un peu plus la sueur qui a inondé le dos de notre T-shirt.

Le chanteur tente une blague sur une ancienne petite amie française, qui fait sourire les six personnes enthousiastes du public, et au travers des couches de cette ambiance clair obscur, j'observe de loin une mignonne adolescente qui se déchaîne, ravie, sur cette musique médiocre et sans vraie énergie.

Moins de deux heures plus tôt, de semblables adolescentes bondissaient euphoriques au milieu du public dans lequel je me noyais avec délice. Un incessant pogo à la violence contenue, tous ces adolescents bondissants sur place et rebondissant les uns sur les autres, sans jamais atteindre un degré d'agressivité déplacé. Tout simplement un énorme chahut partagé jusque dans la collision des corps, l'instabilité des appuis, les glissades et les quelques chutes, toujours entourées avec prudence, afin d'éviter les écrasements. Une folie sans limite apparente et dont le niveau d'engagement est intense et éprouvant, mais qui s'est toujours faire une pause quand une borne ou deux ont été dépassées.

Mais, même si l'agressivité n'atteint pas la violence extrême d'un concert de métal, avec cuir, pique et maquillage gothique, ce concert de Deichkind reste une expérience musicale rare et sportive, bien éloignée des quelques concerts acoustiques que j'ai pu fréquenter l'an passé sur Paris. Voici le hip-hop allemand dans son versant électronique, auquel adhère une vaste foule enthousiaste, et particulièrement jeune. Toute une batterie d'adolescents à casquette et polos à rayures horizontales, d'adolescentes à T-shirt ou débardeur, de jeunes aux bandeaux fluos tricotés au point de croix, et la moyenne d'age ne doit pas beaucoup dépasser les 21 ou 22 ans. Me voici à nouveau parmi les plus agés, et cette fois-ci de loin, sans que j'aperçoive quelques amateurs adultes pour me rassurer, comme au précédent concerts de Justice ou Hot Chip.

Je suis un des doyens, et me voici redécouvrant les joies du pogo et des sauts en tout sens sans regarder la scène, me frottant à des jeunes filles apparemment bien plus à l'aise que moi, bousculé par de grands types baraqués portant des verres de bières consignés. Je me surprends à surnager et apprécier ce défoulement partagé, jusqu'à ce que mon lacet commence à se desserrer doucement, jusqu'à ce qu'un coude percute mes lunettes et les envoie voler à terre, perdues dans l'ombre du dance floor poisseux.

Après cette accès d'émotion, je me réfugie derrière un pilier, sur le côté gauche. Trois adorables allemands m'ont été à retrouver mes lunettes, la branche droite juste légèrement tordues, et encore, mais je ne sens pas d'humeur à plonger à nouveau dans l'embrasement festif du public. Et ainsi, je peux observer un peu plus les quatre MC de Deichkind, cet étonnant groupe difficile à qualifier.

Car aucun DJ ne les accompagne, la musique sort d'on ne sait où, et les quatres rapeurs se démènent armés de micros sans aucun instrument. Du show pur, une sorte de grande soirée disco sur laquelle flotte les paroles hurlées par ces gugus déguisés, essentiellement munis de leur énergie débordante. La première partie avait, d'une certaine manière, parfaitement planté le décor, avec plus de trente minutes de vidéos comiques faites à la main défilant sur écran sans aucun groupe, un enchaînement de striker courant nus sur des terrains de football, de courses de caddies et autres délicatesse saturant le réseau de youtube et dailymotion. Surprenant, mais la suite allait garder la même note, avec l'entrée sur scène des quatres artistes, le corps enveloppé dans des sacs poubelles avec des bandes fluo, le visage caché sous des pyramides triangulaires. Est-ce encore un concert ?

Ils vont parcourir la scène, se pousser les uns les autres, lancer un bateau gonflable dans la foule avant de s'amuser avec un grand château en caoutchouc de gosses, de jouer de la basse en sautant sur un trampoline, d'actionner une corne de brume fixé à une tête de mort vaudou de carnaval. Le fond sonore est un mix efficace de basses et sonorités électronique, sans grande subtilité, mais il remplit parfaitement sa fonction de musique festive capable de déclencher les bondissements et les applaudissements du jeune public.

Le manque de profondeur musical de l'ensemble éclatera d'ailleurs au moment du rappel, atteint après à peine 45 minutes de concert : la musique qui sort des énormes enceintes devient soudain étrangement familière, puisque, coup sur coup, surgissent un morceau de Beni Benassi, puis Rocker d'Alter Ego, diffusés en version originale. Peut-être était-ce déjà le cas d'une partie des titres joués précédemment ?

Et le concert se conclue par un nouveau Yippie Yippie Yeah, joué pour la deuxième fois de la soirée. Une heure de concert environ et un jeu de scène similaire à celui du précédent concert auquel avaient assisté mes camarades, mais aucune déception sur leur visage ruisselant de sueur. Deichkind, on ne va pas tellement les voir pour la finesse ou l'originalité musicale, pour l'intensité euphorique qu'ils déclenche, comme une énorme soirée dans un club dément, concentrée en une soixantaine de minutes.

2008/03/12

Hot Chip joue sa musique disco pour mp3 au Gloria de Köln

Laid back
We'll give you laid back

Tu parles !

Les stroboscopes éclatent à haute dose, doublés de projecteurs bleus s'agitant en tout sens, la tenture en fond de scène change de couleur sans fin, vaste halot à la brillance extrême, devant lequel se dessinent, parfois, des silhouettes d'ombres, ondulantes, entre deux lumières surpuissantes tournées vers la foule. Les grappes de boules à facettes tournent et dansent, et le public bondit comme jamais, hurlant, cette grande blonde possédée du haut de son mètre quatre vingt dix, c'est l'embrassement sur cette version agressive d'"Over and Over". Laid back, un tel déchaînement ?

Force est de constater qu'il ne reste plus grand chose du Hot Chip de l'album Comin on strong, entendu il y a deux ou trois ans. Les mignonnes balades aux doux synthés sont maintenant étouffées et violentées, mais s'il osent peut-être toujours des rimes délicieusement amusantes comme "Riding in my Peugeot / Listening to Yo La Tengo", qu'importe ? Qui écoute encore les paroles de cette voix envoutante, puisque tout le monde danse sur les rythmiques assourdissantes et saturées ?

Les premiers instants du concert de ce mardi à Köln ont explosé en tout sens, faisant trembler les murs du Gloria, soufflant de leur puissance l'agacement du public. Quelques secondes auparavant, on regrettait encore le retard pris, cette attente surprenante d'avant-concert avec les ingénieurs du son testant encore et encore les mêmes instruments. On pestait contre ces artistes ultra-hype, soudain propulsé groupe le plus bloggé de la planète, et qui prennent la grosse tête. Mais la déflagration a fait reculer tout le monde et tout s'est effacé : processus ne mettant en jeu aucune analyse, simplement une injonction à danser intensément sur cette musique très forte.

