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2008/06/25

EM 2008: également de nombreux drapeaux sur les façades

22.06.2008 - Duisburg

2008/06/23

Les drapeaux sur les voitures allemandes pour l'Euro de football

Toute l'Allemagne se passionne actuellement pour l'Euro de football, retrouvant l'enthousiasme fou qui avait accompagné le Mondial 2006 allemand. Près de 30 millions de téléspectateurs ont ainsi suivi les dernières minutes du match Portugal - Allemagne jeudi dernier.

La passion suscitée par cet Euromeister est terriblement visible jusque dans les rues, où les drapeaux noir - rouge - jaune ont fleuri subitement début juin. Très surprenant pour un français, l'accessoire obligatoire est le drapeau automobile, qui se fixe coincé dans la vitre. Je n'ai jamais vraiment vu de tels drapeaux en France, et mes vieux souvenirs de code de la route ne me permettent pas de trancher : est-ce autorisé en France ? Ainsi, j'ai lu que ces drapeaux n'avaient autorisés en Autriche que durant la compétition européenne...

En attendant, je m'amuse beaucoup à observer ces drapeaux paradoxaux, omniprésents dans ce pays écologique malgré leur effet négatif sur la consommation. Certaines études parlent d'une hausse de consommation de carburant de 0,5L au 100km...

Mais la mode est très forte, entraînant l'adhésion du plus grand nombre. Le drapeau est même obligatoire pour un taxi, et tout véhicule sans drapeau se verrait certainement éviter à la sortie des gares et des aéroports. Les taxi Mercedes crème laissent donc pousser les drapeaux par paire ou triplette dans un fuite en avant où l'excès n'est pas blâmable, et met même en scène les tiraillements identitaires des chauffeurs. Tous les taxis affichent en effet les drapeaux allemand et turc, montrant la main mise de la communauté sur ce domaine d'activité. L'EM 2008 comme symbole des variétés culturelles en Allemagne.

21.06.2008 - Duisburg

2008/03/18

Le pays où les livres sont plus taxés que les cigarettes

- Ce candidat, c'est un peu le Berlusconi chilien. Il possède des banques, des parts dans de grosses entreprises. Il détient même 12% des actions de mon club de football, le Colo Colo de Santiago, et pourtant, ce n'est même passon équipe préférée ! Il est supporter de l'Universidad Catolica, le club des quartiers riches de Santiago, de la population aisée, forcément. Tout ça grâce à son argent majoritairement gagnée avec le soutien de la dictature de Pinochet, et, soit disant, à l'aide de ses diplômes des Etats-Unis, même si ceux-ci semblent faux... Mais oui, comme partout, les gens oublient, ils croient les anciens partenaires de Pinochet qui s'exclament "Oh non, on ne savait pas, on ne savait pas". Tiens, tu veux encore des pâtes ?

En rentrant de mes courses, à 19h30, je suis passé saluer mon voisin chilien, juste un bonsoir rapide, afin de lui payer le matelas pneumatique qu'il m'a vendu il y a deux jours. Je l'ai trouvé tenant à la main une énorme boîte remplie de pâtes à la Bolognaise. Je tombe bien, il a été un peu trop généreux dans les proportions de son dîner. Ai-je déjà dîné ? Non. Parfait, je vais l'aider, et ainsi, il n'aura pas à réchauffer des pâtes toutes la semaine.

- Non, les choses ne sont pas encore très nettes au Chili. Pinochet avait fait nommé à vie 21 sénateurs, tous ses amis, très à droite, et ainsi, ils peuvent bloquer les plus grosses réformes. Heureusement, beaucoup sont morts, forcément, les amis des Pinochet, ils ne sont plus tous jeunes. Mais par exemple, il est toujours impossible pour les chiliens de l'étranger de voter depuis un consulat, c'est interdit par la loi. Bien entendu, cette loi a été votée sous Pinochet, pour tous les exilés, qui étaient opposants, qui auraient voté contre lui. Mais, même avec la chute de Pinochet en 1999, les choses n'ont pas pu évoluer, le Sénat bloque toujours la réforme. Si je veux voter en 2009, il me faudra rentrer au Chili. Il y a encore des progrès à faire au Chili, même si nous sommes soit-disant le 38ème pays du Monde. 38ème, qu'est-ce que ça veut dire ? Un fort taux d'alphabétisation, beaucoup de connexions Internet et de télévisions dans les foyers ? Pas étonnant, les compagnies de satellite pratiquent des prix très bas, alors, même avec des salaires bas, les gens sont content, ils ont assez pour manger et rester devant la télévision, s'acheter des cigarettes. Mais pas assez pour boire un verre de vin dans un bar le samedi, ou pour aller au cinéma. Et je ne parle pas des livres !

