Affichage des articles dont le libellé est j'suis snob. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est j'suis snob. Afficher tous les articles

2008/10/10

La guerre pour le bien-être se gagne par la transe et le cinéma

Atteindre le bonheur est une guerre dans laquelle il faut savoir prendre le glaive entre deux moments de repos.

Fil directeur singulier pour ce nouveau film de Bertrand Bonello, De la guerre, film lui-même très singulier. On en sort étonné, pas totalement satisfait par l'instabilité du film, mais gardant en mémoire toute une collection de scènes fascinantes.

A commencer par l'installation. Le personnage principal du film s'appelle Bertrand Bonello, cinéaste, et il effectue des recherches pour son nouveau script, centré autour de la mort. Il erre donc entre les tombes présentées dans un magasin de pompes funèbres, obtient le droit d'y rester en soirée pour s'imprégner de l'ambiance. Il passera finalement, par accident, la nuit dans un cercueil, expérience qui l'obsède encore et encore.

Le magnétisme personnel de Matthieu Amalric joue déjà à plein.

Planant, tâtonnant, il se retrouve alors dans une sorte de secte dénommée le Royaume, une communauté dans un grand château en campagne. "Ici, quand on ne jouit pas, on se repose", et il va peu à peu participer aux expériences organisées par Asia Argento et Guillaume Depardieu, ait d'entraînements en treillis dans le sable, de lectures érotiques, de chants, de danse, de discussions : toute la lutte pour parvenir au bonheur et au bien-être.

Le réalisateur ne fait pleinement participer à cette lutte à travers des scènes intenses, de purs moments de transes cinématographiques. Moments de musiques concrètes allongés dans la forêt. Gros plans sur des portraits de chefs amérindiens, sur un tirage immense d'Asia Argento, aux grains énormes et rugueux. Une longue danse de groupe dans la forêt, étirée durant toute la tombée de la nuit, entre des éclats de miroirs suspendus aux branches des arbres : immense moment de cinéma brut qui en appelle au sens, l'admiration de l'investissement des corps ondulant et de la mise en scène puissante.

Bertrand est musicien et compose ses plans avec une fluidité enivrante, maniant le travelling comme un faisceau de notes glissant sur une portée, laissant les comédiens s'approprier pleinement l'ambiance. Toutes ces présences s'affichent magnifiques, Amalric, Argento, Depardieu, Clotilde Helme, Léa Seydoux, Laurent Lucas, tous évoluent avec une étrange justesse entre les surgissements de notes et d'impressions posées sur l'écran.

Bien entendu, difficile de parvenir à un équilibre parfait avec une telle ambition, et les scènes sont parfois difficiles à appréhender et à s'approprier. Certaines restent insaisissables, telle cette longue errance de Matthieu Amalric dans les bois, le visage peint, une machette à la main, rejouant Apocalypse Now tout seul au coeur de la campagne française.

Au milieu du film, de retour du Royaume, Amalric retrouve sa compagne. Il lui explique qu'il veut vivre avec elle, mais pas comme un couple normal, plutôt dans une recherche permanente de la beauté, du rare et de l'intense, de l'unique, même en allant faire les courses au supermarché. Clotilde Helme lui répond que cela ne la dérange pas d'aller faire les courses en couple comme tout le monde, que cette banalité à deux, elle la trouverait belle.

On peut justement reprocher à Bertrand Bonello de viser presque en permanence au sublime, de tisser sans cesse des plans magnifiques entremêlés de références, au risque de perdre le fil de ses ambitions, de perdre le spectateur. Mais cette recherche est sa guerre personnelle, sa lutte pour atteindre l'accomplissement : ni le bien-être ni la beauté ne sont faciles, alors il faut savoir suivre l'étendard de ce général ambitieux et se réjouir des petites victoires sublimes qu'il sait distiller.

2008/08/25

Des drapeaux devant le Château Frontenac

Sur la colline, le long du St Laurent, le Château Frontenac, hôtel de luxe à l'immense et haute silhouette, parfaite pour laisser se dessiner les drapeaux à ses côtés.

09/08/2008 - Chateau Frontenac - Québec

2008/06/23

Facebook, recueil de mes fiches de lectures en triple SMS. Premier épisode : des auteurs français des 50-60

Je l'avoue, depuis l'Allemagne, je ne sais plus si les médias français se plaisent toujours à évoquer Facebook, tellement à la mode il y a un peu moins d'un an. Le réseau social emblématique que même les hommes politiques s'étaient sentis obligés d'investir lors des élections présidentielles, et toutes ses promesses économiques, ses promesses d'une nouvelle "nouvelle économie", les questions éthiques sur la vie privée. Des jolies questions de fond, doublé d'une mine pour journalistes en quête de sujets technologiques et modernes.

Je ne sais pas trop où en sont les choses en France, et je peux dire que l'Allemagne me semble totalement étrangère au phénomène. Les Allemandes seraient-ils réfractaires aux attaques de vampires, aux vidéos stupides et aux photos de classe de primaire qu'un fâcheux ancien camarade se croit forcé de partager avec tous ses amis ?

Car les utilisateurs de Facebook tombent vite dans une fréquentation caricaturale du réseau, réduit à ses jeux en flash et ses tests dignes des magazines cheap. Ce qui confortent dans leur position tous ceux qui prennent de haut cette mauvaise habitude moderne et jeune, coupant toute communication réelle, et éloignant profondeur, lecture, culture et réflexion.

Pour ma part, jái une certaine tendresse pour Facebook. Les grandes prises de position sur le modèle économique du réseau et sa croissance m'ennuient passablement, et me paraissent occulter l'utilisation réelle de Facebook et ses possibilités. Mais de nombreux petits détails me semblent très séduisants, par delà les retrouvailles électroniques que j'ai pu réaliser avec les 96 amis de mon réseau.

Les applications iRead et Flixer m'attirent ainsi particulièrement. Elles permettent de recenser les livres et les films vus, de leur donner une note sur une échelle de 5 étoiles, et de laisser un commentaire. Ces deux applications me permettent d'assouvir un vieux fantasme d'amateur de culture, à savoir tenir une base de données de mes lectures. Je m'astreins ainsi à tenir à jour toutes mes lectures et tous les films vus, et tente d'ajouter une commentaire pour chacun. Cela m'a d'ailleurs valu un sympathique message sur mon "Wall", de la part d'une amie bibliothécaire. Elle s'est dite impressionnée par ma régularité dans l'écriture de ces commentaires.

Bien entendu, cette régularité dot beaucoup à mon séjour en Allemagne, où mes loisirs ne se voient pas souvent occupés par les sorties entre amis. Du temps pour soi et donc du temps pour écrire, et ces petits commentaires me semblent un agréable défi d'écriture et d'analyse de lecture : comment écrire rapidement un commentaire intéressant en 500 caractères, soit à peine plus de 3 SMS ?

Cette démarche est donc assez similaire à celle de ce blog, une écriture régulière et rapide, avec ses défauts et parfois, ses petites trouvailles sympathiques. Ainsi, je pense qu'il peut être intéressant de présenter ici certains de ces courts commentaires, en groupant les livres similaires.

Première épisode, avec quatre livres français des années 50 - 60. Des classiques contemporains, si l'on peut dire, piochés dans les rayons de l'Institut Français de Düsseldorf.

La peste - Albert Camus (1947)
La peste surgit et c'est toute une ville qui voit ses habitudes bousculées et sa résistance mise à l'épreuve. Les étapes s'enchainent presque méthodiquement, permettant une analyse profonde des caractères et des réactions humaines. Si les grands sentiments se voient convoqués, l'indigestion ne guète pas le lecteur, toujours prêt à se délecter des tirades lyriques et à pardonner les rares passages trop édifiants. Le vertige face à cette crise est trop troublant, il pousse la lecture toujours plus avant, horrifiante, fascinante, et magnifiquement littéraire.

Les Gommes - Alain Robbe-Grillet (1953)
Une banale intrigue de roman noir, plantée dans une morne ville de province. Les archétypes sont là, le tueur raté, le complot, le commissaire, l'agent secret, mais l'essentiel n'est pas là. La finesse du style fait peu à peu décoller l'ambiance et les interrogations des personnes, et rendant cette promenade plaisante.

Les Fruits d'Or - Nathalie Sarraute (1963)
Vie et mort d'un buzz littéraire. Avec une certaine délectation, Nathalie Sarraute brode la carrière d'un livre fictif, présentée à travers les discussions qu'il génère. Du "Ce qu'on a écrit de mieux depuis 20 ans" à "Mais vous en êtes encore là ?", en passant par "Oh, cette platitude, c'est fait exprès". Certains pourront rester perplexes face à ce sujet, mais les amateurs de critiques artistiques se régaleront des scènes, du rythme et de l'élan général.

Vendredi ou les limbes du Pacifique - Michel Tournier (1967)
Michel Tournier revisite le mythe de Robinson Crusoé pour en explorer les aspects philosophiques : solitude et communication, importance du travail, rapport à autrui... L'approche très découpée et presque théorique m'a dérouté, portée par un vocabulaire riche mais un style plutôt neutre. Puis quelques splendides passages plus poétiques m'ont séduit, m'aidant à adhérer au projet. Ainsi, malgré mes réserves stylistiques, j'ai pris beaucoup de plaisir à explorer ce roman profond.