Ce volume énorme, ces sons de vieux synthétiseur hurlant, saturés avec une violence surprenante, cette énergie rock s'est avérée aussitôt fascinante pour les vingt ans de la foule. Une nouvelle preuve des mélanges entre rock et musique dance, dans une direction surprenante, introduire le défoulement d'un concert rock dans un petit monde d'électronique et de boîtes à rythme. C'est le chemin inverse de Justice ou Daft Punk, qui utilisent des guitares et des sons saturés pour nourrir leur musique électronique : les Hot Chip n'utilisent que sporadiquement une guitare, mais leur assemblage synthétique se déchaine comme les plus lourds concerts punk. Au pays de Kraftwerk et des robots-mannequins impassibles devant leur clavier, Hot Chip glisse un peu de sueur entre les composants électroniques, ondule très doucement devant les clavier mais avec un grand sourire aux lèvres, et le résultat fait mouche, irrépressiblement entraînant.

Surtout, l'entraînement est particulièrement souriant, l'énergie du rock mais rayonnante, une énergie dont la violence se canalise vers un amusement commun, sans aucune tentation de pogo et de foule heurtée. Il faut dire que l'aspect des musiciens rend la scène présentée encore plus originale, une musique synthétique tournée en défouloir rock par une bande de binoclards au look magnifiquement nerd. Le plus élégant porte une vague veste sombre et une écharpe bordeaux, le moins originale affiche T-shirt et barbe de trois jours, une sorte de Thom Yorke en moins intense, et puis, pas vraiment angoissé. L'idée d'une musique jouée par des outsiders est vieille comme le rock, mais les trois membres en repoussent les limites modernes : le responsable de la boîte à rythme affiche des lunettes anti-myopie de plusieurs centimètres d'épaisseurs, un gros type bouclé plie son T-shirt vert pomme en jouant penché vers l'avant, les épaules molles, sans jamais remonter le micro manifestement trop bas. Gage de profondeur pour sa voix égale, assurément. Mais surtout, comment pourrait-on imaginer un tel leader, lui, un frontman, un homme de devant aussi petit et mal agencé ? Il porte une mèche grasse, des lunettes de prof de maths des années 70, un T-shirt blanc révélant ses biceps mous, à l'unisson de sa voix de distanciée et presque traînante.

Hot Chipp, voici le groupe du XXIème siècle, où tout le monde, n'importe qui, peut monter un groupe pour jouer la musique qui l'amuse. Bip-bip saturés mais kitch, énergie débordante mais à lunettes, idéalement à sa place dans ce Gloria de Köln, aux murs couverts de moquette rouges, où des grappes de boules à facettes pendent un peu partout entre des tuyaux métalliques parfaitement astiqués.

Mais Hot Chip, c'est plus qu'un groupe de la génération Youtube et de la vidéo de tous pour tous, c'est une musique de drogués du lecteur mp3 et de la fonction "lecture aléatoire". Ils jouent fort, mais adorent par dessus tout bousculer leurs refrains accrocheurs, créer de petites ruptures, taper sur un tambour, se taire quatre secondes, puis déverser une techno presque pure. Notre ami bouclé et enrobé glisse un refrain rap puis des paroles aux accents dancehall, la rythmique se rappelle soudain du big beat, les balades évoquent plus le R'nB que les classiques pop, même leurs anciens titres semblent joués sous forme de remix "club". Une musique de bouts épars, de coups de coeurs, de "oh, j'aime bien le dernier... je l'entends tout le temps à la radio, si on tentait quelque chose dans le genre" ! Hot Chip a glissé son lecteur mp3 dans la sono du Gloria pour le faire écouter à ses potes, ils ont monté le son à fond, et ont commencé par les tubes, pour agripper les public dès le début.

Un déroulé de titres surprenant, souvent imprévisible, et parfois, j'aurais voulu échanger l'ordre, garder cette nappe profonde et électronique pour la conclusion. Mais les trois titres du rappel, doux et magnifiques dans leurs échos de danse qui s'endort, montrent que Hot Chip maîtrise son sujet. Look et paroles pleins d'humour, sens du tube immédiat et de la musique jouée très fort, mais, tout simplement, une joli et moderne palette musicale.

2008/02/23

A Köln, Justice m'a fait goûter à la pop et au Gross National Cool

La foule danse, les mains en l'air dans les lumières bleues et les éclats stroboscopiques, et les danseurs sourient en ondulant à l'étage, cette fille en collant brillant et T-shirt fluo comme posée sur la poutrelle métallique qui soutient la plate-forme.

Installée dans un ancien hangar en brique, avec large treuil par-dessus la piste de danse, voici la Diskothek E-Werk de Köln, et je me surprends avec des visions de l'Hacienda de Manchester, aperçue dans le film "24 hours Party People". Un cadre similairement industriel pour une même atmosphère de danse naïve et réjouie, et pourtant, ce vendredi, les DJs ne sont certainement pas aussi doués que les pionniers électroniques des années 80.

Le DJ de première partie a tranquillement enchaîné les tubes récents, tout sourire et bouche grande ouverte, avec une technique sûre mais sans aucun génie : à chaque fin de morceau, ce fameux ralentissement, cette baisse de rythme pour faire hurler la foule, et relancer ensuite le nouveau titre. Pas vraiment ce qu'on peut appeler un génie du mix, ni dans sa technique ni dans le choix des titres. LCD Soundsystem, LFO, M.I.A., Daft Punk, Bloc Party, cela m'a fait songé à l'expression du NME pour décrire la musique des Chemical Brothers. "Student techno" : une techno moins vulgaire que la dance commerciale des FM grand public, mais moins pointue que les avant-gardes du genre, les minimalistes, les chapelles précises. De la musique électronique efficace avec un peu de classe, pour faire danser les étudiants dans leurs soirées hebdomadaires.

Et Justice assume totalement ce classement dans la "techno pour fans de rock", offrant un plaisir hédoniste entre deux concerts à guitares, mais sans perdre la foule dans des sonorités trop dépaysantes. Les premières minutes du concert ont d'ailleurs été un peu inquiétantes : dix minutes d'attentes après le DJ de la première partie, pas malin pour maintenir l'ambiance qui s'était créée, puis les deux premiers morceaux joués presque à l'identique des versions album... Saturation du son, trompettes de péplum, basse lourde, l'efficacité est là, mais on reste loin de la classe du "Alive 2007" des Daft Punk, dans lequel ils mélangeaient allègrement leurs tubes dans tous les sens.

Cependant, peu à peu, le duo à la croix lâche la bride, et réutilise quelques recettes des deux robots, jetant un bout de "We are your friends" par-ci, une ligne de basse par-là, bousculant un peu les titres enregistrés. Ou, pour être précis, saturant un peu plus le son : pour Justice, la musique se délivre en concert dans l'excès, comme ces vieux groupes de hard rock poussant le volume plus fort dans les stades, pour le plaisir de voir se lever les poings et les gobelets de bière. Mais la foule est-elle ici pour autre chose ?

Et voici la vraie force des Justice, leur sens de la pop et de l'attitude associée. Leur originalité musicale n'est pas fantastique, mais se trouve intégrée dans l'histoire des musiques populaires et euphoriques, immédiates. On entend des guitares hard rock, un passage fait penser à des rythmes big beat des années 90, un peu de house maladroite glisse parfois, un passage hypnotique avec stroboscope évoque des songes une rave party. Une fois enrobé dans une magnifique présentation, l'efficacité musicale devient assez fascinante.