Il tire un livre de sa bibliothèque, large volume Ferrari en papier classé, dont il feuillette les lourdes pages. Avant d'exhiber le prix allemand, 17 euros.

- Un livre comme ça, au Chili, il coûterait au moins 60 ou 100 euros. Les livres sont taxés à 25%, deux ou trois fois plus que les cigarettes, mais les politiques refusent de changer. Tu ne trouveras pas de roman à moins de 10 ou 15 euros au Chili, mais les salaires ne sont pas les mêmes qu'en Europe non plus ! Donc, partout, dans la rue, tu trouves des versions pirates de livres, des copies sur du mauvais papier, à 2 ou 3 euros, et tout le monde possède de telles versions bon marché dans sa bibliothèque. Pour te dire, quand les gens partent en vacances en Argentine, ils demandent à leurs amis s'ils ont besoin de livres, car ils sont au moins 50% moins chers là-bas, pour des éditions similaires. Si tu va en Argentine avec des vols à bas coût, tu peux rembourser ton billet en achetant des livres là-bas. Des romans, et puis, pour les chercheurs comme nous, des livres scientifiques, des livres de biologie.

Il me montre la biographie des Rolling Stones qu'il est en train de lire, encore ravi de sa découverte : Carla Bruni est sortie un moment avec Mick Jagger, il pourra en parler à ses futurs collègues marseillais.

Machant nos pêches au sirop, nous finissons la soirée par une autre spécialité sud américaine, le football. Le showbol de Maradonna, ce football en salle pour vieilles gloires avec des scores de babyfoot. Les gestes techniques et les prouesses individuelles des joueurs, les commentaires hurlant plus vite que ceux du tiercé, et puis, souvent, les bagarres sans fin entre joueurs. Et, parfaite synthèse de ces caractéristiques spectaculaires, la nouvelle petite perle brésilienne, Kerlon : il s'est fait une spécialité d'éliminer les défenseurs en jonglant avec la tête, ce qui énerve les défenseurs, et lui vaut le surnom de Foquinha. Le petit phoque.

2008/02/17

Bientôt, je courrai 45:33 avec Doc Nick et LCD Soundsystem

- 3, 2, 1, play et partez.
Nous appuyons simultanément sur le bouton de notre baladeur mp3, et commençons à trottiner dans la Lotharstrasse. C'est amusant de voir Doc Nick avec un collant et des tennis aux pieds, et je ne parle pas de son bracelet en éponge...

Le Doc m'a envoyé un message il y a un mois environ : "Reprends l'entraînement. Il faut que nous allions courir ensemble prochainement. Pas de problème si tu ne tiens pas 45 minutes 33, mais bon, si tu pouvais me suivre un peu plus longtemps que 500 mètres, ce serait sympathique..."

Nous avions déjà un peu discuté du jogging et de l'iPod aux Etats-Unis. Particulièrement après mes promenades à Central Park en mai 2007, où on croise autant d'iPod que de coureurs là-bas. Je pense même que, dans Central Park, il est plus probable de croiser un coureur sans chaussure que sans iPod. A New York, on court en musique, ou marche en musique, selon cette mode amusante de la marche sportive, où l'on voit des femmes marcher rapidement, pas trop mais légèrement vite, mais avec tennis, bâtons, bandeau, tout l'équipement, et bien entendu, l'iPod. Par conséquent, oui, dans Central Park, il y a plus d'iPod que de coureurs, même dans les coins où on ne croise que des "sportifs". Alors, de même qu'à l'apparition du gramophone, il a fallu enregistrer des disques pour ne pas laisser les utilisateurs équipés mais sans musique, y a-t-il un marché pour la musique de jogging ? Ou au moins, des musiques plus appropriées que d'autres pour la course ?

"Les goûts et les couleurs, mon bon Cathead", m'avait répondu Doc Nick, un des ses détours habituels pour réfléchir à une réponse élégante. "Forcément, à chacun sa durée de course, son rythme. Un peu comme pour cette fameuse liste mythique, les meilleurs chansons sur lesquelles faire l'amour, dont nous finirons bien par parler. Peut-être au printemps. Mais, pour la course, on peut certainement mettre de côté les morceaux trop rythmés, qui causeraient la tentation d'accélérer le rythme, ou éviter les chansons aux textes trop compliqués, qui accrocheraient l'attention en permanence. C'est une musique d'accompagnement, non ? Un peu comme la musique d'ambiance, telle que l'avait théorisée Brian Eno : sans parole, dans laquelle on puisse entrer sans hésitation, au milieu d'un morceau, et abandonner en cours de la même manière. Qui n'agresse pas mais marche poliment à vos côtés. Court avec vous. Je vais me plonger un peu dans la tentative de LCD Soundsystem, et nous en reparlerons prochainement".