2008/03/25

Mon amour frustré pour Juno et ses potentialités mythologiques

J'adore tomber amoureux et à coup sûr, c'est une des raisons de ma cinéphilie. J'aime cette douce excitation quand je sens un film me gagner et me séduire, le sourire qui grandit au délicieux rythme de la cristallisation, qu'elle se construise autour de plans superbes, d'un coup de coeur pour le jeu d'un comédien, ou d'une musique parfaitement ajustée. Un coup de foudre immédiat ou une lente séduction sur la durée du film, venant à bout d'une perplexité initiale. Tout récemment, j'ai été conquis par la construction magnifique de Psycho, par le jeu des actrices de la Vie rêvée des anges, par les images si bien assemblées du Mépris. Pure émotion d'amateur ravi et délicieusement surpris.

Et, pour moi, les plus douces de ses cristallisations se déroulent souvent a priori. Ainsi, j'aime beaucoup rêver à un disque à partir des critiques lues sans en entendre une note, et de même, je tombe amoureux de films à partir de petits détails éparpillés, récoltés avant les séances. Les bandes annonces de Lost in translation ou de la Vie aquatique m'ont bercé plusieurs semaines avant de les admirer depuis mon fauteuil rouge dans l'ombre, et souvent, ces films longuement adorés ont su me réserver des émotions plus fortes et des surprises magiques. Les dix premières minutes d'Eternal Sunshine of the Spotless Mind ont bousculé toutes mes attentes, m'ont conquis, éberlué, et ces dix minutes seules restent à mes yeux l'un des plus beaux films que j'ai vu.

Bien sûr, la confrontation avec ces chef d'oeuvres adorés de loin génère son lot de mauvaises surprises. Je suis tombé amoureux de Lady Chatterley le 1er novembre 2006 en lisant la critique du Monde, dans l'avion m'emmenant vers l'Allemagne, et à mon retour, j'ai couru au cinéma dès que possible, le 2 janvier 2007. La progression très progressive du film m'a laissé perplexe et frustré durant près d'une heure, dans une lourde expectative. Avant de m'éblouir peu à peu, mais l'inquiétude m'a longuement tenaillé : cela allait-il être un chagrin cinéphile ?

Mais, parfois, rarement, aucune étincelle n'a lieu, et c'est un profond dépit amoureux qui surgit, nourrissant une amère agressivité critique. Bon sang, ce n'est pas possible, ce Juno m'a paru d'une terrible pauvreté !

Juno, ce petit bijou de cinéma américain indépendant, plus grosse recette de l'année 2008 jusqu'à présent, au scénario récompensé d'un Oscar, dont l'actrice de 20 ans à peine s'est vue louée un peu partout pour sa justesse. Oui, ce Juno-ci, dont la sortie allemande tardive me frustrait, sans parler des risques de ne pas trouver de Version Originale à me mettre sous la dent du côté de Düsseldorf. Ce Juno, qui a su me faire apprécier la tempête de neige découverte au matin du lundi de Pâques : mais oui, tant pis pour les promenades potentielles, il nous reste Juno à courir voir au Cinestar de Düsseldorf !

Le générique d'ouverture se construit en petit dessin animé, monté sur une musique néo-folk du meilleur goût, et commence le défilé des délicieux ingrédients attendus, prévus par le schéma. Cette magnifique Juno, ses 16 ans et ses vannes construites au millimètre, sa répartie parfaite, et sa terrible situation, oui, elle est enceinte. Mais qu'importe, tous les personnages sont tellement pittoresques, avec leurs petits détails assemblés et exposés devant nous : mon dieu, comme c'est mignon, le jeune père de l'enfant porte des shorts jaunes et raffole des tic-tac à l'orange, et puis, trop fort, il ne sort presque jamais sans bandeau éponge, jaune lui aussi.

Mais qu'est-ce qui m'arrive ? Tout cela me laisse totalement froid, décortiqué de loin, prévisible, mécanique, juste un bon boulot parfaitement professionnel. Suis-je aigri, suis-je über snob, suis-je incapable d'aimer ?

Je n'arrive pas à mettre de côté cette terrible impression de pauvreté de la réalisation. Ce Jason Reitman, fils du réalisateur de Ghostbuster, joue parfaitement avec les codes, proprement mais avec un affreux manque de génie et d'originalité, à mon sens. Déjà, il ne doit pas y avoir plus de quatre beaux plans dans le film : gros plan sur des shorts jaunes agitant leurs testicules, une caméra qui fend la foule du collège derrière Juno la grosse, un large plan en plongé sur une route. Et un zoom arrière finale pas trop mal.

Mais nous sommes dans un film indépendant, que diable, on peut comprendre que le budget ne passe pas dans les magnifiques recherches en cinémascope, tout le monde ne s'appelle pas Gus Van Sant : heureusement, sinon peut-être ferions-nous une overdose de plans de nuages. Le cinéma indépendant de Sundance, ce sont des détails si bien sentis et pittoresques, et une musique si jolie, et la checklist a été parfaitement cochée. On retrouve les gags vestimentaires récurrents des coureurs aux shorts jaunes et une agréable compilation de morceaux folks. Je dois avouer avoir apprécié de retrouver ici une chanson de Belle&Sebastian, mais tous ces assemblages m'ont paru de vulgaires compilations au crayon de couleur, sans jamais pousser l'idée à fond, sans jamais parvenir à créer une folie profonde et terrible. Mais où sont les joggings bleu layette de Steve Zissou, le jus de pomme de la maman de Brick, l'humour parfois noir de Little Miss Sunshine ? Pourquoi avoir esquissé mais n'avoir jamais voulu créer un peu de rugosité ?

Néanmois, il faut bien l'admette, la comédie de Sundance est finalement l'un des genres les plus codifiés du cinéma américain, remplissant la vacuité des bêtes comédies lancées par les grands studios hollywoodiens. Un genre, qu'importe si le film n'est pas très original dans son traitement, il reste à apprécier les belles choses qui s'animent dans ces limites définies. A savoir, ici, ce scénario oscarisé et les dialogues ciselés par Diablo Cody, célèbre pour son blog de strip-tease. Et là, déception toujours, le scénario m'a paru bien léger également, des scènes inutiles, des approfondissements de personnages qui m'ont manqué, et j'ai tenté de ne pas penser à Eternal Sunshine et ses rebonds magiques, eux aussi oscariés. Ici, il y a bien toute une ribambelle de bons mots, dont une partie a dû m'échapper pour cause de version originale, mais l'esprit des réparties m'est vite apparu lui aussi prévisible, mécanique, pas vraiment renouvelé au fur et à mesure du film...

Horreur, quel peine-à-jouir !
Oui, j'ai été rapidement horrifié par mon agacement systématique devant tout ce que me présentait l'écran. Merde, déjà, c'est du divertissement de bonne qualité, et ensuite, il doit bien être possible d'extraire quelque chose de cette mignonne petite pellicule !

Je me suis donc forcé à observer froidement, à mettre de côté mes réactions négatives. Puis j'ai ressassé, tourné les détails, essayer d'aborder le parti pris de ce film, sa cohérence, indépendamment de mes attentes frustrées de grand cinéma. Déconstruction poursuivie longuement jusque dans mon lit, sans vouloir m'endormir déçu.

Je n'ai pas été totalement rassuré par mes efforts de réflexion, assurément parce que je suis encore loin d'une parfaite faculté d'analyse cinématographique. Je pense que mon erreur d'approche tient à mes attentes de film à large spectre, aux multiples personnages et en larges tranches de vie, comme Moi, toi et tous les autres avait su m'en proposer avec ses pistes narratives parallèles, ces adultes, ces enfants alternant, sa poésie. Comme l'indique le titre, nous avons ici droit à un portrait, le film se focalise donc presque uniquement sur Juno, et la belle performance d'Ellen Page soutient l'histoire, proposant une poignée de moments discrets et émouvants, une belle incarnation du personnage, de jolis regards.

Et que nous raconte le parcours de cette adolescente de 16 ans ? Pas forcément un bête message pro-life, comme pourrait le laisser penser le refus d'avorter, à peine bazardé en trois minutes au tout début. Juno, c'est une fille qui se cherche et hésite, qui a une forte personnalité mais aussi des rêves vagues, une amitié tellement forte pour un type un peu nerd. Elle se trouve enceinte, et sent, inconsciemment, que mener l'affaire au bout des neuf mois l'aidera à s'affirmer, ou, au moins, veut voir ce que tout cela va mener. La gouaille joue aussi ce rôle de masque, de béquille anti-faiblesse, et, en feignant de trouver un peu original cette dualité assurance / masque, en oubliant un instant les tics paresseux de réalisation, on obtient un squelette pas inintéressant. Ouf !

Me voici donc face au parcours potentiellement riche de cette adolescente, et que puis-je donc en faire ?
Premièrement, il pourrait être bon de revoir le film, pour évacuer ses couleurs et me focaliser sur la richesse qui m'est restée cachée, pour m'assurer de ne rien rater des jolis instants, des subtiles ajustements psychologiques. Et puis, je l'avoue, une envie de me saisir de ce schéma me gagne peu à peu, en réécrire la trame, en inventer des scènes et en détailler des aspects transverses. Prendre ainsi au mot mes éclats de "mais pourquoi ne se sont-ils pas attardés sur ces points ?" ! Donner plus de corps à ce squelette, lui construire une chair à ma façon et ainsi m'emparer du mythe pour explorer ces possibilités mythologiques : finalement, le prénom Juno n'a-t-il pas été choisi en référence à Junon, épouse de Zeus ?

2008/02/23

A Köln, Justice m'a fait goûter à la pop et au Gross National Cool

La foule danse, les mains en l'air dans les lumières bleues et les éclats stroboscopiques, et les danseurs sourient en ondulant à l'étage, cette fille en collant brillant et T-shirt fluo comme posée sur la poutrelle métallique qui soutient la plate-forme.