Il faut bien l'avouer, cet emballage pop se déploie dans un assemblage réussi, un joli sens du détail dans le décor, presque un geste artistique de pop-art. Leur hypothèse, et c'est peu contestable : le visuel est une clé essentielle pour la réussite pop en musique, et les bonnes idées ne manquent pas ici. La croix lumineuse, brillant en rythme d'une blancheur immaculée. Les platines et les tables de mixage posées verticalement, boutons vers la foule. Les quatre gyrophares. Et surtout, les deux murs d'ampli Marshall, neuf de chaque côté, magnifique trouvaille, jamais le rock basique n'avait été autant exhibé dans un concert électronique. Justice, c'est du lourd, c'est du rock, et c'est tout son mauvais goût qu'on adore assumer avec humour, ce plaisir de brandir le poing avec les doigts en cornes de diable, juste pour jouer au rebelle et donner plus de charme à la sortie du week-end, avant le poulet frites du dimanche en famille.

Alors, non, je n'ai pas changé d'avis sur l'album de Justice et ses faiblesses, mais je plonge avec ravissement dans ce concert, ces bousculades de jeunes portant leur bière, ces gamins avec casquette Run DMC ou jogging fluo, cette femme de 45 ans avec un bustier léopard à côté d'un jeune portant un T-shirt Daft Punk sous sa veste rayée. Le plaisir pop, ce n'est pas que de la musique, c'est participer à une ambiance, s'habiller pour l'occasion avec une chemise blanche sur un T-shirt sombre, et sourire largement en sentant la sueur couler dans son dos.

Et ce vendredi, plus étrangement, j'ai resssenti un peu de fierté française quand la foule hurlait son plaisir. La jeunesse allemande reprend à pleins poumons "We are your friends", et ma fascination se teinte de cette réflexion : les membres de Justice sont français. "Bien sûr qu'ils sont français", m'a dit ma voisine, "leur musique sonne tellement française". La voilà, la culture française à l'étranger aujourd'hui, ces membres de notre Gross National Cool, le Produit National Cool inventé par le Japon pour quantifier les exportations de jeux vidéos et de dessins animés. Penser en terme de nationalité, voici une réaction certainement naïve dans la culture globalisée actuelle, mais j'étais ravi et fier de cette enthousiasme explosant aux premières notes de Daft Punk et de Justice, faisant bondir la foule.

Admirer des murs d'ampli, sauter sur d'abominables sons sur-saturés, se perdre dans des réactions critiques argumentées économiquement, tous ces plaisirs instantanés et fugaces construisent un joli concert. Plonger dans plus de deux heures d'amusement, et s'émerveiller de le voir partager par tant d'invidus. Sur l'estrade à mes côtés, tenant la main d'une amie, une adolescente blonde en chaise roulante a dansé sans faire une pause toute la soirée.

2007/12/28

n°4 - The National, charisme fragile et délicat

N°4

Assez rapidement, l'évidence s'est imposé en effaçant toute hésitation : oui, à un mètre à peine dans la magnifique Maroquinerie, joue bien le plus grand groupe du monde.

Un heure auparavant, je me suis approché doucement de la scène, ravi d'être arrivé tôt, d'assister de près au concert de The National. Réputation prometteuse, certains blogs n'hésitent pas à parler ainsi de plus grand groupe du monde, et d'une certaine manière le public autour de moi m'offre une jolie confirmation. Une mère et sa fille, arrivées directement de Lille, discutent en anglais avec un couple : un canadien barbu et sa copine anglaise, effectuant ce soir-là leur premier voyage dans Paris depuis leur ville de Manchester. Le groupe déplace les foules, de très loin, leur musique profonde dont je ne connaît alors qu'un seul morceau doit valoir le détour.

Je suis vierge de sons et d'images concernant ce groupe, et a-t-on souvent la chance de découvrir ainsi des morceaux riches et chargés d'émotion ?

Le groupe s'est faufilé sur scène, assemblant délicatement les éléments de leur musique, guitare fine, parfois quelques notes de piano, tissant peu à peu une toile chaude et douce où court une voix profonde et sublime, des fils peu à peu noués ensemble pour serrer le public très fort et les emmener avec eux. Ils ont commencé par "Start a war", il me semble, et c'est de toute manière tellement logique : deux ou trois accords de guitare et une voix au cocktail étrange, murmure, feulement, presque un vieux vinyle grésillant, avec une douceur et une douleur mélangées, entame caressante à laquelle s'ajoutent progressivement une montée de corde et de batterie, et tout s'éteint rapidement avec délicatesse. Le silence s'écoute alors rempli, et le reste sera beau également.

Tout un enchaînement de chansons riches, posant leurs briques côte à côte et empilant leur richesse émotive, l'investissement des musiciens, et la présence fascinante du chanteur. Ce chanteur offre sa présence sur laquelle reste fixé le regard, ce corps pâle au teint clair, cheveux très blonds, des sourcils presque invisibles, assurément, la présence troublante qu'aurait une fine brindille sur le point de craquer, buvant du vin à même la bouteille, se tordant les mains, murmurant des paroles à la tonalité profondément mélancolique, puis hurlant le même type de chanson debout sur les hauts-parleurs. Montagne russe incessante de désespoir deviné ou imaginé, de détresse, de richesse artistique, de beauté et d'énergie sur le point de déborder.

Tout ce mélange instable, c'est la grandeur que recherche un rock moderne, et c'est pourquoi The National est un très, très grand groupe.

2007/12/27

n°5 - Architecture in Helsinki et !!!, tribus championnes du rock pour danser

N°5

Un concert n'a pas besoin de mettre en jeu des performances musicales de haut vol pour offrir un plaisir immédiat. Certains vous emportent d'eux-mêmes, l'énergie d'une bande dynamique sur scène, l'enthousiasme qu'ils transmettent à la foule, toute la salle qui se met à onduler, un gigantesque partage de chaleur sociale et d'oubli.

Et l'effet est plus saisissant encore quand le groupe sur scène s'affiche nombreux et plus enthousiaste encore que le public. Ils s'amusent ravis, les énergies sur scène et dans la foule s'échangent et se nourrissent, et l'on vit des moments fascinants comme ceux d'un concert d'Architecture in Helsinki vécu au premier rang. Les membres du groupe aux looks improbables, longues barbes rousses, coupe au bol et T-shirt Ghostbuster, leur joie de changer d'instruments, de sauter et taper des mains tous ensemble, des chansons pop qui se dansent en tous sens avec un gigantesque sourire que l'on ne contrôle plus.

Car comment poser des mots sur ces fêtes rock ?