En effet, LCD Soundsystem a publié un mix entièrement dédié à la course. Commandé par Nike lui-même, au départ uniquement disponible par téléchargement, et intitulé 45:33, la durée de la course. Parfaitement phasé sur le rythme de course de James Murphy, avait-il assuré au moment de sa sortie. Les critiques rocks comme Pitchfork ou le NME se sont bien amusés avec ce morceaux, mais le mieux n'est-il pas de se mettre soi-même dans les conditions ?

Donc, sur les conseils de Doc Nick, j'ai repris la course il y a un mois environ. Par petites tranches de dix minutes d'abord, deux ou trois fois par semaines, puis en allongeant un peu la durée, et le mix de LCD Soundsystem n'est certainement pas étranger à la régularité de mon investissement. Quand on est fan, il faut l'assumer jusqu'au bout, et je ressens toujours une certaine excitation à sortir courir dans la brume de Duisburg, la douce impression d'enfiler un costume de New Yorkais : tennis, jogging aux couleurs un peu vives, et ce fameux baladeur mp3, et ce mythique mix, dont j'ai déniché la version CD au bout d'un grand magasin de disques de Cologne. En version Import, en plus.

Le soleil de cette semaine nous a poussé à fixer une sortie commune pour ce week-end. Il fait moins doux qu'en début de semaine, mais la lumière est éclatante quand nous tournons derrière les bâtiments L de l'université de Duisburg-Essen, dans la rue passant derrière les beaux pavillons de la Lotharstrasse. Nous n'avons pas dépassé les deux minutes trente, toujours la partie échauffement du mix, sa montée progressive. Nous entendons le passage à la 2ème piste juste avant d'emprunter le pont qui enjambe l'autoroute, le rythme monte tout doucement, piano, claquement de mains, et c'est heureux, la montée s'étend raide et longue avant de rejoindre le bruit incessant des voitures. Mais c'est à ce prix que nous pouvons atteindre le bois.

Je sens l'envie d'accélérer du Doc, mais il m'attend encore, et d'ailleurs, il ne connaît pas bien la région. Etrange, cette discussion silencieuse tous les deux, presque silencieuse. Le Doc ne peut s'empêcher de reprendre les rares paroles de cette piste deux, cette piste de lancement : une alternance amusante de "Shame on you" et de "You're number one for me", qu'il crie en plongeant dans les bois. Les promeneurs du dimanche nous regarde, et surprise, il y a aussi des marcheurs, avec tennis, équipement, paire de bâtons, lecteur mp3...

Les faux-plats du bois m'incite à la prudence, délicat passage à l'approche des 8 minutes de course, mais c'est le moment où s'avance le 3ème mouvement du mix, la version instrumentale de mon "Someone great" adoré. James Murphy a-t-il emprunté le même parcours que moi avant de mettre au point son mix ? Ces battements, ces sons électroniques frottant doucement une baudruche imaginaire, ces claquements de xylophone, toujours aussi envoûtants, et d'autant plus quand on connaît la version chantée. D'ailleurs, dans son élan chanteur, le Doc n'y résiste pas, il entonne doucement, "The little things that made me harassed, Are gone, in a moment. I miss the way we used to argue, Locked, in your basement." A peine entrecoupé de ces respirations, bien moins prolongées que les miennes. Je ne pourrais jamais chanter ainsi, il me manque un peu d'entraînement.

Mais quand le xylophone reprend le refrain, clair, naïf et beau, je n'y tiens, et me lance en choeur avec le Doc "And it keeps coming" encore et encore, une douzaine de fois, avec montée dans les aigus qui me tue définitivement. Je m'arrête, et le Doc continue. Il retrouvera bien le chemin, il suffit de se guider au son de l'autoroute, il trouvera.

Et d'ailleurs, c'est à peu près l'instant auquel je m'arrête d'habitude. Effet combiné de la durée déjà parcourue, vingt minutes, ma limite en cette phase de reprise, et puis surtout, de l'accélération du mix de LCD Soundsystem. Tout d'abord avec des tam-tam et une voix vocodée évoquant l'espace, une montée dont l'euphorie me pousserait certainement jusqu'au point de côté. Sans parler de la 5ème plage...

"J'adore la 5ème partie, plus rapide, avec sa trompette bizarre, sa basse bien précise, ses voix qui sortent de nulle part", me lance Dock Nick en arrivant à la Guesthouse, une vingtaine de minutes après moi. Il sourit sous la sueur. "Le NME a évoqué "Papa's got a brand new pigbag" pour ce morceau. Cela m'a plu, je zappe la plage 6 et ces douze minutes de descente un peu molle, et je lance Pigbag : tatatata tatatadonnonnon. Tu as une bière, Cathead ?" Si James Murphy permet à tous les rockeurs d'atteindre une telle santé physique, les reformations de vieux groupes ne vont pas manquer dans les prochaines années.