Installée dans un ancien hangar en brique, avec large treuil par-dessus la piste de danse, voici la Diskothek E-Werk de Köln, et je me surprends avec des visions de l'Hacienda de Manchester, aperçue dans le film "24 hours Party People". Un cadre similairement industriel pour une même atmosphère de danse naïve et réjouie, et pourtant, ce vendredi, les DJs ne sont certainement pas aussi doués que les pionniers électroniques des années 80.

Le DJ de première partie a tranquillement enchaîné les tubes récents, tout sourire et bouche grande ouverte, avec une technique sûre mais sans aucun génie : à chaque fin de morceau, ce fameux ralentissement, cette baisse de rythme pour faire hurler la foule, et relancer ensuite le nouveau titre. Pas vraiment ce qu'on peut appeler un génie du mix, ni dans sa technique ni dans le choix des titres. LCD Soundsystem, LFO, M.I.A., Daft Punk, Bloc Party, cela m'a fait songé à l'expression du NME pour décrire la musique des Chemical Brothers. "Student techno" : une techno moins vulgaire que la dance commerciale des FM grand public, mais moins pointue que les avant-gardes du genre, les minimalistes, les chapelles précises. De la musique électronique efficace avec un peu de classe, pour faire danser les étudiants dans leurs soirées hebdomadaires.

Et Justice assume totalement ce classement dans la "techno pour fans de rock", offrant un plaisir hédoniste entre deux concerts à guitares, mais sans perdre la foule dans des sonorités trop dépaysantes. Les premières minutes du concert ont d'ailleurs été un peu inquiétantes : dix minutes d'attentes après le DJ de la première partie, pas malin pour maintenir l'ambiance qui s'était créée, puis les deux premiers morceaux joués presque à l'identique des versions album... Saturation du son, trompettes de péplum, basse lourde, l'efficacité est là, mais on reste loin de la classe du "Alive 2007" des Daft Punk, dans lequel ils mélangeaient allègrement leurs tubes dans tous les sens.

Cependant, peu à peu, le duo à la croix lâche la bride, et réutilise quelques recettes des deux robots, jetant un bout de "We are your friends" par-ci, une ligne de basse par-là, bousculant un peu les titres enregistrés. Ou, pour être précis, saturant un peu plus le son : pour Justice, la musique se délivre en concert dans l'excès, comme ces vieux groupes de hard rock poussant le volume plus fort dans les stades, pour le plaisir de voir se lever les poings et les gobelets de bière. Mais la foule est-elle ici pour autre chose ?

Et voici la vraie force des Justice, leur sens de la pop et de l'attitude associée. Leur originalité musicale n'est pas fantastique, mais se trouve intégrée dans l'histoire des musiques populaires et euphoriques, immédiates. On entend des guitares hard rock, un passage fait penser à des rythmes big beat des années 90, un peu de house maladroite glisse parfois, un passage hypnotique avec stroboscope évoque des songes une rave party. Une fois enrobé dans une magnifique présentation, l'efficacité musicale devient assez fascinante.

Il faut bien l'avouer, cet emballage pop se déploie dans un assemblage réussi, un joli sens du détail dans le décor, presque un geste artistique de pop-art. Leur hypothèse, et c'est peu contestable : le visuel est une clé essentielle pour la réussite pop en musique, et les bonnes idées ne manquent pas ici. La croix lumineuse, brillant en rythme d'une blancheur immaculée. Les platines et les tables de mixage posées verticalement, boutons vers la foule. Les quatre gyrophares. Et surtout, les deux murs d'ampli Marshall, neuf de chaque côté, magnifique trouvaille, jamais le rock basique n'avait été autant exhibé dans un concert électronique. Justice, c'est du lourd, c'est du rock, et c'est tout son mauvais goût qu'on adore assumer avec humour, ce plaisir de brandir le poing avec les doigts en cornes de diable, juste pour jouer au rebelle et donner plus de charme à la sortie du week-end, avant le poulet frites du dimanche en famille.

Alors, non, je n'ai pas changé d'avis sur l'album de Justice et ses faiblesses, mais je plonge avec ravissement dans ce concert, ces bousculades de jeunes portant leur bière, ces gamins avec casquette Run DMC ou jogging fluo, cette femme de 45 ans avec un bustier léopard à côté d'un jeune portant un T-shirt Daft Punk sous sa veste rayée. Le plaisir pop, ce n'est pas que de la musique, c'est participer à une ambiance, s'habiller pour l'occasion avec une chemise blanche sur un T-shirt sombre, et sourire largement en sentant la sueur couler dans son dos.

Et ce vendredi, plus étrangement, j'ai resssenti un peu de fierté française quand la foule hurlait son plaisir. La jeunesse allemande reprend à pleins poumons "We are your friends", et ma fascination se teinte de cette réflexion : les membres de Justice sont français. "Bien sûr qu'ils sont français", m'a dit ma voisine, "leur musique sonne tellement française". La voilà, la culture française à l'étranger aujourd'hui, ces membres de notre Gross National Cool, le Produit National Cool inventé par le Japon pour quantifier les exportations de jeux vidéos et de dessins animés. Penser en terme de nationalité, voici une réaction certainement naïve dans la culture globalisée actuelle, mais j'étais ravi et fier de cette enthousiasme explosant aux premières notes de Daft Punk et de Justice, faisant bondir la foule.

Admirer des murs d'ampli, sauter sur d'abominables sons sur-saturés, se perdre dans des réactions critiques argumentées économiquement, tous ces plaisirs instantanés et fugaces construisent un joli concert. Plonger dans plus de deux heures d'amusement, et s'émerveiller de le voir partager par tant d'invidus. Sur l'estrade à mes côtés, tenant la main d'une amie, une adolescente blonde en chaise roulante a dansé sans faire une pause toute la soirée.

2008/02/17

Bientôt, je courrai 45:33 avec Doc Nick et LCD Soundsystem

- 3, 2, 1, play et partez.
Nous appuyons simultanément sur le bouton de notre baladeur mp3, et commençons à trottiner dans la Lotharstrasse. C'est amusant de voir Doc Nick avec un collant et des tennis aux pieds, et je ne parle pas de son bracelet en éponge...

Le Doc m'a envoyé un message il y a un mois environ : "Reprends l'entraînement. Il faut que nous allions courir ensemble prochainement. Pas de problème si tu ne tiens pas 45 minutes 33, mais bon, si tu pouvais me suivre un peu plus longtemps que 500 mètres, ce serait sympathique..."

Nous avions déjà un peu discuté du jogging et de l'iPod aux Etats-Unis. Particulièrement après mes promenades à Central Park en mai 2007, où on croise autant d'iPod que de coureurs là-bas. Je pense même que, dans Central Park, il est plus probable de croiser un coureur sans chaussure que sans iPod. A New York, on court en musique, ou marche en musique, selon cette mode amusante de la marche sportive, où l'on voit des femmes marcher rapidement, pas trop mais légèrement vite, mais avec tennis, bâtons, bandeau, tout l'équipement, et bien entendu, l'iPod. Par conséquent, oui, dans Central Park, il y a plus d'iPod que de coureurs, même dans les coins où on ne croise que des "sportifs". Alors, de même qu'à l'apparition du gramophone, il a fallu enregistrer des disques pour ne pas laisser les utilisateurs équipés mais sans musique, y a-t-il un marché pour la musique de jogging ? Ou au moins, des musiques plus appropriées que d'autres pour la course ?

"Les goûts et les couleurs, mon bon Cathead", m'avait répondu Doc Nick, un des ses détours habituels pour réfléchir à une réponse élégante. "Forcément, à chacun sa durée de course, son rythme. Un peu comme pour cette fameuse liste mythique, les meilleurs chansons sur lesquelles faire l'amour, dont nous finirons bien par parler. Peut-être au printemps. Mais, pour la course, on peut certainement mettre de côté les morceaux trop rythmés, qui causeraient la tentation d'accélérer le rythme, ou éviter les chansons aux textes trop compliqués, qui accrocheraient l'attention en permanence. C'est une musique d'accompagnement, non ? Un peu comme la musique d'ambiance, telle que l'avait théorisée Brian Eno : sans parole, dans laquelle on puisse entrer sans hésitation, au milieu d'un morceau, et abandonner en cours de la même manière. Qui n'agresse pas mais marche poliment à vos côtés. Court avec vous. Je vais me plonger un peu dans la tentative de LCD Soundsystem, et nous en reparlerons prochainement".

En effet, LCD Soundsystem a publié un mix entièrement dédié à la course. Commandé par Nike lui-même, au départ uniquement disponible par téléchargement, et intitulé 45:33, la durée de la course. Parfaitement phasé sur le rythme de course de James Murphy, avait-il assuré au moment de sa sortie. Les critiques rocks comme Pitchfork ou le NME se sont bien amusés avec ce morceaux, mais le mieux n'est-il pas de se mettre soi-même dans les conditions ?

Donc, sur les conseils de Doc Nick, j'ai repris la course il y a un mois environ. Par petites tranches de dix minutes d'abord, deux ou trois fois par semaines, puis en allongeant un peu la durée, et le mix de LCD Soundsystem n'est certainement pas étranger à la régularité de mon investissement. Quand on est fan, il faut l'assumer jusqu'au bout, et je ressens toujours une certaine excitation à sortir courir dans la brume de Duisburg, la douce impression d'enfiler un costume de New Yorkais : tennis, jogging aux couleurs un peu vives, et ce fameux baladeur mp3, et ce mythique mix, dont j'ai déniché la version CD au bout d'un grand magasin de disques de Cologne. En version Import, en plus.