People always ask me
"What's so fucking great about dancing?"
How the fuk should I know?
Yeah, even I can barely understand it
But when the music takes over,
The music takes control

Voici ce que chantent les !!! dans leur hymne, l'indépassable "Me and Giuliani down by the school yard", fantastique pépite de 10 minutes de guitares et percussions et chants pour danser sans fin. Et leurs concerts libèrent une folie collective superbe, plutôt basique, mais à la magie profonde. Huit, dix musiciens sur scènes, deux guitares aux multiples pédales d'effets, trois percussionnistes, deux chanteurs, et des cuivres parfois, des chanteurs qui dansent et se déhanchent et bondissent dans la foule, au milieu des jeunes filles en débardeur qui bougent en tout sens. Ce n'est plus une salle rock, c'est une pure piste de danse, une soirée de libération, une intense perte de contrôle qui résonne longtemps dans le battements de coeur et de tout le corps.

2007/12/23

n°8 - Des DJs en couple et l'euphorie ne retombe pas

N°8

Le garçon passe le relais à la fille, rotation continue en haut d'une plate-forme qui monte et descend en haut au bout d'une grue, et parfois, des jets de flammes jaillissent verticaux. La longue avenue débouche sur la place de la Bastille, sur une scène mollement pop rock au bout, et pourtant surchargée pour la Fête de la Musique. Mais les groupes n'existent plus au pied de cette grue entre les arbres, juste le couple Scratch Massive qui distribue les sonorités électroniques les plus récentes, et la foule danse avec enthousiasme, fournie sans être surchargée. Une danse d'oubli, de sourire partagé et sans hésitation, et le couple sur la plate-forme rayonne lui aussi face à cette fête où tous crient et lèvent le poing dans les instants les plus euphoriques.

Se glisser ravi dans cette ambiance hédoniste, moderne, certainement convenue, mais bien agréable.

Et plus agréable encore face à la grand scène d'un festival comme Rock en Seine, où la foule se fait plus dense, où les oscillations de la danse se diffusent avec une amplitude fascinante, où l'emportement électronique conquiert peu à peu le public aux racines rock, guitare et chant. Voici les 2manydjs en duo magique au coeur de la nuit qui descend doucement, tripatouillant sans cesse leurs boutons en parallèle, et l'ivresse se fait irrésistible dès les premières mesures de YMCA, reprises en boucle pendant trois minutes de quelques notes inachevées, excitantes, frustrantes et ébouriffantes, et le parc de St Cloud ondule sans fin, un rêve festif partagé à tellement.

2007/12/22

n°9 - Menomena, douceur explosive et petits dessins

N°9

- L'album de l'année, jusqu'à maintenant.
Au deuxième rang, à la Flèche d'Or, deux filles dévorent le concert de Menomena, se tenant par le bras le regard brillant. Elles avaient fait la queue devant moi pour aller aux toilettes, cet espace étrange de la Flèche d'Or où les filles attendent leur tour juste devant les urinoires. J'avais alors attrapé au vol leur goût prononcé pour Friend & Foe, l'album de Menomena, l'a priori positif que la belle performance du groupe confirmait admirablement.

Menomena, des chansons assez classiques où surgissent souvent des explosions puissantes, des montées d'engagement fortes, où se glissent presque en permanence de tous petits détails charmeurs, quelques notes de piano, des soufflements de saxophone, un choeur discret. Ruptures énergiques et décorations musicales choisies avec justesse, ces chansons déboutonnent leur chemisier assez classique pour découvrir une profondeur blanche et belle. Sur la scène, les trois Menomena offrent en ligne leur énergie teintée d'émotion, une rangée sur le même plan pour un spectacle vivant plein d'engagement et de jeunesse, et spectateur du premier rang, je souris largement.

Oui, Menomena, c'est une jeunesse qui tente avec enthousiasme de petits risques dont nous sommes les témoins ravis. Un concert fort, un album plutôt réussi, qui suggèrent surtout une forte marge de progression. Et une pochette d'album que je me lasse pas d'observer, assemblage méticuleux de petits personnages de bande dessinée, croqués par Craig Thompson, un de mes auteurs favoris. La fantaisie de ces dessins entremêlés s'associe parfaitement au dynamisme du groupe, et le concert parisien d'octobre dernier a dû être une expérience superbe : les musiciens dans leur investissement puissant, et, au fond, Craig Tompson noircissant une large tenture de bonshommes hilares et biscornus.

2007/12/17

n°13 - M.I.A. and Dan le Sac vs Scroobius Pip, exploration of rap and strange sounds

N°13

Pierre Lescure a dit en interview qu'il avait mis longtemps à aimer le rap, mais qu'il se forçait à en écouter pour comprendre la musique. Il cherchait à illustrer la discipline nécessaire à toute personne souhaitant s'investir culturellement : ne rien mettre de côté a priori, pour ne pas passer à côté de belles choses.

Bien entendu, je ne dirais pas que j'écoute beaucoup de rap. J'en écoute très peu.

Mais il ne m'est possible de rester insensible à M.I.A., remplie d'énergie lors de sa performance à Rock en Seine cet été. Lunettes énormes et enveloppantes, collants fluo, chaînes étranges, tous ses mouvements de danse sortis de nulle part, souples et élastiques, jambes levés, genoux fléchis, une présence scénique impressionnante et charismatique pour porter une musique imprévisible, nouvelle et métissée. La voix court, harangue, flotte au milieu des sons improbables, samples de bollywood, coups de feu résonnant enchâssés avec bruits de tiroir caisse, caquètement de poule, et toujours des percussions fantastiques et entraînantes. Repousser les limités musicale en gardant l'immédiateté, superbe.

Tout aussi à l'avant-garde, les sonorités électroniques de Dan le Sac se voient parfaitement complétées par la diction et les textes denses de Scroobius Pip. Là aussi, jolie performance au Festival Sous la Plage, avec cette fois l'énorme barbe de Scroobius Pip comme accessoire hors du commun, et des textes variés où je mesure les progrès qu'il me reste encore à faire en anglais. Les textes sont engagés, un message de liberté d'esprit déconneur, mais concerné par le monde. Le magique "Thou shalt always kill" regorge de superbes trouvailles de paroles, mais tout est dit dans les deux vers finaux, mort à toute prescription, quelle qu'elle soit :
Thou shalt think for yourselves
And thou shalt always, thou shalt always kill.

2007/12/12

n°15 - Une belle voix pour une jolie chanson, et c'est trop beau

N°15

Longs cheveux et barbe fournie, les jambes du jean pendent le long du bar, guitare posée sur la cuisse, il discute beaucoup entre les chansons, tout le charme d'un concert détendu assis sur le rebord du bar. Mais la foule est dense tout autour, parfaitement absorbé le superbe grain de voix, les paroles douces et tendres, des comptines folk pour adultes à l'accompagnement parfait. Yaya Hermane Düne offert à la Flèche d'Or, son chant et sa guitare, et personne ne demande rien de plus.

"C'est trop", avait laissé échappé la fille assise à côté de moi, et l'on se surprendrait encore à répéter la même banalité, mais sans que personne ne nous blâme, plus une évidence qu'un cliché usagé. C'était le cas pour cette reprise dépouillée de "God only knows", la puissance des harmonies vocales malgré les instruments un peu instables, et ça avait l'une des caractéristiques de cette surprenant "Soirée à Emporter" organisée en juillet à la Blogothèque : s'émerveiller chaque fois de la force émotionnelle transmise par une belle voix interprétant une jolie chanson.