2008/02/16

L'espagnol et le football (et les filles), langues universelles des sorties entre potes

- Je ne suis pas un énorme passionné de foot. Pas un dingue prêt à suivre tous les matchs. Mais bon, quand j'étais au Chili, je regardais en gros un match par semaine. Championnat chilien, c'est toujours sympa de suivre son équipe. Même si le championnat chilien n'est pas très disputé, il n'y a que deux ou trois grosses équipes, et le championnat se joue toujours entre elles.

La salade de mon nouvel ami chilien disparaît plus lentement que la mienne, son espérance de vie allongée par toutes ces considérations footballistiques. Je me force donc à savourer plus doucement mon ensalata "El Caballero", agréable assemblage de poulet, champignons et salade, relevée par une sauce Chili légèrement caramélisée. Ce restaurant espagnol de Düsseldorf est idéal pour lancer un joyeux vendredi soir, et le cadre enrobe idéalement le mélange des trois langues qui flottent au-dessus de la table, l'anglais utilitaire, les jaillissements d'espagnol, et le foot, en jolie quantité.

Le foot, un parfait sujet pour lancer des discussions simples en toute langue, une culture parfaitement répandue, qui ne nécessite pas de grand passé commun pour créer une complicité. Près des bancs moteurs de l'université de Duisburg, l'anglais léger du technicien ne l'empêche pas d'évoquer la Bundesliga avec moi, sujet évident au vu des nombreuses photos de Schalke 04 affichées dans son bureau. Et, de même, j'apprends peu à peu certaines caractéristiques du football bosniaque grâce à mon collègue de bureau. Un championnat bosniaque dont l'issue se joue là aussi entre les deux ou trois équipes à gros budgets, anciennement présentes dans le championnat de Yougoslavie. Tiens, j'aurais pu en parler à mon camarade chilien.

Mais la discussion a glissé vers la Ligue des Champions, forcément, les 1/8èmes de finale commencent la semaine prochaine. Nous sommes maintenant dans un bar cubain, et entre deux gorgées de rhum brun, il m'a récité l'intégralité du tableau, à peine dérangé par le volume impressionnant auquel sont diffusées les chansons de regueton.

- Je pense que c'est l'année d'Arsenal, je pense qu'ils battront le Milan. Ils sont sur une pente descendante, Milan, si tu additionnes l'age de leurs défenseurs, tu dois atteindre au moins 120 ans. Comment pourront-ils tenir face à l'énergie des jeunes d'Arsenal ? Ils jouent vraiment fantastiquement, avec un dynamisme impressionnant. Leur entraîneur fait un superbe boulot ? Pourquoi n'a-t-il pas été choisi comme sélectionneur de l'Equipe de France ?

Ah, l'équipe de France. Un aspect moins franco-français qu'on ne pourrait le penser, grâce aux bons résultats de l'équipe, et surtout, grâce à l'impact de la finale de la Coupe du Monde 2006. Il y a toujours une étanger fierté à attendre les louanges internationales, le fait que la France a superbement joué en deuxième mi-temps. Et, bien entendu, arrive aussitôt la question du coup de tête, sujet inévitable de toute discussion foot de la fin des années 2000, et les passions et les questions d'honneur s'invitent à la fête. Bien entendu, il n'aurait pas dû, mais voilà, d'un autre côté, il est impardonnables d'associer des injures avec certaines choses (Certaines Choses, Capital Cs), en particulier la famille. C'est impardonnable, des mots sur sa soeur.

La France n'est donc pas le seul pays à s'enflammer pour son équipe nationale, pas plus qu'elle n'est le seul pays à posséder autant de sélectionneurs que d'habitants. Durant la récente Coupe d'Afrique des Nations, l'élimination du Maroc a vite libéré les commentaires amers d'un collègue de l'université... Nous saurons bien vite s'il en va de même en Amérique du Sud, au fur et à mesure du parcours du Chili dans les éliminatoirs de la Coupe du Monde 2010. Mais y a-t-il beaucoup de suspens autour de cette question ?

Le football coule donc partout, et les particularismes régionaux ne sont finalement pas très prononcés. Exemple d'une culture parfaitement globalisée, et le football jaillit parfois de manière suprenante. La soirée a avancé, nous dansons maintenant au Papagayo sur de la house de 5 ou 6 ans d'age. A partir d'un certain moment, il faut savoir mettre de côté les discussions pointues, danser réchauffés par une tequila, et juste échanger de temps à autres quelques mots, soufflés par le contexte. Ces allemandes de 20 ans à la danse souple et peu expansive, ces allemandes profondément féministes, magnifiques, mais bien plus friandes d'organisation que les fantasques sudaméricianes, les emplois du temps et les rendez-vous minutés contre les élans explosifs et intuitifs. Ces allemandes épanouies, mais d'une certaine manière, toutes timides. Une culture de la timidité en allemagne, la pudeur et la retenue, aussi bien pour les filles que pour les garçons, d'ailleurs.