Le soleil de cette semaine nous a poussé à fixer une sortie commune pour ce week-end. Il fait moins doux qu'en début de semaine, mais la lumière est éclatante quand nous tournons derrière les bâtiments L de l'université de Duisburg-Essen, dans la rue passant derrière les beaux pavillons de la Lotharstrasse. Nous n'avons pas dépassé les deux minutes trente, toujours la partie échauffement du mix, sa montée progressive. Nous entendons le passage à la 2ème piste juste avant d'emprunter le pont qui enjambe l'autoroute, le rythme monte tout doucement, piano, claquement de mains, et c'est heureux, la montée s'étend raide et longue avant de rejoindre le bruit incessant des voitures. Mais c'est à ce prix que nous pouvons atteindre le bois.

Je sens l'envie d'accélérer du Doc, mais il m'attend encore, et d'ailleurs, il ne connaît pas bien la région. Etrange, cette discussion silencieuse tous les deux, presque silencieuse. Le Doc ne peut s'empêcher de reprendre les rares paroles de cette piste deux, cette piste de lancement : une alternance amusante de "Shame on you" et de "You're number one for me", qu'il crie en plongeant dans les bois. Les promeneurs du dimanche nous regarde, et surprise, il y a aussi des marcheurs, avec tennis, équipement, paire de bâtons, lecteur mp3...

Les faux-plats du bois m'incite à la prudence, délicat passage à l'approche des 8 minutes de course, mais c'est le moment où s'avance le 3ème mouvement du mix, la version instrumentale de mon "Someone great" adoré. James Murphy a-t-il emprunté le même parcours que moi avant de mettre au point son mix ? Ces battements, ces sons électroniques frottant doucement une baudruche imaginaire, ces claquements de xylophone, toujours aussi envoûtants, et d'autant plus quand on connaît la version chantée. D'ailleurs, dans son élan chanteur, le Doc n'y résiste pas, il entonne doucement, "The little things that made me harassed, Are gone, in a moment. I miss the way we used to argue, Locked, in your basement." A peine entrecoupé de ces respirations, bien moins prolongées que les miennes. Je ne pourrais jamais chanter ainsi, il me manque un peu d'entraînement.

Mais quand le xylophone reprend le refrain, clair, naïf et beau, je n'y tiens, et me lance en choeur avec le Doc "And it keeps coming" encore et encore, une douzaine de fois, avec montée dans les aigus qui me tue définitivement. Je m'arrête, et le Doc continue. Il retrouvera bien le chemin, il suffit de se guider au son de l'autoroute, il trouvera.

Et d'ailleurs, c'est à peu près l'instant auquel je m'arrête d'habitude. Effet combiné de la durée déjà parcourue, vingt minutes, ma limite en cette phase de reprise, et puis surtout, de l'accélération du mix de LCD Soundsystem. Tout d'abord avec des tam-tam et une voix vocodée évoquant l'espace, une montée dont l'euphorie me pousserait certainement jusqu'au point de côté. Sans parler de la 5ème plage...

"J'adore la 5ème partie, plus rapide, avec sa trompette bizarre, sa basse bien précise, ses voix qui sortent de nulle part", me lance Dock Nick en arrivant à la Guesthouse, une vingtaine de minutes après moi. Il sourit sous la sueur. "Le NME a évoqué "Papa's got a brand new pigbag" pour ce morceau. Cela m'a plu, je zappe la plage 6 et ces douze minutes de descente un peu molle, et je lance Pigbag : tatatata tatatadonnonnon. Tu as une bière, Cathead ?" Si James Murphy permet à tous les rockeurs d'atteindre une telle santé physique, les reformations de vieux groupes ne vont pas manquer dans les prochaines années.

2008/02/08

The Past is a Grotesque Animal, mais, pour Doc Nick, Of Montreal est grand

Salut Cathead.

Bonsoir Doc. Ce soir, comme d'habitude, je viens vers toi pour ta large culture musicale, ton sens du rock et de la pop. Pour un sujet certainement trop vaste, mais sur lequel j'aurais besoin de quelques éclaircissements. Les chansons de rupture. Sans aucune arrière-pensée politique...

Je vois, les chansons déchirantes écrites après une rupture amoureuse. Une recette éprouvée de la pop, non ? Un auteur-compositeur se sépare douloureusement de sa compagne, son coeur saigne, et forcément, artiste aux sentiments à fleur de peau, il exprime sa peine par son moyen de communication favori, la chanson. L'histoire du rock regorge de ces âmes en peine, enfermée dans une cabane dans la forêt, ou traînant pendant des semaines dans les draps défaits d'une chambre solitaire. Pour en sortir finalement armées de quelques mélodies où suintent les larmes, plus ou moins subtilement. On retrouve là toute la mythologie du rock, où la chanson se doit d'être sincère, de refléter l'esprit torturé de l'idole. Tout un côté voyeur du rock, sentir la star vacillante, comme Cobain avec la drogue : oh, ses paroles sonnent tellement justes. Mais finalement, une tendance très générale de la société contemporaine, sur laquelle se nourrit le succès des blogs, toutes les exhibitions intimes. Et là, la différence entre le blogueur du coin et l'artiste se joue au niveau de l'exécution. De la qualité. De l'art, tout simplement : l'artiste Sophie Cale a ainsi publié le journal intime d'une de ses ruptures, notant jour après jour ses impressions, et sa démarche artistique tient plutôt la route, là.

Oui, chapeau pour avoir caser Sophie Cale. Et ensuite ?

En fait, j'attends d'en savoir plus. Tes attentes, tes orientations. J'ai débité cette tirade plus ou moins en pilote automatique. Je t'imagine mal évoquer des chansons de rupture sans rien avoir à l'esprit...

Comment dire ? Tu vois, j'ai cette chanson qui m'obsède depuis un mois environ. Ce titre fou d'Of Montreal, The past is a grotesque animal. Je n'avais jamais été obnubilé par une chanson de 12 minutes, alors je demandais si ça pouvait être lié à son caractère de "chanson de rupture".

Ah, Of Montreal. The past is a grotesque animal... Un sacré titre, fascinant en effet, une drôle d'expérience.

Je me suis laissé prendre par sa rythmique basique, sa longue bande musicale déroulée sur douze minutes, à première vue lassantes. Mais je me suis trouvé agrippé par les paroles presque incantatoires. Ce mélange imprévisible.

C'est en effet un bien surprenant pot-pourri. Un début comme une chanson new wave un peu classe, bien carrée, qui s'est retenu de certains penchants commerciaux des 80s, un titre qui aurait su capter l'esprit des petits groupes new wave. Leur danse statique. Mais étirer si longtemps cette rythmique, ces sons de synthétiseur répétitif, cela ferait plus penser à du prog rock, à du krautrock, éventuellement au glam prog de Roxy Music sur Mother of Pearl. Ce qui est cohérent avec le déchaînement instrumental des trois dernières minutes. Mais il ne faut pas oublier les feedback de guitare noise sur les premières secondes, et surtout, ses paroles sans fin.

Et quelles paroles. Je suis tombé amoureux de cette écriture, ces lignes et ces lignes qui ne semblent pas vouloir s'arrêter. Les paroles douloureuses qui se bousculent très lentement sur les lèvres, comme s'il fallait quelques secondes entre chaque vers pour bien formaliser les sentiments. Pour parfaitement trouver la formule adéquate, le vocabulaire recherché. On se trouve toujours au bord du cliché, de la poésie d'adolescent mélancolique, et pourtant, cela ne me paraît pas sombrer dans la facilité : "Sometimes I wonder if you're mythologizing me like I do you", c'est assez fort de placer un tel vers dans une chanson rock !

De l'excès, pousser l'excès dans ses plus profonds retranchements : ton couple bat de l'aile, vous vous engueulez, et tu ne te sens pas en forme. OK, ce serait un beau tour de force de faire tenir cela en deux ou trois couplets et trois minutes de balade, mais trois minutes, même belles, c'est presque frustrant alors, si tu en sens le besoin, pourquoi te retenir ? Noircis ton carnet de vers, d'allusions à Georges Bataille, de fille hystérique hurlant "Violence !", de cruauté prévisible, de jets de légumes à la figure, d'une pointe de regrets. Pas de demi-mesure ! Autant se lâcher, comme si c'était la première chanson de rupture jamais écrite, comme pour réinventer le genre. De toute façon, chaque rupture est douloureuse comme la première, si l'affection est profonde. Et cette sensation de réinvention s'entend tout au long de ce Past is a Grotesque Animal : oui, je l'ai rencontré, voici l'homme qui a découvert le chagrin d'une fin de couple. Innocence et sincérité, associée à une exploration formelle, ce n'est pas très éloigné de Someone Great, la chanson de LCD Soundsystem qui te passionnait à l'automne dernier...

C'est vrai. On retrouve une alliance similaire d'éléments hétérogènes. Une musique originale et surprenante, qui lutte avec de longues paroles sincères.