Une puissance partagée qui n'a pas besoin de grandir par une longue introduction, les moments les plus forts surgissent et s'imposent immédiats. Un ukulélé, Sébastien Schuller, sa casquette, et l'une de ses plus belles chansons, "Weeping Willow" : quelle voix, toute sa limpidité dans cet accompagnement grattoné tout doucement, comme une main sur l'épaule de l'homme qui partage ce superbe morceau, sa grâce musicale. C'est trop beau.

2007/12/09

n°18 - Un beau concert, c'est une belle soirée dans sa totalité

n°18

Le plaisir d'un concert tient autant à la musique qu'au plaisir de voir les musiciens, leur style particulier, leurs mouvements sur scène. La mèche du chanteur guitariste, le double menton du deuxième guitariste buveur de Guiness, la grande barbe du batteur aux pieds nus, le visage étrange de la fille au clavier, toute l'équipe des Decemberists était réunie à la Maroquinerie, et j'étais entré dans le film, comme un nouvel élève de cette vidéo de Sixteen Militatry Wives qui m'avait rendu amoureux du groupe, comme dans celle d'O Valencia.

Les chansons s'enchaînaient, toutes riches en textes et variées dans leur assemblage musical, cette cohésion qui rend les concerts de bons groupes fascinants, les faisant glisser d'une banale production musicale à un vrai spectacle vivant. Comme l'avait été également la performance des Lavender Diamond en première partie, trois personnages à forte personnalité, et particulièrement leur chanteuse, cheveux longs, vêtements de Minnie Mouse et charisme délicat et profond. Le rappel a mélangé les deux groupes sur scène, en présence du petit garçon d'un des musiciens, et l'euphorie flottait légère.

Et je me trouvais tout proche, au tout premier rang, aux pieds des chanteurs, parfaitement placé pour tout absorber. Le premier concert où je me plaçais aussi près, parce que j'étais arrivé tôt, et parce que j'avais discuté avec une jeune allemande toute mince et toute blonde, une fan de musique, toujours au premier rang des concerts. Un joli concert, c'est une belle musique, une belle atmosphère, une foule bigarrée à observer, et parfois, des rencontres surprenantes. Ce moulin à paroles germano-americano-français d'à peine dix-huit ans, égrainant les noms de groupes et les anecdotes de concerts, ce gâteau d'anniversaire offert aux Tokyo Police Club, ses passes back-stage, sa préparation du BAC littéraire. Par la grâce des réseaux sociaux modernes, nous échangeons de temps à autre des messages musicaux, et j'écoute son émission de radio pour l'université de Newcastle, les jeudis entre 19h et 21h GMT, petit précipité de musique indépendante...

2007/09/22

I saw you smiling all the time

- Hey.
- I saw you smiling all the time.

Au premier rang de la Maroquinerie, les mains sur les hauts-parleurs de retour, et souriant si souvent durant cette soirée, car la scène offrait de beaux moments, un engagement de tous toujours fascinant à voir, euphorisant à partager au plus près.

Première partie, le centre de la scène est dégagé, sans instrument ni micro, et un jeune homme se présente, un micro à la main, un iMac posé à jardin qui déroule une musique électronique, forte, lourde en basse et en beats. Et le jeune homme se met à danser.

Sweat-shirt à capuche bleu, fermeture éclaire ouverte, T-shirt au dessin pâle, jean brun porté bas avec un caleçon à rayures rouges et blanches, chaussures en toile harlequin, et il danse sur scène. Sautille à pieds joints, un pas de côté, la jambe suit, il se plie vers l'avant, marque le rythme en frappant le micro sur son poignet, souligne trois notes de synthé de la main, tourne sur lui-même s'enroulant dans le fil du micro puis tourne en sens inverse. Ce personnage est fascinant dans sa musique et dans sa présence naïve et impliquée.

Il ne chante pas très bien, d'ailleurs, il ne chante pas souvent, mais il s'investit dans ses danses improbables, habitant les morceaux aux accents variés. Toujours des basses lourdes, presque façon hip-hop, mais assemblant différemment les sons, morceaux heurtés façon Animal Collective, musique électronique basique rappelant Depeche Mode ou l'électroclash, un boogie avec des choeurs féminins, et tous se concluent par une forte détonnation d'arme à feu.

On sourie, on ondule et lui sourit aussi, saute dans la foule micro à la main, fait se baisser tout le monde, remonte sur scène et fait une pause.

- Do you have any questions?
- How old are you?
- Maybe you can guess.
- 18?
- 30?
- I am 26.
- What is your name?
- I am Jona. Jona. You know, I really love this questions moment. Don't be shy. It's one of my favorite moment of the show. Yes?
- What's your name?
- My name is Jona.
- And how long could you keep jumping like that?
- Oh, all night long, lady.

Et il se remet à chanter et danser en tout sens.

Alors, avec une telle première partie, je souris, et souris encore durant la longue installation des instruments d'Architecture in Helsinki. Forcément, ils en utilisent tout de même quelques uns. Peacebone d'Animal Collective passe sur la sono de la Maroquinerie, pour rappeler de bons souvenirs, et enfin, ils entrent en scène.

Les Architecture in Helsinki ne sont plus que six, je crois qu'ils étaient plus nombreux il y a dix-huit mois, mais ils attaquent leurs morceaux avec cet engagement complet, ces changements d'instruments, ces biffurcations en cours de morceau, leur panoplie impressionnante de cow bells de toutes tailles, éparpillées sur la scène entre toutes les mains.

Ils ne sont plus que six, mais ils frappent plus fort, leur musique live est encore plus énergique, plus folle, plus rebondissante, avec toujours cette sensation d'une tribu joyeuse s'amusant devant nous. Guitariste à longue barbe rouse, dread locks et T-shirt orange, batteur / joueur de trombone mal rasé aux mèches grasses, bassiste régulièrement au bord du fou rire, chanteur aux sourcils très blonds, au T-shirt Wu Tang, et, à cour, comme sur la touche, un ingénieur son en T-shirt rayé et cheveux mi-longs, changeant la corde du guitare, déplaçant un micro, posant du gaffeur rose fluo, jetant des serviettes blanches entre deux chansons.

Ils frappent, chantent souvent à trois, jouent, s'amusent et parfois ça ne fonctionne pas, le pont noisy coupe l'élan, ou le batteur se trompe de solo quand il tient la guitare, mais qu'importe, l'ambiance enveloppe tout terriblement festive et on ne la quitte pas en route, car ils s'expriment totalement, et savent faire partager leur transformation scénique.

Avec comme symbole juste devant moi, la chanteuse distribuant toute son énergie, ses sourires, son plaisir écrit en gros sur son visage aux joues généreuses. Elle n'avait pas vraiment participé aux réglages d'avant-concert, était simplement passée sur scène pour la hauteur du micro, peut-être simplement pour exhiber sa tenue de scène. Chaussures violettes, collant en tissus argenté surmonté d'un microscopique short noir en haut de ses très larges cuisses, et un T-shirt noir, quel T-shirt noir, le bonhomme Shamallow portant cinq ballons de baudruche et une glace, une goutte de bave aux lèvres, surplombant le mot TRIUMVIR en lettres ensanglantées. Ses boucles blondes n'ont alors rien de mignon, elles flottent juste là quand elle parcourt la scène à pas bien posés sur le sol.