A ce moment, un allemand s'approche, et se fait prendre en photo avec moi, ravi. Son oeil a été attiré par l'écharpe que j'ai gardée autour du cou, dans l'élan de l'ivresse tequilesque. De quel club, cette écharpe ? Lens ? Oh oui, je vois très bien, pas de problème.

2008/01/23

Quelques précisions sur le Fortuna Düsseldorf, la LTU Arena...

J'apprécie beaucoup de goûter à certaines expériences sans connaissance préalable, plonger dans des visites sans longue lecture de guides, découvrir et combler les vides d'explications largement imaginées. Un journalisme de carnet de voyage et de récit subjectif. Du blog certes renseigné, mais à l'amateurisme revendiqué.

Je me rêve un peu en gonzo soft, mais il me reste de la marge.

Mais parfois, il peut aussi être bon d'effectuer quelques recherches, particulièrement sur des sujets peut-être moins connus des lecteurs français. Comme les clubs de football allemand qui ne participent pas à la Coupe d'Europe. Après les compte-rendus de la Winter Cup de Düsseldorf, il me semble donc intéressant d'apporter quelques compléments d'information, concernant le Fortuna Düsseldorf ou le LTU Arena.

Le Fortuna Düsseldorf a été créé en 1895, à la manière de nombreux clubs allemands ayant vu le jour au tournant du XXème siècle. Son histoire ne semble pas des plus reluisantes, essentiellement marquée par quelques victoires en Coupe d'Allemagne dans les années 70. Son heure de gloire tient certainement à la finale de la Coupe des Coupes 1979, perdu 4 à 3 après prolongation contre le FC Barcelone lui-même. La fin des années 70 a plutôt été dominée par les clubs anglais sur la scène européenne, mais les clubs allemands constituaient alors de beau challengers, parfois surprenants vu depuis notre époque : qui se souvient que le Borussia Mönchengladbach était en finale de la Coupe des Champions en 77, de même que Hambourg en 1980 ?

Mais le Fortuna n'a pas connu le même bonheur qu'Hambourg, défait en 1980, mais champion d'Europe en 1983. Le Fortuna Düsseldorf semble faire partie de ces clubs effectuant l'ascenseur avec la deuxième division de manière régulière, et ce jusqu'au milieu des années 90. Ils ont quitté la Bundesliga en 1997, plongeant jusqu'à la quatrième division en 2002 pour raisons financières.

Le club est maintenant un membre régulier de la poule Nord de la Regionalliga, le troisième niveau du championnat allemand. Le club a effectué cette année un début de saison tonitruant, avec 6 victoires et 2 nuls. Bientôt la remontée en 2. Liga ? Hélas, la suite n'a pas été aussi belle, avec 3 victoires, 3 nuls et 5 défaites. Le club se trouve pour l'instant à une solide 6ème place, à 2 points de la 2ème place, mais il va falloir batailler.

J'en profite pour faire une petite parenthèse sur le football allemand. La Bundesliga, 1ère division professionnelle, n'a été créée qu'en 1963, la majorité des clubs allemands ayant été démantelés en 1945. Jusqu'en 1962, le football en Allemagne de l'Ouest était organisé selon 5 championnats régionaux. Le premier vainqueur de cette Bundesliga fut le FC Köln, devant le Meidericher SV, futur MSV Duisburg. Je me trouve bien dans une région de forte densité footballistique !

Les niveaux inférieurs à la Bundesliga se sont organisés de manière régionale. Jusqu'à la création d'une 2ème division professionnelle en 1974, ce sont ainsi cinq championnats régionaux qui formeront le deuxième niveau du football allemand, ces Regionalliga. En 1974, la 2. Liga était séparée en deux poules, un peu comme la 2ème division en France, puis fut unifiée en poule unique dans les années 90. Les Regionaliga forment alors le troisième niveau du football allemand, tout d'abord au nombre de 5, puis de 2 à partir de 2000. La présente saison 2007-8 est importante, puisqu'elle doit conduire à la création d'une 3ème division en poule unique, sur l'exemple du National français. Le Fortuna Düsseldorf doit donc regarder également derrière lui, pour ne pas rater la marche de cette future 3. Liga...

Il est tout de même assez fascinant de constater qu'un club de 3ème division dispose d'un si beau stade. Car la LTU Arena comporte bien 51.000 places ! J'ai un peu évoqué la question avec un collègue, et il m'a raconté l'histoire de ce stade. Düsseldorf voulait accueillir des matchs de la Coupe du Monde 2006, et s'est donc muni d'un stade flambant neuf en 2002 : pour cela, l'ancien stade a été rasé, alors qu'il n'avait même pas 30 ans. Mais ce n'a pas été vraiment un problème, m'a dit mon collègue, car Düsseldorf est une ville particulièrement riche, et les sponsors n'ont pas dû manqué, comme la compagnie LTU. Ce stade est l'un des plus récents et des plus modernes d'Allemagne, il est donc normal que j'ai été particulièrement impressionné !