Tout à fait. Ce ne sont pas de bêtes chansons de ruptures à une dimension : pas du tout une mélodie triste sur laquelle on murmure des paroles tristes tout en ayant l'air triste, oh tellement, tellement triste. Ici, dans les deux cas, la musique et les paroles s'enrichissent réciproquement sans parcourir les mêmes sentiers. Chez Of Montreal, une mélodie sans fin et toute la violence des disputes affichée comme en direct, et chez LCD Soundsystem, un délicat assemblage électronique porte la mélancolie douce d'une relation déjà derrière soi. Et, même si on sort alors un peu du cadre de la musique elle-même, le physique des chanteurs enrichit également le trouble, le décalage de ces riches chansons. Ce gros nounours de James Murphy, les larmes aux yeux dans la vidéo d'All my Friends : il vante le jujitsu brésilien dans ses interviews, et le voici qui évoque sa peine, avoir perdu quelqu'un d'important, Someone Great ! Le chanteur d'Of Montreal est plus surprenant encore, dans les images de concert. Le voici totalement maquillé, une vraie star glam, avec paillettes sur les yeux, chemise vert pomme et joues rouges, et c'est ce pierrot en jean slim blanc qui nous hurle sa douleur pendant douze minutes... Certains crieront au manque de cohérence, je suis plutôt tenté de trouver cela impressionnant, de montrer la coexistence de plusieurs facettes !

Mais non, nous ne sommes pas un... Merci Doc pour tous ces détails.

Qui ne nous empêcherons pas d'évoquer une autre fois d'autres exemples de chansons de rupture. Pas le genre de chansons à passer de mode.

2007/12/24

n°7 - L.O.L.A. Lola, my classic single for 2007

N°7

La basse ronde et dansante alterne avec les morceaux punk balancé énergiquement, le mélange explosif de la compilation Post - Punk vol. 1 déjà évoquée, et au milieu, une délicate chanson pop. Une reprise de Lola par The Raincoats, le tube des Kinks chanté presque à l'identique par ce groupe féminin en 1979. Le même roulement de batterie, une guitare à la caresse similaire, les paroles déroulées avec respect et enthousiasme, pas évident de décrire précisément ce qui diffère de la version des Kinks, peut-être une douce énergie insouciante et brute, le son moins dense comme sorti d'une minuscule répétition improvisée, le charme de voix féminine haute perchée, un sentiment d'urgence mystérieux.

Découvrir ce titre en août, à Londres, dans le pittoresque magasin Rough Trade de Brick Lane, a été une délicieuse surprise, bondir dans le Tube en fredonnant LOLA L O L A LOLA, un plaisir dérisoire et profond pour un amateur de pop. Les paroles coulent d'une facilité magnifique, des phrases courtes, mais variées, capables de mêler d'entraînants lalala à une histoire de travesti nommé Lola. Un petit chef d'oeuvre pop, un récit peint en quelques vers, une grande réussite.

Puis cette chanson est revenue vers moi en septembre, une scène de fête chez des drogués au milieu des années 80, un passage d'une très belle justesse au coeur du film "Tout est pardonné". Tiers du film, le début s'est affiché classique, agréable sans générer une séduction irrésistible, mais depuis quelques minutes, le ton s'est infléchi, élargissant le propos, et il ne va pas tarder à emporter le morceau. Car apparaît ainsi cette musique claire mais underground, une énergie irrésistible et douce, le choix fonctionne parfaitement, et j'ai envie de sauter bras en l'air avec ces jeunes, puis d'embrasser ma voisine dans ce cinéma du quartier latin, pour lui faire partager ma larmes joyeuses face à cette redécouverte. Vive le cinéma sensible, les beaux plans face à un mur de briques, les filles au regard instable, et celles qui chantent à deux leur chanson préférée en riant.

2007/11/20

Apprenons un argot culturel : aujourd'hui "side-project"

Hier midi, une publicité s'écoule depuis l'autoradio, évoquant le meilleur FPS. "FPS ?" s'écrit le conducteur à mes côtés. Il s'agissait d'un jeu vidéo, un First Person Shooting, où la vision du joueur correspond au point de vue du personnage qu'il contrôle, dont on ne devine généralement que la main tenant une arme. Car il s'agit alors de viser les ennemis dans ces jeux de tirs à la première personne, recherchant l'immersion. Par delà le plaisir de décoder un sigle, cette anecdote m'a rappelé mon plaisir pour certains jargons vaguement techniques et dérisoires, ces mots partagés par une communauté souvent restreinte, ces argots qui apparaissent au fil des presses critiques spécialisées.

J'ai donc décidé de lancer une série de textes sur ce thème, afin d'évoquer quelques-uns de ces mots d'argot culturel. Mais je me voyais difficilement assurer seul une telle tâche, pour laquelle je ne pense pas avoir la plus grande légitimité. Je serai donc assisté des conseils érudits d'un spécialiste en la matière, vétéran de la presse culturelle, consommateur de musique, films, littérature, et plus encore des textes qui en font les critiques. Il s'agit de Doc Nick, souvent cassant, mais toujours enthousiaste. Avec le Doc, nous allons tenter d'établir de petits dialogues, sur le mode du presque candide interrogeant l'expert.

Expert, nous verrons bien. Disons que, généralement, je devrais retrouver assez d'exemples pour épuiser ta salive, cher Cathead.

Nous verrons bien. Aujourd'hui, je vous ai proposé, Doc Nick, d'évoquer le terme "side-project". La parution d'une nouvelle compilation de Gorillaz a fait resortir le terme dans la presse musicale, car, tout le monde le sait, ce groupe de personnage animés sert de couverture à Damon Albarn, le leader de Blur. Dans la musique, un side-project serait donc un projet mené en parallèle au groupe principal, et même wikipedia l'annonce...

Tout à fait, wikipedia est dans le vrai. Le side-project ne doit pas être confondu avec le projet solo, qui correspond souvent à une aventure suivant la séparation d'un groupe, comme pour les Beatles. Le side-project se déroule en parallèle, un pas de côté, et hop, tentons autre chose. Damon Albarn a lancé le groupe Gorillaz et ses personnages de manga pour quitter son image de champion Brit Pop, de bon songwritter à la musique assez classique. Blur, c'était des vignettes pop avec des guitares par-dessus, mais niveau exploration... Alors, il se cache derrière les dessins animés pour tripoter du hip-hop, pour bidouiller un peu d'électro avec de petits synthés. D'ailleurs, Damon Albarn a pas mal fait exploser la notion de side-project avec son récent disque "The Good, the Bad, and The Queen". Autres sonorités, autre groupe, c'est comme s'il créait un groupe et l'image associée en fonction de l'album auquel il aspire.

Comme un artiste fonctionnant par projet. Comme du théâtre sans troupe fixe, où les effectifs s'ajustent en fonction de la pièce jouée. Une démarche artistique séparée de la nécessité de former un groupe, une bande unie.

L'exemple de Damon Albarn est peut-être assez rare, mais c'est ainsi, en effet. Il est même difficile, en fait, pour lui de parler de side-project, dans la mesure où le terme implique une référence, un groupe central. Le groupe le plus connu, le side-project n'étant que ponctuel, temporaire. Mais Damon Albarn saute depuis quelques années d'un projet temporaire à un autre ! C'est un peu ce qui arrive à Spencer Krug, leader du groupe Wolf Parade, dont le projet solo Sunset Rubdown a pris de l'ampleur, a connu succès critique. Quel projet est le side de l'autre ? Le side-project, c'est un truc de journalistes rock fonctionnant sur la notion de groupe, des groupes à longues durées de vie, au milieu de laquelle, parfois, un membre éprouve le besoin de monter un petit quelque chose en parallèle. C'est presque péjoratif, gage de moins bien a priori, ce terme, comme une pochade passagère. Quand on voit les nombreux disques solos des membres de Sonic Youth, un tel montant une maison de disque, une autre sortant disques seules, et tous se retrouvant régulièrement pour de nouveaux albums. Un va et vient du collectif à l'individuel ou encore à d'autres associations, mais au sein d'une démarche cohérente.

Cette question de référence est en effet amusante. Une appartenance à un groupe comme un travail à un plein temps, et un side-project comme un hobby. Cela correspond vraiment à une logique de show business, non, de contrats, presque ?

Il y a un peu de ça, en effet. L'idée ne se pose pas aussi clairement dans le cinéma ou dans la littérature, certainement car l'idée de continuité est certainement moins évidente dans ces cas, moins associées à l'esprit du public. Bien entendu, si Agatha Christie avait écrit un essai d'ethnologie entre deux aventures d'Hercule Poirot, si J.K. Rowling avait fait paraître un livre de poésie entre deux aventures d'Harry Potter, il aurait été tentant de parler de side-project, de respiration par rapport à son projet artistique principale. Dans l'esprit du public, certains auteurs se trouvent classés dans des catégories, gestionnaires d'un style, d'un patrimoine simple, et tout écart avec leur gestion habituelle et prévisible s'apparenterait à un side-project.

Le side-project serait alors plutôt défini par la rupture dans l'oeuvre, une rupture véhiculée par un projet de moindre envergure.

D'une certaine manière, c'est une façon de voir les choses. Avec, là aussi, des limites assez subjectives, dans les conditions d'utilisation du terme. Prenons le cinéma de Gus Van Sant. Il réalise trois films indépendants au début des années 90, puis quatre grosses productions hollywoodiennes, selon un processus classique d'intégration des gros studios après reconnaissance critique. Mais depuis 2002, il a réalisé quatre films personnels aux moyens minuscules. Maintenant, on cite son nom pour de nouvelles productions hollywoodiennes pour 2008 et plus tard. Ses quatre films personnels étaient-ils une parenthèse dans sa "carrière officielle" ? Cela n'a aucun sens, c'est une évolution, différentes facettes, des aspirations variant au fil du temps. Parle-t-on de side-project quand un auteur comme Pierre Assouline tient un blog régulier ? La presse musicale est décidément bien amusante !