Mais plus tard, chantant là juste face à moi.

Elle rayonne, elle vibre, elle saute et bouge en tout sens, sourit et sourit encore, sa voix claire en contrepoint des morceaux appuyés, frappant le tambourin, dansant comme légère et bondissante, joyeuse et maintenant magnifique.
C'est drôle à dire. Magnifique.

Quelle musique, tout simplement, une grande fête, moins pop et mélodique mais terriblement directe et entraînante, la salle danse, à ma droite la fille au grain de beauté sur l'arête du nez lève les mains possédée, toutes les filles des premiers rangs, les deux garçons debout devant les énormes hauts-parleurs se tremoussent. Toute la salle.

Les éhos de Heart it Races résonnent encore longtemps, ses steels drums et son PO PO PO POPADAPODO PO lanscinant, un garçon le fredonne encore en sortant de la salle, passant devant la table recouverte de CD, et le jeune Jona sourit devant son disque à la pochette au feutre, la chanteuse dans les escaliers discute en souriant. Qui ne sourit pas, ici, à cet instant ? Alors je lui sourit en passant.

- Hey. Great show.
- Hey. I saw you you smilling all the time, in the front row.
- You know, I saw you here, at la Maroquinerie, last year, and I usually say it's the best concert I ever saw. But, with tonight, I don't know, which is the first and the second? I have to think of it and decide.
- Oh, thank you. That's the best compliment you could do.


18/09/2007 Architecture in Helsinki + YACHT La Maroquinerie

2007/09/09

Festival Sous la Plage in september

02/09/2007 - Parc André Citroën, Paris XVème - Festival Sous la Plage



DJ lessons





Nobody, from Los Angeles


The Gaslamp Killer with the turntables,
Sidiki Diabaté with the kora,
and the drummer from Nobody


2007/08/26

Rock en Seine, quelle night

24 août 2007 - Rock en Seine - Parc de St Cloud

Oh Oh ohohoh oh ohoh OhohohOhoh

23h, la grande pelouse du Parc de St Cloud résonne pour le rappel d'Arcade Fire. Wake up, la foule bondit et chacun hurle faux la série de ohOh, pour conclure en beauté ce concert gigantesque. Arcade Fire, champions des meilleurs concerts de tous les temps : leur prestation à Rock en Seine avait été magique en 2005, ils planent encore très haut cette année en tête d'affiche.

Arcade Fire qui sort encore du lot, et pourtant, l'affiche de ce vendredi est d'une densité impressionnante. Les concerts d'ouverture à 16h ont été ainsi donnés par Dizzee Rascal, puis Mogwaï, connus pour être des tous petits groupes de première partie...

Et dès 17h45 arrivait M.I.A. sur la deuxième. Un personnage fort de la scène musicale, anglaise d'origine Srilankaise dont le père joue les terroristes, elle nourrit ses interviews de réflexions sur les relations nord-sud, sur l'intégration des communautés en Angleterre, sur le piètre niveau des occidentaux pour la vraie danse folle en club. Elle pose son débit de chant sur d'énormes basses et percussions, un rap engagé très très dansant. Son deuxième album vient de sortir, et la presse le décrit comme le son le plus ambitieux de l'année.

Ce qui frappe rapidement, chez M.I.A., c'est l'originalité des ses goûts visuels. Des couleurs vives, mélangées, c'était le cas dans ses vidéos, la toile violette tendue sur scène de St Cloud le confirme, et son costume de scène renforce l'impression. Collants or, énorme lunette de soleil, et un bustier en or et orange en guirlande de Noël. Un look fort, porté tout le long de la scène par son engagement dans la danse. Ses jambes toutes fines sont toujours pliées, la poussant souvent en flexions presque intégrale, en pas de danses chassés sur la largeur, des mouvements de mains, des ondulations. Quelques morceaux peu connus par le public font baisser un peu l'ambiance, mais la danse irrigue souvent la foule, portés par les samples de mitraillettes, de poulets, de tam-tam, de tout ce sur quoi on peut taper, de musique Bollywood. M.I.A. finit dans la foule pour ce grand concert, même si la taille de la scène dilue un peu son intensité.
C'est le problème d'un tel festival, qui grossit année après année. Les scènes sont larges, massives, le son énorme rend difficile la finesse, les foules sans fin sur de grandes pelouses. Pas évident de générer un peu d'intensité, d'échange avec le public. Les Shins sont un exemple de concert finalement assez moyen. Ils ont été lâchés sur l'immense scène principale, et ils alignent leurs mignonnes chansons pop avec application, mais le décalage ne s'efface pas . Que vient faire sur un tel monstre de scène un groupe aux petites mélodies que l'on chérit dans sa chambre d'adolescent ? Les tubes sont tous là, Australia , So say I, Kissingthe Lipless, mais le groupe ne génère pas vraiment d'enthousiasme par son activité, par sa présence sur scène, ils blaguent entre les morceaux comme on le ferait devant cent personnes, mais cela sonne creux face à une telle foule. Ce n'est pas ainsi que The Shins peut changer votre vie, rôle attribué par des films indépendants comme Garden State.

Dans ce cas, la deuxième scène est peut-être une chance, comme le montre Emilie Simon. Elle génère une bien plus grande densité, une force transmise par sa musique dense, par l'originalité des tenues, des instruments sur scène, des choix musicaux, par les tensions qui tire l'énergie vers le haut. Emilie, botte noires dessous une robe blanche à étoiles noires, épaules nus, voix claire et parfaitement posée, la chanteuse parfaite et sensuelle, et dès sur scène, elle empoigne une guitare bleue ciel pour la faire hurler électrique et répétitive. Des riffs durs, des rythmiques électroniques marquées fournies par un personnage à cape, haut de forme et cheveux longs, une contrebasse, un percussionniste qui tape sur une caisse, dans un saladier d'eau, sur les cordes d'un piano à queue, c'est une musique riche, plein d'engagement des différents musiciens, mêlant la finesse de poèmes sur les fleurs aux agressions rock de guitare et de beat techno. This is modern rock, finesse de la voix au milieu des répétitions et des sons durs et agencés, et ça fonctionne, la prestation fascine jusque dans les reprises choisies, Peter Gabriel, I wanna be your dog hypnotique, et un final d'Emilie seule au piano pour un grand Come as you are.