Mais la ville n'en a pas été retenu pour autant pour la Coupe du Monde 2006...

Un superbe stade sans Coupe du Monde, sans grand club, donc, à part semble-t-il les matchs de football américains et leurs 25.000 spectateurs de moyenne. Et surtout, toute une ribambelle de stars internationales de la musique, les allemands étant friands de concerts.

C'est donc bien un stade moderne : né bien entendu de la profonde passion allemande pour le football, mais fonctionnant comme cadre de manifestations de tout type. Et le groupe Die Toten Hosen peut constituer un lien symbolique entre ces deux aspects. Gros groupe punk de langue allemande, natif de Düsseldorf, ils ont bien entendu joué au LTU Arena. Mais ils sont surtout des supporters passionnés du Fortuna Düsseldorf, et ont financé le club lors de sa relégation au début des années 2000. Dans les tribunes, on peut toujours voir des maillots du club datant de 2001 ou 2002, sans sponsor si ce n'est un logo de tête de mort sur une étoile, un des emblêmes des Toten Hosen...

2008/01/22

Winter Cup in LTU Arena Düsseldorf: supporters!

La Winter Cup de Düsseldorf a été plaisante au niveau du football proposé, et surtout, de mon point de vue, très agréable pour l'ambiance qui a régné dans les tribunes. Ambiance liée bien entendu à l'engouement des supporters allemands, particulièrement enthousiastes. Ce fut le cas lors des différents but marqués, bien sûr, mais tient beaucoup également à leur passion pour le ballon rond. Des supporters nombreux et portant haut leurs couleurs, symbolisés par les deux kops du Fortuna Düsseldorf et du BVB Dortmund. Les maillots jaunes du BVB ont accompagné mon trajet en train depuis Duisburg, mais la passion s'affichait dans l'ensemble du public, tout simplement. Dix-sept milles spectateurs pour un tournoi amical, c'est beau, et le nombre de maillots du Fortuna présents dans les tribunes est impressionnant pour un club de 3ème division seulement. Cela fait écho à la ferveur autour de l'Alemannia Aachen, dont m'avait parlé un ami étudiant là-bas : club très suivi même en deuxième division !

Aux meilleurs moments, ce fut donc un festival de drapeaux agités, de chants hurlés à gorge déployée la bière brandie, des cris "Fortuna" auxquels répondaient immédiatement une foule de cris "DUSSELDORF". Le but victorieux du Fortuna, dans les deux dernières minutes de la finale, a déchaîné un enthousiasme rendant nécessaire des tentatives vidéo...




A mes yeux, le charme de ces tribunes s'est trouvé renforcé par la découverte des habitudes allemandes dans les stades, et par cette expression, je veux bien entendu évoquer la boisson et la nourriture consommées. La bière coule ainsi à flot, qui en aurait douté, à part le petit français qui fréquent des stades où l'alcool est interdite. Mais en Allemagne, la bière, ce n'est pas vraiment de l'alcool, non ? De hauts verres en plastique rigide, consignés pour 1€, et dont les poignées peuvent s'enfiler les unes dans les autres pour un transport plus facile. Il n'est pas rare de voir un supporter remonter les marches muni de quatre verre remplis de Koenig Pilsener ou d'Altbier de Düsseldorf, légèrement plus sombre. La bière, ce n'est plus tellement surprenant après quelques mois en Allemagne, il est plus saisissant de voir des serveurs arpenter les tribunes un fût sur le dos, pour servir les spectateurs les plus paresseux directement sur place ! Et comme un de ses collègues promène régulièrement un large panier de bretzel, le plaisir vient directement à domicile. Cet énorme panier de bretzel est même équipé d'une sonnette de vélo, pour s'assurer que personne ne résiste à la tentation. Ensuite, il reste encore des voies de progrès, puisque les bratwursts et autres schnitzels ne sont servies qu'aux buvettes, mais le supporter allemand est gâté...

Mais les images les plus agréables récoltées dans les tribunes seront certainement associés aux enfant présents non loin de moi. Une véritable sortie familiale, avec ces cousins et cousines devant moi, supporters du Werder Bremen, le garçon de 9 ans testant ses sonneries de téléphone portable pendant la finale, et les deux filles de 12 ans, dont l'une bien trop blonde pour mon flash. Et surtout, c'est adorable garçon aux cheveux d'un roux profond, assis sagement auprès de sa maman, lançant des regards aux supporters voisins, et criant sa joie de voir Dortmund s'imposer joliment en demi-finale. Hé oui, qu'y a-t-il de si surprenant à ce qu'une équipe de Bundesliga inscrive 5 buts en dix minutes à une autre équipe de l'élite, quand c'est votre équipe favorite ?