2007/11/10

Apéritif pour un futur Locas de qualité

J'ai déjà dit quelques mots sur Locas, la série de comics de Jaime Hernandez. Au moment de l'écriture de ce précédent billet, je n'avais exploré que quelques histoires de cette série.

Depuis, j'ai englouti d'une traite les 700 pages qui forment l'intégral de ces Locas, histoires évoquant deux adolescentes punk dans la communauté mexicaine californienne des années 80. Une exploration passionnante à bien des niveaux, véhiculée par le charme du dessin noir et blanc, la gestion de personnages sur les quinze ans de publication, la fantaisie des pistes narratives, la profondeur psychologique d'ensemble. Le "Prix du Patrimoine" attribué en 2006 au festival de BD d'Angoulême est parfaitement justifié, Locas constitue une oeuvre fascinante.

Je vais tenter prochainement d'évoquer les points qui m'ont séduit. Je ne me vois pas trop improviser quelques paragraphes en une demi heure, ce serait dommage. Je compte prendre mon temps pour trouver une approche satisfaisante.

En attendant, quelques photos pour vous mettre en appétit...

2007/11/03

Et ils parlèrent de relativité restreintes autour d'une Bitburger

- Imagine un ballon. Tu traces une ligne au marqueur dessus, puis tu le gonfles. La ligne va s'agrandir quand la surface s'étire. Et pourtant, localement, au niveau de la matière, rien n'a changé, les grains de graphite restent liés au même point de la surface du ballon.

- C'est une question de mesure.

- Plus que de mesure. C'est lié au référentiel.

La serveuse apporte deux pizzas, qu'elle pose devant deux des verres de bière. Le dernier verre de Bit n'a droit qu'à la salière et à un pot de moutarde.

- Vous croyez qu'elle a oublié mon assiette de frite. Des frites, ça se cuit plus vite que des pizzas, non ? Elle doit m'en vouloir pour mon "Bitte ein Bit" du début. Mais revenons-en au référentiel. C'est simplement que localement, ce n'est plus le même temps, ce ne sont plus les mêmes longueurs. Ce n'est pas juste une question de mesure. Prenons deux règles étalons, de un mètre, en fait on s'en fiche, que ce soit un mètre. Elles font la même longueur, parfaitement identiques. Un type en prend une dans un train qui va très vite, à une vitesse proche de la vitesse de la lumière, et l'autre reste sur le quai. Juste au moment où le train passe, il tend la règle, et l'autre la brandit par la fenêtre du train. Celui qui est dehors verra celle du train plus grande. Et celui qui est dedans...

- C'est la matière qui a changé. Mais je ne comprends toujours pas quand tu utilises deux horloges dans un avion.

- Et celui qui est dedans voit la règle du dehors...

- Pour des horloges, ce n'est pas possible. Elles sont fabriquées de telle manière qu'elles mesurent toujours le même intervalle. Ça ne pas changer quand tu la mets dans l'avion.

- Il voit la règle plus...

- La mesure par l'horloge, c'est imposé à la fabrication de l'horloge. Ça dépend des réglages qui sont utilisés. Si tu prends une clepsydre. Non, pas une clepsydre, y'a des histoires de gravité, d'écoulement, ça ne va pas. Mais une montre mécanique. Elle mesurera toujours le même intervalle, je ne vois pas comment ça peut changer.

- Mais ça ne change pas. Elle mesure toujours le même temps. Localement. C'est juste le temps qui n'est plus le même.

- Je ne comprends pas, non, décidément. Ce n'est pas clair.

- C'est bête que je n'explique pas très bien, c'est vraiment limpide quand on pose les équations. C'est lié à l'espace. Comme on définit un espace, déjà ? Mais si on suit la démarche historique, c'est très clair. Je ne vais pas refaire tout l'historique, même si c'est tentant. Au point où on en est. Tout est venu de l'expérience de Michelson, de l'interféromètre. Un système pour mesurer la vitesse de la lumière, avec deux trajets, le faisceau initial séparé en deux, et qui reviennent ensuite, pour faire, normalement, des figures d'interférence. Parce que la lumière est une onde, ça fait comme ça.

Il fait des vaguelettes avec ses bras, mets les ondes de chaque bras en opposition de phase, c'est très sensuel, presque de la techtonik.

- Mais je ne vois pas pourquoi la lumière reviendrait en sens inverse.

- Heu, si, il y a des miroirs. Hé bien, ils ont mesuré dans toutes les directions, et ça ne changeait rien, il n'y avait pas de compostions des vitesses avec la vitesse de lumière. Tu connais la composition des vitesses ? Prenons un déplacement d'un point A à un point B. Hop. Par exemple de ce verre à celui-là. Et si on fait une étape intermédiaire avec ce troisième verre. C'est le même déplacement.

- Non, le trajet parcouru est plus long.

- Mais vectoriellement. En terme de départ et d'arrivée.

- Vous êtes toujours comme ça, les scientifiques, on ne sait pas de quoi vous parlez. Forcément, les gens sont perdus.

- Bref. Il n'y a pas de composition de la vitesse avec la vitesse de la lumière. C'est un maximum. Ça se voit très bien à partir des équations. La théorie des groupes...

- Ça non plus, je ne vois pas pourquoi la vitesse de la lumière, c'est un maximum. C'est juste dans notre univers, parce qu'on n'a rien observé de plus rapide. Mais rien ne dit que ce ne peut pas être différent ailleurs.

- Si, c'est purement mathématique. Ça se voit dans les équations. C'est dommage que j'ai perdu la brochure d'Irondale, je ne sais plus où je l'ai mise. La vitesse de la lumière ne change pas. Enfin elle ne change pas dans le vide, dans un milieu, ça peut être différent.

- Voilà, tout dépend encore de ce que tu appelles la vitesse de la lumière. Vous la définissez ainsi, et après vous dites, c'est maximum. Forcément, on ne suit plus, on ne sait pas de quoi vous parlez. Pas étonnant que les gens ne comprennent pas. C'est comme une conférence que j'avais vu à l'École Normale Supérieur, par un professeur de biologie, un ancien polytechnicien. Une conférence sur la mortalité. Je croyais que ce serait historique, et au début ça l'était, il examinait toutes la causes de mortalité à travers les siècles. Pas inintéressant, mais les autres chercheurs semblaient perplexes. Où se trouvait la recherche pour eux, et quand on lui a posé la question, sa réponse n'a convaincu personne. Parce que ça lui semblait évident, et il a dû réfléchir au point de vue du public, pour, finalement, expliquer qu'il cherchait à modéliser la mortalité. Avec 100 ou 150 paramètres.

- Un modèle comportemental plus que statistique ?

- C'est ça. Mais sa démarche lui semblait évidente, et il n'avait pas expliqué au début. Qu'il cherchait à prédire la mortalité en fonction des conditions de vie, du climat, du nombre d'heures de sommeil, du régime alimentaire, et tout.

- Enfin, avec autant de paramètre, on peut ajuster une simulation comme on veut. On ne comprend pas vraiment ce qui se passe. Comme avec le contrôle du coeur par pacemaker dont je parlais toute à l'heure.

- Et voilà, encore un point qui peut prêter à confusion. "On ne comprend pas". Les scientifiques disent tous ça, mais nous, on ne voit pas ce qu'ils veulent comprendre de plus. On connaît les paramètres du phénomènes, bah, on le comprend, non ?

- Pas vraiment. Pour le coeur, on sait par exemple que le rythme s'accélère quand il y a un effort. Il y a un stimulus électrique qui arrive, qui conduit à l'accélération. Mais on ne comprend pas le mécanisme qui entraîne le déclenchement de ce stimulus électrique. Enfin, si, plus ou moins, ce doit être hormonal. Mais on ne comprend pas comment toute cette chaîne se met en marche. Donc, l'un dans l'autre, on ne comprend pas.

- Voilà, je l'attendais, on ne comprend pas. Les gens comme moi ne comprennent pas ce qu'il y a à comprendre.

Je pense que le pauvre père peut faire une croix sur le dîner avec son fils : même avec une assiette de frites déjà terminée, il n'est pas près de rentrer chez lui.

01/11/2007 22h - Le Falstaff, place de la Bastille

2007/10/11

Un peu de littérature de langue allemande pour s'immerger

- Oh, attendez un instant. Vous méritez une médaille. Il n'y a pas grand monde qui lit Robert Walser, chapeau.
- Parfois, il faut avoir le courage d'affronter certains ouvrages.

Hier, à la Médiathèque de Rueil-Malmaison, je passe prolonger l'emprunt du roman "Le commis" , écrit par Robert Walser, dont il me reste une soixantaine de pages à lire. Le bibliothécaire m'a fait cette remarque en découvrant le titre du livre.
Et j'ai été fier, je dois l'avouer.

Robert Walser est un personnage assez atypique de la littérature de langue allemande. Né en suisse, il connaît le succès littéraire à Berlin au début des années 1900, particulièrement par ces nouvelles et trois romans. Mais il rentre en Suisse dès 1913, sujet semble-t-il à une dépression, et ralentit son rythme d'écriture. Il se présente en 1933 en hôpital psychiatrique, où il restera jusqu'à sa mort en 1956 : une mort emblématique de ce promeneur passionné, retrouvé étendu dans la neige le soir de Noël.

"Le commis" raconte l'histoire d'un jeune homme employé par un inventeur, créateur de machines au succès approximatif : une horloge-réclame pour gagner de l'argent de la publicité, la machine automatique pour tireur, distributeur de paquet de cigarettes. Le jeune homme loge dans la grande maison bourgeoise, partage la vie quotidienne de la famille, et souvent, la frontière entre travail de bureau et aide à la vie de famille s'estompe, puisqu'il arrose le jardin ou s'occupe des paquets de la femme.