Des reprises de rock dure poussées dans tous les sens, ce serait un peu l'idéal d'un festival des années 2000, offrir des confrontations de style, et des citations, des clins d'oeil. En allant à Rock en Seine, il est difficile de ne pas solliciter des images provenant de festivals héroïques, des Woodstock, des Glastonbury et autres festivals anglais, les meilleurs avec boue, public au look dément, bottes en caoutchouc sur mini jupe et coupe punk, foule qui saute en tout sens. Rock en Seine, on a notre mini-festival anglais à cinq minutes de Paris. Mini mare de boue, merci à la pluie des jours précédents, et un public aux tenues originales. La grosse séparation se fait entre les porteurs de tongs et les partisans des bottes en caoutchouc, certaines au décorations roses à fleurs, le dernier tiers des chaussures appartenant plutôt à la famille convers/chaussures sans talons, pour aller avec le jean et la coupe garage rock prisée par les lycéens. Et bien entendu, une poignée de personnages un peu plus spectaculaires... Mais, pour un bon festival rock à l'anglaise, il faut avoir un passage très dansant pour voir une foule sautant d'un seul bloc. Rock en Seine avait eu les Chemical Brothers en 2004, ou Vitalic l'an passé, et cette année, cela a été les grands 2manydjs, pionniers des bastards mix dans les années 2001. Mixer Nirvanan et des tubes techno, idéal pour un festival orienté rock, et le début de mix propose YMCA des Village People : ti tutu titudidu tidudu. Enfin, c'est ce à quoi à s'attend le public, après un premier jaillissement du seul ti caractéristique. Et là, les 2manydjs placent d'emblée la barre très haut, puisqu'ils étirent sur plusieurs minutes ce premier motif, en boucles hypnotiques et frustrantes qu'ils dévoilent tout doucement, font progresser peu à peu, jouant avec les envies du public, la boucle ti, ti, ti, ti, ti t, ti t, ti t, ti t, ti tu, ti tu, ti tu, montée progressive et très lente, portée par une énorme basse façon Benny Benassi. C'est fantastique, les deux DJs passent d'une platine à l'autre, s'échangent les casques, règlent ces boucles qui durent une poignée de secondes. D'ailleurs, pas plus de 3 secondes de cette intro de YMCA n'auront été utilisées...
Le public répond peu à peu aux élans électroniques des 2manydjs, et la transe dansante gagne la foule pendant que la nuit descend. Les 2manydjs sont plus sobres que sur leur disque As heard on radio Soulwax vol.2 (50 samples en 70 minutes, allant de Michael Jackson à Bassement Jaxx...), plus électroniques, avec simplement quelques saillies rock introduites avec classe. On entend donc deux fois Justice, forcément, nous sommes en 2007, mais aussi Sweet Dreams d'Eurythmics, Joe le Taxi par un manequin japonais, et surtout, Rebellion (lies) d'Arcade Fire et Marcia Bailla des Rita Mitsouko. Deux groupes présents à Rock en Seine, jolis clins d'oeil, et le dance floor salue de ses fumigènes.

Mais cet enthousiasme pour Rebellion (lies) est surtout symbole de la focalisation faite sur Arcade Fire, têtes d'affiche de cette première journée. Entendant ce titre entre deux bombes électro, une partie de la foule s'eclipse pour rejoindre la scène principale...

Arcade Fire, c'est essentiellement pour eux que j'ai pris une place pour ce vendredi. Leur concert de 2005, une épiphanie, un grand moment d'émotion, l'idéal d'un engagement parfait sur scène, avec changement d'instruments, percussions sur un casque sur une tête rousse, et une douzaine de moments qui m'ont donné les larmes aux yeux, soit une douzaine de fois plus que pour mes concerts les plus marquants.

Je ne sais pas trop quoi attendre. Je n'ai pas acheté leur deuxième album, n'en ai écouté qu'une poignée d'extraits, la peur certainement d'être déçu.

Et, bien entendu, je suis plus loin de la scène qu'en 2005.

Un orgue sur scène, des bibles en néon sur le fond, et "Keep the car running" en entrée, puis "No car go". En voiture.

La présence n'a pas disparu. L'engagement de chacun. L'intensité, la puissance d'émotion associée à l'énergie, ils semblent même meilleurs dans leur approche des anciens morceaux, maîtrisés et libérés à la fois, enrichis par la présence de deux cuivres, généralement des cors. Ils ont fait du chemin, ils s'en servent pour se laisser porter plus encore dans leurs assemblages à dix sur scène. Dix prenant un plaisir manifeste dans leur engagement, au service de ces chansons mélancoliques et s'appropriant chacun leur message pour se porter avec leur instrument.
Comme il y a deux ans, une des violonistes chante en jouant, alors qu'elle n'a pas de micro.

Arcade Fire, c'est un rock de troupe, une troupe de théâtre où à chaque instant les musiciens jouent tous ensemble tous les morceaux. Des personnages, serais-je tenté de dire, mais ils ne prennent pas la pose, c'est simplement leur personnalité, dirait-on, qui se libère sur scène dans leur engagement. L'organiste excité aux cheveux agités. Le guitariste roux qui parfois frappe follement sur tambours et lance son tambourin. Les deux violonistes, dansant sans arrêt, chantant, à cour. Le batteur qui laisse sa place sur la fin pour glisser vers un autre instrument. Les deux joueurs de cor, de saxophone, de trompette. Et le couple centrale, Win à la guitare, cheveux trempés de sueur, voix investie pour offrir ses parols pleines de crainte en grattant férocement sa guitare, et Régine, cheveux bouclés et petite robe rose, allant de l'orgue à la batterie en passant par l'accordéon, remuante, pétillante. Quel groupe.

Le premier album s'appelait Funeral, composé au milieu de plusieurs deuils des musiciens. Les chansons étaient inquiètes mais terriblement lyriques, hurlées, car c'est ainsi qu'on lutte, qu'on continue. Le deuxième album est moins immédiat, plus profond, plus fort en richesse suggérée, plus doux et plus désespéré aussi, plus varié, semble-t-il. Le groupe a visé de nouvelles, osant le dépouillement parfois, une guitare acoustique, quelques percussions. Simples, mais capables de créer une atmosphère pour une foule de plusieurs milliers de personnes, capable de reprendre Age of Consent de New Order en version acoustique, avec classe.

La foule chante et bat de mains encore et encore, il est 23h15 mais tous chantent fort si fort Wake up.

2007/08/07

Une soirée tout en plan séquence

Lundi 30/07/2007 - Soirée à Emporter #1 - La Flèche d'Or

Un concert parisien en plein été, les horaires souples permettent d'arriver en avance, et dès 18h30, quelques groupes passent devant la Flèche d'Or, allant vite acheter un sandwich, et prendre place dans la queue qui se forme peu à peu. Devant les parkings à vélo, puis rejoignant la baraque de chantier, et le coin de la rue, puis tournant, assurément. Les poussettes doivent se frayer un passage sur le trottoir étroit totalement rempli dès 19h30, et la foule se densifie avec les retardataires qui arrivent. Certains ont envoyé des éclaireurs, et la fille assise sur la barrière abandonne son livre quand arrive son copain.

Même ceux présents sur la liste des invités ne semblent pas certains d'entrer, et la foule se faufile quand les portes s'ouvrent peu après 20h, déposant sacs à la consigne et rejoignant l'intérieur. Un panneau blanc invite le public à s'asseoir sur le canapé placé sur la scène, dans le dos des trois tabourets hauts rouges placés au premier rang. C'est une jolie foule, souriante, car entrée, et impatiente, que vont-ils inventer, et la musique se lance bien entendu par une traversée de la salle depuis le jardin.