2008/01/20

Winter Cup in LTU Arena Düsseldorf

19.01.2008 - Winter Cup - LTU Arena, Düsseldorf

En Allemagne, la trêve de la Bundesliga dure presque 6 semaines : interruption des matchs mi-décembre pour une reprise le 1er février, certainement motivée par des questions climatiques. Mais les équipes doivent reprendre le rythme avant la reprise, et c'est certainement ce qui motive des tournois amicaux comme la Winter Cup de Düsseldorf.

Ce 19 janvier, le Fortuna Düsseldorf, pensionnaire de deuxième division, recevait ainsi trois équipes de l'élite, Dortmund, Leverkusen et le Werder Brême. Une bonne occasion de goûter à l'atmosphère du football allemand dans ce joli stade, la LTU Arena.

Stade d'une grande modernité, posé à côté du parc des exposition et bénéficiant ainsi d'une magnifique gare de tramway. Les travées du stade sont vitrées et vastes, proposant buvettes, produits dérivés et même bonbons Haribo. Le stade lui-même peut contenir environ 30.000 personnes, parfaitement protégées par un toit rétractable. Bruce Springsteen ne s'y est pas trompé, puisqu'il y jouera en concert mi-juin.
Un superbe stade de football, et en voyant cela, on comprend les appels de la Ligue pour moderniser les stades français : les standards me paraissent incomparablement plus bas...

Le tournoi se compose de quatre matchs de 45 minutes : demi-finales, puis match pour la troisième place et finale. Chaque équipe auront donc joué l'équivalent d'un match entier dans l'après-midi. Un bel entraînement pour les quatre équipes, devant plus de 17.000 spectateur.


Demi-finale 1 : Fortuna Düsseldorf 3 - 1 Werder Bremen
Le Werder reste fidèle à l'image découverte par la Ligue des Champions l'an passé : capable d'un collectif brillant et séduisant, mais de belles largesses défensives. Comme le Fortuna semble plus impliqué, jouant à domicile, il prend rapidement l'avantage sur deux contre, deux larges erreurs de marquage.

Demi-finale 2 : BVB Dortmund 5 - 0 Bayer 04 Leverkusen
La revanche du match auquel j'avais assisté à Dormund l'an passé. Et quelle revanche ! En décembre 2006, Leverkusen avait fait preuve d'un réalisme efficace, s'imposant tranquillement par 2 à 0. Cette fois, le scénario s'inverse : le Bayer 04 tient la balle sans grande efficacité, et le BVB attend. Et ouvre le score à la 19ème minute sur une erreur du gardien, ratant son dégagement au pied. Dix minutes plus tard, Dormund a eu 4 occasion de plus grâce à 4 accélérations dans les brèches de la défense, et a inscrit 4 buts supplémentaires. Leverkusen ne présente aucune organisation défensive efficace, et son gardien n'a pas touché une balle...

Finale : Fortuna Düsseldorf 1 - 0 BVB Dortmund
Auparavant, le match pour la troisième place s'est déroulé dans un presque silence parfait. Les deux équipes ont haussé leur engagement par rapport au demi-finale, mais avec peu de supporters dans ce stade, qui sonne alors un peu creux. Le Bayer a ouvert miraculeusement le score à la 4ème miniute, mais perd 2
En revanche, la finale constitue l'opposition idéale, mettant au prise les deux équipes aux plus nombreux supporters. Les kops se font face et se répondent, les "Fortuna Düsseldorf" montent de tous les côtés, et le rythme du match est incomparable avec les précédents. Un football très collectif, en mouvement, sans prouesses techniques individuelles ni énormes contacts physiques, plaisant à observer. Le Fortuna arrache la victoire sur coup franc à la 43ème minute, sur un marquage étonnamment relâché du BVB au deuxième poteau. Le stade exulte, les vainqueurs sont les locaux et le spectacle a été au rendez-vous : la rigueur défensive n'a pas été fantastique, mais 13 buts en 4 mi-temps, c'est autre chose que la Ligue 1...

2007/10/20

Hurlons au Parc des Princes pour dynamiser l'avenir

"Non, rien de rien, non, je ne regrette rien"
Et l'ensemble du public du Parc des Princes hue le choix fâcheux de la sono du Stade. Le XV de France vient d'être surclassé par une belle équipe d'Argentine, ces bleus exposant leurs lacunes, leur manque d'imagination, leur maîtrise appliqué d'un jeu arrêté et à contre-temps.
Et ne rien regretter alors ? Huons, huons.
Les hauts-parleurs bafouillent, et, au bout d'une minute, enchaînent sur un chant argentin.