L'écriture est plutôt envoûtante, portée par un style assez neutre, voire plat, mais plus varié qu'entrevu au premier abord. De longs monologues du commis apparaissent régulièrement, le fil du récit est joyeusement sinueux et improvisé, le roman ayant été écrit en à peine trois semaines, et les descriptions de la nature éclatent dans un lyrisme souvent surprenant. Un roman d'apprentissage, certes, mais plaisant.

J'ai entendu parlé de ce Robert Walser par le livre "Bartleby et compagnie" d'Enrique Vila-Matas. Cet auteur espagnol semble fasciné par ces auteurs qui, tels Bartleby, préfèrent ne pas et quittent l'écriture, dont les oeuvres ne contiennent qu'un ou deux livres, des longs ouvrages inachevés. "Bartleby et compagnie" se présente comme une suite d'anecdotes et de présentations de tels écrivains Bartleby, et Robert Walser y est cité en bonne place.

C'est donc tout naturellement que j'ai choisi Robert Walser pour lancer mon exploration de la littérature de langue allemande.

Durant mon séjour de deux mois à Duisburg l'an passé, j'avais constaté mon inculture totale en matière de littérature allemande. Je n'avais lu auparavant qu'un seul auteur de langue allemande, ce cher Kafka, et j'étais bien incapable de citer un écrivain allemand contemporain. Une terre vierge à explorer !

J'ai donc effectué quelques recherches, suis resté à l'écoute des échos de l'actualité littéraire, et j'ai commencé une liste de lecture. Liste présentée en deux temps : les livres que j'ai achetés pour les déguster dans ma chambre allemande à partir de mi-novembre, et d'autres ouvrages qui semblent intéressants à moyen terme.


Livres qui seront lus très bientôt :

  • Le commis - Robert Walser (1908)
    Bientôt au bout !

  • L'homme sans qualité - Robert Musil (1930)
    Très long roman de ce fameux auteur autrichien, considéré comme chef d'oeuvre de la littérature du XXème siècle. Deux tomes de 900pages chacun, on verra ce que cela va donner. Précisons que Musil est lui aussi un écrivain Bartleby, dans la mesure où il n'est jamais parvenu à conclure cet "Homme sans qualité"...

  • Le liseur - Bernhard Schlink (1995)
    L'histoire complexe d'une liaison entre un adolescent et une femme de 35 ans, associée à un rituel de lecture à haute voix. Ce roman semble avoir connu un succès critique certain à sa sortie.

Livres qui ont retenu mon attention pour un peu plus tard (liste à élargir...) :
  • Le loup des steppes - Herman Hesse (1927)
    Un homme désabusé n'arrive pas à s'intégrer dans une société qui ne lui ressemble pas, "un roman de crise existentiel", interdit sous le régime nazi. Un des chefs d'oeuvre d'Herman Hesse, prix Nobel en 1946.

  • Le tambour - Günther Grass (1959)
    Réalisme magique, prix Nobel, seconde guerre mondiale : beaucoup de bonnes raisons pour se pencher sur ce roman.

  • Le parfum : histoire d'un meurtrier - Patrick Süskind (1986)
    Au XVIIème siècle, l'étonnant destin de Jean-Baptiste Grenouille, qui possède un sens olfactif hors du commun. Best-seller mondial bien connu...

  • Histoires sans gravité - Ingo Schulze (1998)
    Auteur d'Allemagne de l'Est, qui décrit dans ses nouvelles la vie de ceux qui ont connu l'avant et l'après chute du Mur de Berlin. Histoire sans gravité se présente comme une série de courtes histoires, qui forment finalement un roman.
  • Les arpenteurs du monde - Daniel Kehlmann (2006)
    La rencontre, au XIXème siècle, de Alexander von Humboldt, explorateur de la forêt vierge, et de Carl Friedrich Gauss, le prince des mathématiques et des statistiques. Succès foudroyant en Allemagne pour ce roman publié début 2007 en France.

  • La fille sans qualité - Juli Zeh (2004)
    La manipulation d'un professeur de littérature par deux adolescents, dont la jeune Ada, redoutablement intelligente, et passionnée de Robert Musil.

2007/09/14

Que les disquaires sont beaux quand ils vendent de bons gâteaux aux carottes

19/08/2007 18h - Rough Trade Shop - 91, Brick Lane, London

Un généreuse part de gâteau au carottes sur un magnifique plateau. Je regarde à peine la tasse de chocolat chaud à l'indécente crème, le plateau est tellement bien trouvé. Des vinyles vu de côté, toute une discothèque observée par ces tranches, et déposée sur les plateaux, ainsi que sur les superbes coussins de la banquette. Quelle bonne idée.

J'ai tout un mur d'affiches de concerts à ma gauche et je rêve.

Je n'aurais pas osé imaginer un tel magasin.

Installé au coeur de Brick Lane, une rue fascinante de l'Est Londonien, non loin de Liverpool Station. Rue populaire aux bâtiments rouges, dont les rues transversales affichent des noms en écriture certainement indienne, vue les boutiques de vidéos Bollywoodiennes, les restaurants. Toute une foule déambule ce dimanche entre les stands d'une brocante amateur, des particuliers assis par terre avec trois T-shirts vendus £1 pièce, des tables proposant des CD des jazz usés sous une tente blanche, des graffiti fluo sur les murs, des cheminées en brique, et parfois, une voiture se faufille au pas au coeur la foule dense.

Si tu te fais volé ton vélo, passe à la brocante de Brick Lane le dimanche d'après, tu as 50% de chances de le trouver en vente.

Et, soudain, un passage transversale tracé sur la gauche, juste le numéro que je cherchais, car ce passage, c'est toujours Brick Lane. Je ne pénètre pas dans le pique-nique sudafricain de la salle polyvalente juste après, je me glisse entre les tables et les marchands de crêpe à l'entrée du passage, et arrive devant une large vitrine, toute une façade vitrée.

Le nouveau magasin Rough Trade.
Rough Trade fait partie de mes mythes de rock indé anglais. Une boutique ouverte vers la fin des années 70, puis un label, qui accueille The Fall, Young Marble Giants, Pere Ubu, distribue The Feelies ou Metal Urbain, une certaine crème du post-punk. Et, plus récemment, ils se sont fait le foyer des Belle & Sebastian, des Strokes, de Libertines, de Jarvis Cocker, de jolis amis de mes listes pop.
Rough Trade, c'est le troisième homme de mes labels anglais idéalisés des années 80, avec le Factory Records de New Order et le Creation Records des Jesus and Mary Chain et de My Bloody Valentine.
Alors, quand j'ai appris qu'ils avaient ouverts un nouveau magasin de grande taille...

Cette grande vitrine ouverte sur le magasin blanc et clair, surface vitrée ouvrant sur une surcharge d'affiches sur la droite, et un comptoir de salon de thé sur la gauche. Cette très jolie pratique anglo-saxonne, installer des comptoirs de nourriture dans les librairies, dans les magasins de disques, avec tables basses, banquettes, fauteuils et canapés. M'imaginer sirotant un chocolat au coeur d'une librairie comme Blackwell à Oxford, feuilletant les pages Premier League devant une table en verre au coeur du magasin Rough Trade, prendre des notes !

D'énormes gâteaux sous des cloches en verre que soulèvent les deux serveuses, et, au mur, de petites étagères à trois ou quatre compartiments, mettant côte à côte gobelets en cartons, bouteilles de jus de fruits et CD en présentation.
Suspendus aux tubes chromés de l'aération, des T-shirts pendent au mur accrochés à des cintres, T-shirts unis avec la simple inscription ROUGH TRADE, magnifiques, hélas, la vie est chère à Londres. £19.99.

Le magasin se poursuit en petits îlots sous des néons en étoiles, lignes partant en rayons depuis un pilier centrale. Un présentoir avec des livres rocks, des biographies sur la droite. Des étagères avec des fanzines sur la gauche, derrière des bacs de vinyles électroniques pour DJ londonniens. Des T-shirts et des sacs en tissus.

Bien sûr, des rayons de disques, alignés, portant l'inscription des genres musicaux comme bombés au pochoir. NEW. Rough Trade. New Wave. Post-punk. British / Europe. American. 60 /70s. Punk. Electro. Urban. Reggae. Précis et pointu.

Et parcouru de petites attentions de passionnés. Sur chaque disque, de petites étiquettes, avec court commentaire et description, certainement destinée au site Internet, car toutes coupées au bout de quatre lignes en milieu d'une phrase. Et des disques en écoutes, des lecteurs suspendus à des piliers, avec des petites affichettes blanches écrites au marqueur noir. Un superbe comptoir d'écoute, car TOUS LES DISQUES PEUVENT ETRE ECOUTES, avec trois platines vinyles aux luxueux écouteurs.

Une boutique qui vit et reste à échelle humaine, au-dessus des rangées de disques, on peut voir des bureaux installés sur une mezzanine. Au fond, des dessins d'enfants sur de grandes feuilles affichées au mur.

Le gâteau aux carottes m'offre un glaçage anglais, mais aussi des raisins et des écorces d'orange. Je suis déjà impatient d'écouter la compilation ROUGH TRADE Post-punk vol.1, apparemment remplie de suprises.
Et j'ai déjà envie de revenir flotter derrière cette grande vitrine.