Guitare acoustique à la main, Jeremy Warmsley traverse le public depuis l'extérieur, une caméra dans son dos, des preneurs de son, et on le suit jusqu'au coin opposé. Il termine sa chanson entouré d'un cercle, exhibant les épaisses montures noires de ses lunettes, souvent remises en place au milieu du morceau, et son torse paraît instable sous son énergie, son T-shirt noir aux trois lignes de poissons roses, jaunes et bleues, et ses bretelles arc-en-ciel. Jeremy se glisse pâle derrière le clavier encore plus lové dans le fond, dans le coin, et il poursuit sa distribution musicale charismatique, ses chansons aux paroles claires, doucement soutenue par des notes de piano au rythme s'accélérant, par une guitare fièrement grattée. Deux filles se glissent au premier rang, et on peut les apercevoir au premier rang fumant sur la vidéo.

Applaudissement, un regard sur l'Apollon doré qui se promène derrière la vitre, en haut, et les bières se distribuent au bar, les premières tournées, mais déjà on nous invite à nous asseoir, car arrive Sparrow House, prenant place sur un des tabourets rouges au centre de la salle. Le public s'assied cahotiquement, pris par surprise, passer d'un foule verticale serrée à des petits espaces assis, personne n'occupe le même volume debout et assis au sol. Le son est instable, quelques réglages, et un panneau s'agite près de l'entrée, invitant à "Aider les artistes, achetez leurs disques". Sparrow House caresse sa guitare, agite sa mèche au dessus de sa chemise, mais le son passe mal derrière les rangs de personnes non assises. D'ailleurs, après quelques chemins, un break est proclamé, peut-être y a-t-il de l'ordre et des réglages à faire.

Les instruments naviguent par dessus le public qui est assis sur la scène, des musiciens se faufilent vers les tabouret, et on nous annonce une chanson des années 60. Sparrow House et Jeremy Warsmley entre les chemises à carreaux des deux Inlets, et un air inimitable s'élève, soulevant des murmures ravis, et les filles s'exclament "oh c'est trop beau". On s'assoit légers, serrées, touchant chaque fois la cuisse de sa voisin pour trouver de la place, et je rêve, je flotte, car ne rêve-t-on pas quand on entend "God only knows" en concert ? Tout le monde retient son souffle face à ses mélodies douces et instables, et hurle de joie ravi à la fin.

Des applaudissements qui lancent Inlets, sa guitare, et sa voix seule, maniant des notes légères, des harmonies élevées à elle toute seule, la continuité parfaite du fantôme des Beach Boys. Très doux, et chaque morceau se voit salué par le public sans hésitation, au milieu d'une lumière rouge, on se croirait dans un unplugged MTV. L'apport d'un trombone en sourdine donne plus de volume, équilibre dans mon esprit ce musique émotive.

Et le fil de l'émotion se soutient, se déroule, d'une épaisseur variable, s'effilochant le long de cette soirée volontairement fragile et instable. Émotive, plutôt minimale dans ses procédés, mais la simplicité offre des possibilités d'amplitude comme le montre Sidi Ali, accompagné par les Inlets au banjo et au trombone, par Zach Condon à la trompette. Sidi Ali sample et superpose de petits motifs de guitare, à peine deux ou trois, profonds, espacés, une musique et une chant intégrant les silences, la douceur du rythme, un murmure en rythme à peine suramplifié. Construire et étendre, voici une musique qui prend son temps et comprime son énergie, son émotion, I love you when you're drunk, et même, plus tard, sa voix se superpose plusieurs fois grâce aux enregistreur, et c'est superbe. Nouvelle retenue de souffle.

Et le souffle n'a pas le temps de revenir qu'il est saisi par surprise, voici Sébastien Schuller en invité surprise, portant la même casquette et le même T-shirt qu'en juillet à la Maroquinerie. Sidi Ali gratte doucement un ukulélé, hypnotique, une boucle qu'il n'enregistre pas et ne cesse de jouer, et Sébastien Schuller se penche, offrant la pureté de son Weeping Willow et de sa voix claire. La rougeur des lampes entoure tout le monde dans ce cocon de musique et de voix, sans durée, sans rapport avec le monde qui bouge, juste pour nous et éternel, et les quelques éclats électriques de guitare de Sidi Ali sur la fin nous emporte tous. Quelle magie !

On ne veut pas arrêter d'en parler encore, encore, comment partager une telle puissance, peut-être en bavardant un peu avec un voisin qui l'a vu aussi à la Maroquinerie, n'a pas aimé Animal Collective alors, et s'interroge sur !!! quand il aperçoit leur T-shirt. Mais impossible d'analyser sans s'enflammer encore, trouver un peu d'euphorie dans la moindre référence, d'autant que la suite passe par David-Ivar Hermane Düne, encore de la magie, une superbe voix, des mélodies.

On le découvre assis sur le bar, testant une guitare muette, et pour combler le silence il parle. "J'ai connu la Blogothèque quand Vincent Moon m'a proposé de me filmer dans une machine à laver. Je ne connais rien au cinéma, et je ne savais pas trop ce que tout cela donnerait, quand je le voyais bougeait dans tous les sens autour de moi. Mais quand j'ai vu le résultat, j'ai trouvé cela très beau. En fait, moi j'aime bien le cinéma. Je suis allé voir Transformers, et j'ai bien aimé, même s'il y a un contenu politique auquel je n'adhère par vraiment. Déjà, il y a un adolescent qui se balade durant tout le film avec le T-shirt des Strokes, et ça, ça me plaît. Et puis les robots ont l'air vrais. Bien que je dois être vieux, car les combats bougent trop vite, je ne suis pas capable de suivre. Enfin, j'ai vu aussi les Simpsons, et je n'ai pas trop aimé, surtout parce que en général, j'aime bien les Simpsons. Je parle un peu en attendant qu'ils mettent le son de la guitare, mais je vais pouvoir commencer. Mes deux films préférés sont Vertigo et E.T. Alors je vais vous chanter une chanson qui parle un peu de cinéma, puisqu'elle évoque ces deux films."
This is not where they shot Vertigo, This is not where they shot E.T., But he just wants to live where she lives, So take him back to New York City.
"Encore une ?"
"Ah, et encore une, je ne peux pas terminer sur une chanson trop triste"

Et le dernier métro oblige certains à partir, à s'échapper devant la trentaine de personnes faisant toujours la queue dehors à presque minuit. Peut-être auront-ils pu voir les folies tardives...

2007/07/31

Soirée à Emporter de la Blogothèque

Lundi 30 juillet
Soirée à Emporter à la Flèche d'Or, organisée par la Blogothèque

18h30 à peine, les premiers partent chercher des sandwichs

Queue très vite plus longue...

Sparrow House, Jeremy Warmsley et Sebastian Kruegger d'Inlets.
Bientôt, ils reprendront "God only knows"...

Inlets

Sébastien Schuller, invité surprise.
Magnifique "Weeping willow"
Sidi Ali accompagne à l'ukulélé