Les supporters aux joues tricolores ne sont pas à la fête, mais pour autant, c'est vrai, il ne faut pas regretter d'avoir assisté à cette finale de bronze à sens unique. Toute une soirée d'expériences et de regard critique pour dessiner quelques conclusions pour l'avenir, au moins dans mes aspirations.

Le XV de France a exposé son sens de la discipline mono-dimensionnelle, son abnégation à ne rien tenter, pourquoi risquer ? Et pourtant, déjà, cette journée de grève des transports mettait le public dans l'obligation d'exploiter sa faculté d'adaptation.
Aucun RER A, pas de bus reliant Rueil-Malmaison à Paris ou même simplement au noeud de La Défense ? Qu'à cela ne tienne, je saute sur la moto de mon chef pour rejoindre le Parc des Princes, zigzaguant avec lui au milieu des voitures de 17h, entre les filles du Bois de Boulogne et les stations services en descente quand l'essence se fait rare dans le réservoir. Et, au retour, aussi, me faufiler entre les lignes de métro réveillées, les derniers bus assurés par bonté d'âme.
Alors, comment réagir quand sept français échouent pour contourner deux argentins, incapables d'accélérer ou même d'oser ?
Que l'équipe de France ait raté son approche tactique, pourquoi pas ? Tout le monde peut se tromper. Elle aura choisi une approche, exploitée jusqu'au bout, et pourquoi pas ? Avoir tenté une approche du rugby moderne, très défensif, uniquement rigoureux et physique. Mauvaise analyse des situations et enjeux, ou analyse incomplète, mais cela peut servir pour progresser.

Cependant, un goût amer apparaît dans la bouche quand un monolithisme du même genre se fait jour dans l'organisation du Parc des Princes. Un joli stade massivement rempli de supporters internationaux, argentins, mais aussi sud africains, australiens, et déguisés, enthousiastes, chantant... Rassemblement mondial pour Coupe du Monde, toute une alléchante fraternité.
Et que nous a servi la sono pour donner de l'entrain à ce rassemblement bigarré ? Piaf, donc, et à la mi-temps, "Emmenez-moi" de Charles Aznavour.

Vive la France moderne, épanouie dans la mondialisation.

Entendons-nous, "Emmenez-moi" est une belle chanson, un classique. Mais là réside tout le problème : c'est avant tout un classique, et rien ne nous sera servi d'autre que du classique bien français. Ne pouvait-on pas présenter un programme plus ambitieux, plus métissé, même en restant français, sans se restreindre aux clichés façon exception culturelle française ?
C'était France - Argentine, un choix évident aurait consisté à sélectionner Manu Chao.
C'était une fête de l'Ovalie, pourquoi avoir toujours confiné les chansons de bandas à moins d'une minute ?
C'était une fête de la jeunesse et du dynamisme, pourquoi ne pas avoir diffusé les Daft Punk, stars mondiales françaises, Noir Désir ou Luke pour leur énergie rock, Grand Corps Malade, Joey Starr, TTC, même un groupe de rock lycéen comme Second Sex ?

Et je me restreins à des exemples eux-mêmes assez consensuels.
Mais cela n'aurait-il pas fait un joli mix, où l'on aurait pu glisser Aznavour avec goût, une belle photo moderne et éloignée d'un arrière-goût de Paris musée ?...

C'est une approche auquel je souhaiterais tendre, et qui me semble applicable pour la musique, pour les futures évolutions de l'équipe de France de rugby, pour la conduite de la recherche scientifique ou la définition de nouvelles utopies politiques.
Digérer les classiques, les fameuses valeurs que l'on proclame pour la grande chanson française ou le french flair légendaire du rugby. Puis les oublier, les mettre de côté, juste les garder très loin, en écho. Car rester ouvert, ouvert, dialoguant, comparant, en prise avec les évolutions récentes. Et de ce dialogue, faire surgir de l'énergie et de la nouveauté. Créer en composite.

Dans une interview, le cinéaste Jim Jarmusch disait : "Nous sommes la première génération capable de proclamer qu'elle aime autant Beethoven que le punk, ne pas faire d'échelle de valeur entre Ozu et Martin Scorsese".

Et hier soir, durant le long trajet RATP du retour, le livre lu m'a paru un joli symbole de cet échange à deux dimensions qui génère une nouveauté. "Les soldats de Salamine" , de JavierCercas, l'histoire d'un journaliste enquêtant dans les années 90 sur un événement de la guerre civile Espagnole. Période forte du passé espagnole, rapport de la société actuelle à cette histoire, et un joli sens du portrait, de la conduite du récit, avec dans la cinquantaine de pages lues, une ou deux magnifiques digressions.