2007/09/01

Tony Wilson died

Vous souviendrez-vous où vous vous trouviez quand vous avez appris la nouvelle de la mort de Tony Wilson ?

C'est troublant à dire, mais je pense que je m'en souviendrai, pour ma part. Une salle informatique au coeur du Magdalen College d'Oxford, escapade express sur Internet, la seule en une semaine, et , par hasard, découvrir cette info.

Tony Wilson, mort à 57 ans.
C'est troublant d'avoir été touché, car, si j'ai une certaine fascination pour Tony Wilson, c'est comme d'un personnage, pas vraiment réel, une figure entourée d'une petite légende musicale, riche en anecdotes étonnantes, amusantes. Le superbe personnage principal du film 24 hours party people.

En 1976, Tony Wilson est présentateur sur Granada TV, chaîne régionale de Manchester. Il se rend au concert des Sex Pistols, leur premier concert à Manchester. Ebloui, il leur offre leur premier passage télévisé, puis, peu de temps après, Tony Wilson fonde la maison de disques Factory Records.

Le premier single de Factory Records est le premier single du groupe Joy Division. Les Joy Division se sont également rencontrés à ce concert des Sex Pystols, et vont devenir le symbole de Factory Records. Groupe à la personnalité tourmentée, remplis d'hétérogénéités internes, entre trois musiciens jeunes, insouciants et buveurs de bière, et un chanteur troublé, épileptique, suicidaire, à moitié néo-nazi. Joy Division, c'était le nom de bordels où étaient placées des femmes juives dans les camps de concentration. Jeunesse ouvrière, démarche artistique entre pop, avant garde et presque mauvais goût, voici un des aspects de Factory Records.

"Shaun Ryder dans un bon jour, c'est presque du Yeats dans un jour moyen", dit Tony Wilson du chanteur des Happy Mondays, groupe drogué sorti des banlieues de Manchester au milieu des années 80. Et tout est presque résumé ainsi.

Tirer le rock vers plus d'art, tout en lui conservant son énergie, sa puissance, sa dangerosité, ce frisson d'excitation et d'immédiateté. Factory Records, au début des années 80, c'est ainsi les pochettes de Peter Saville, dépouillées et avant-gardistes, les arpèges douces du Durutti Column, le premier single d'OMD, ou encore le punk dansant d'A Certain Ratio, au son toujours moderne.

Mais, bien entendu, je ne parlerai pas de Tony Wilson s'il n'y avait pas eu le duo Joy Division / New Order. Joy Division a quitté peu à peu le punk pour une musique plus dense, fascinante, terrible, quand le chanteur Ian Curtis se pend, à 21 ans. Les membres restants fondent New Order, se cherchent un peu, puis trouvent leur son, un des joyaux des années 80, une voix instable, des lignes de basse magique et du synthé en quelques notes. Blue Monday en 1983 est une étape essentielle dans la dance music anglaise.

Car la suite de Factory Records sera toujours plus dansante. Tony Wilson fonde la Hacienda, club clé dans la club culture anglaise naissante. New Order puis l'acid House s'élanceront de là-bas, et Laurent Garnier y verra naître sa renommée en petit frenchy des lieux. Par la suite, Tony Wilson aidera à lancer la vague de Madchester avec les Happy Mondays, du rock et de la dance sans être spécifiquement l'un ou l'autre, surtout une grosse déconne. Bez n'est d'ailleurs là que pour danser sur scène maracas à la main et pour fournir de la drogue.

Mais, par délà les listes de pseudo historiens du rock, bien plus que cette musique et ces vidéos, Tony Wilson est une mine à anecdotes presque inimaginables. Il rédige de son sang le contrat qu'il signe avec Joy Division, et d'ailleurs, pour être cohérent avec son goût du socialisme, il n'impose aucun contrat strict à ces artistes : 50% des bénéfices pour les artistes, 50% pour Factory Records, mais aucune contrainte de disques, les groupes peuvent partir quand ils veulent...

Mais le plus fort, c'est à nouveau Blue Monday, diffusé dans une pochette en forme de disquette, ode au futur en 1983. Cela justifie largement le fait de vendre le disque à perte. Dommage, Blue Monday sera le maxi 12' le plus vendu de tous les temps en Angleterre...

Alors, même si, logiquement, Factory Records s'est écroulée sous les problèmes financiers au début des années 90, on ne peut avoir que de la tendresse pour Tony Wilson et son sens de la beauté du geste.

2007/08/25

I buy books in English when I am in English speaking countries

UK, August 2006

  • Terry Pratchett, Reaper Man
  • Bob Dylan, Chronicles, Tome 1
  • E.M. Forster, Howard Ends
USA, May 2007
  • Philppe Roth, The Plot against America
  • Thomas Pynchon, Gravity Rainbow
UK, August 2007
  • Tony Kushner, Angels in America (Part one: Millenium Approaches, Part two: Perestroika)
  • Arthur Pinter, The Betrayal (used)
  • Samuel Beckett, Krapp's last tape and Embers (used)
  • John Keats, Selected Poetry (used)
  • Anthony Burges, A Clockwork Orange (used)
  • John Peel, Margrave of the marshes

2007/07/26

Baptême de Festival d'Avignon (in)

samedi 21/07/2007
Angels in America I & II (Tony Kushner).
mis en scène par Krzysztof Warlikowski, en polonais surtitré

Assis les yeux fermés au cinquième rang, il est une heure du matin.
Assis au P-ième rang, une couche de vêtements en moins, il est 23h.
Ou dans l'ombre d'une rue presque vide, totalement silencieuse, à 3h.

Tant de mouvements intérieurs durant la soirée, grande expérience, et néanmoins, je commencerai toujours mon récit, assurément, en parlant d'

une pièce de six heures en polonais

Concentrer et réduire, formule frappante, mais à enrichir et colorer aussitôt, car réduire et passer à côté. D'une riche fresque aux personnages multiples, profonds, ballottés et hurlants et dures, presque tous. Un long ruban aux accents classiques, tragiques, de nombreux tableaux aux figures familières, aux thèmes sans époques, la mort, la mère, l'ange, le rêve, la vision, le fantôme, et tous ces éléments éprouvés distribués dans des tableaux et des mots modernes, des thématiques contemporaines et rattachées fidèlement aux années 80, le sida, les yuppies, l'homosexualité, Reagan et ses républicains. Une longue histoire déroulée sur six heures, donc, ou presque, durant lesquelles les fils se tendent, se croisent et se tissent, durant lesquelles le récit coule et les mots s'échangent violents, mais forts et puissants, souvent, un chemin d'ombre où le son redescend et les rideaux se relèvent à la fin pour des voix douces et sereines dans les derniers instants. Six heures riches pour, d'une certaine manière, un grand classique de notre temps, grand texte.

Il fait frais sous la brise contenue par les bâtiments de cet espace carré et beaucoup s'enroulent dans des couvertures bleues tout au long des gradins.

Des éclats visuels parsemant l'espace et les heures, le texte et les situations enrobées de papiers, de toile, de lumière et de mousse pour dessiner des images marquantes et esthétiques. Des panneaux en miroirs troubles tout autour du plateau, métalliques et à la vague lueur, impressions de carré bleu et de taches rouges, un carré de jeu ainsi un peu plus grand entre les murs. De la neige tombant des projecteurs, billes blanches encore et encore pulvérisées sous le noir du ciel aux quelques étoiles, le ciel au-dessus de la scène de théâtre, le ciel ! Un lit et des membres épars, une chaise où les jambes se croisent nerveuses en tailleur et les mains se tordent regard instable. Une femme en velours rouge immobile, des cheveux brisés et des canapés d'amours pleins de malaise, des tableaux et tableaux visuels et mettant toujours en valeur les figures humaines, ces personnages aux postures et attitudes et regards pénétrants, touchants, remuants. Des peintures, des peintures faisant sens et étalant des traces qui s'infiltrent dans l'esprit, des images recouvertes de couleurs mobiles qui caressent la mémoire pour diffuser sans mots la tonalité et une grande part des impressions ressenties, un long défilement.

Six heures du début à la fin, avec ses courtes pauses. Passage dans la cour et la piste d'athlétisme où l'on fume, boit un café, croque des pommes et grignote des tuiles aux amandes. Et les pauses intérieures, les monologues personnels et parallèles, car l'imagination s'égare parfois mais qu'importe puisque elle se déroule elle aussi et réagit, rebondit et s'anime, c'est agréable. Savoir accepter les détours intimes et détendre un peu sa concentration sans se crisper car c'est un spectacle de course de fond, une suite d'instants et de temps à gérer sans vrai plateau homogène de A à Z. Il y a un plaisir à réagir ainsi. Se sentir un peu riche soi aussi, capable de penser à elle, à eux, à une idée ou à ce que l'on pourrait écrire, et l'éloignement de la connection n'a plus trop d'importance quand on réalise de petites découvertes, et réveille son émerveillement propre en écho de l'émerveillement suscité par le spectacle.

Au son des paroles polonaises portant une trame américaine. De personnes qui se lèvent pour sortir prématurément car il est tard.

Et des paroles à l'éclat limpide et doux qui se déroulent soudain sereines à la suite de tableaux ténébreux et vénéneux, et magie, équilibre, leur gamme ne semble pas incongrue étirée sur une ligne de huit fauteuils tout près, devant la scène, finalement.

Plonger alors dans la rue grise aux pierres éteintes et aux affiches endormies, toujours la même douceur sereine persiste, et l'on pourra chanter tranquillement en accompagnement de David Bowie pour les quarante-cinq minutes de trajet automobile du retour.