Changement d'identité pour un bavard
A peine une dizaine de messages postés et mon nouveau blog change déjà de nom : "Le cahier d'un bavard d'art" devient "Le cahier d'un bavard d'oeuvres".
Finis la passion folle et les grandes confidences - les coups de chaud passagers.
Une tendresse régulière, suite d'affections, collier de détails de voyage. . . . . . . . . . . . . . Un état d'esprit.
A peine une dizaine de messages postés et mon nouveau blog change déjà de nom : "Le cahier d'un bavard d'art" devient "Le cahier d'un bavard d'oeuvres".
Petite évolution dans ce blog....
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Robin LE WILLIAM-NORTH
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Début octobre, la température baisse, le travail vole bas et les vacances semblent loin, celles d'été comme les fêtes de fin d'année. Conditions idéales pour un petit coup de fatigue quand, soudain, on réalise que la nuit tombe bien tôt, maintenant, et que l'ombre dure le matin.
Et le silence s'est posé sur la Grand Place presque instantanément. Un riche silence, lourd d'attention et de respect, profond silence ému qui prend les audiences quand les spectacles se font rares et puissants. Les deux accords de guitare de "No Surprises" ont suffi, et il n'y a plus qu'à écouter le morceau sans plus oser bouger, comme les 27.000 compagnons dont seuls les yeux remuent encore doucement.
Quelques minutes auparavant, un chuchotement avait surgit doucement, "là, ce n'est pas le moment d'éternuer".
Qui oserait ?
Un rare assemblage, le plus grand groupe du monde jouant sur une scène de festival patrimoine mondial de l'UNESCO ce dimanche 6 juillet. Radiohead offre ses mélodies mélancoliques au milieu de la Grand Place d'Arras et des façades flamandes sur les quatre côtés, tant de superbes chansons d'un répertoire dense flottant devant les pierres usées, et presque aussitôt, toutes les interrogations s'effacent. Qu'importe le cachet astronomique du groupe, l'ambiguïté de son discours politique, tiraillé entre les prises de position écologiques et la signature pour Live Nation, énorme société de production tenant presque du fond d'investissement. La mise en scène délicatement snob ne compte plus tellement, les écrans géants aux images colorées n'agacent plus, et les tringles blanches pendant sur scène semblent belles, de tels morceaux rendent les choses évidentes, surtout avec un tel chanteur.
Thom Yorke attire toute l'attention sur lui, jouant pleinement de son charisme dépressif, affreusement timide et pourtant le personnage central du groupe, sans hésitation.
Il maugré du bout des lèvres un merci sans accent britannique, et l'on entend juste l'émotion de sa voix, cette tonalité qui agrippe l'oreille même au milieu des mélodies et des assemblages complexes du groupe. Enorme basse magnifique, on écoute toujours sa voix, tout seul sur scène à la guitare, l'unique instrument tire sa fragilité de la riche voix émue, et de même en duo, ou encore en dansant comme un pantin maladroit d'une manière affreusement ridicule. Qui pourra se moquer longtemps d'un tel être, capable de diffuser au plus grand nombre des chansons à l'angoisse si profonde ?
We hope
That you choke
Exit Music (for a film)
Un résumé de tout l'art actuel de Radiohead. Thom Yorke début seul en scène, dans l'ombre, une guitare acoustique qu'il gratte à peine sous sa longue plainte, une minute, peut-être moins, qui sait. Des chœurs s'approchent doucement, puis les autres musiciens surgissent, déchaînant leur rock moderne et travaillé, soulevant encore et encore l'émotion par l'énergie, la scie de guitare et la basse ronde et oppressante, qui pousse la voix toujours plus haut, plus vaste, si profonde qu'elle éteint les derniers hurlement électriques. Les lumières s'éteignent encore, Thom Yorke de nouveau seul, et répétant sans fin
We hope
That you choke
We hope
That you choke
Juste une voix en bout de course, comme épuisée, et qui répète encore ces quelques syllabes.
Le désespoir comme seul source d'énergie, malade mais inépuisable.
Alors, comment ne pas être impressionné par deux heures à soutenir une telle énergie, à faire partager autant d'émotions délicates ?
J'ai été ému, touché, ravi et tellement fier, la joie de goûter un joli moment musical. De ceux que l'on peut se fixer comme rêve à réaliser durant sa vie d'amateur de musique, assister à un concert de Radiohead. J'ai été touché et ravi, mais les larmes ne sont pas montées irrésistibles et soudaines comme pour certains concerts, pour le lyrisme théâtrale d'Arcade Fire, pour la saturation brutale du "Great Love Song" des Raveonettes, pour trois riffs d'AC/DC, pour les pitreries d'Architecture in Helsinki ou le sample des Village People utilisés par les 2manydjs.
J'ai été profondément ému presque deux heures durant, sans vraiment être rattrapé par un bouleversement impérieux, car ces vagues d'émotion m'avaient emporté par surprise lors du concert précédent.
Tout d'abord, cinq musiciens isolés aux quatre coins de la scène, un barbu assis à l'orgue, un bassiste élégant à la calvitie creusée sur la droite, un batteur en marcel vert portant couronne de papier, un guitariste caressant ses cordes électriques à l'archet. La cinquième reste presque immobile, elle n'a pas dû jouer plus de six notes de son xylophone durant ce premier morceau. Un titre long, doux qui agrippe très lentement, une atmosphère profonde et calme peu à peu défilée en longues notes de guitare et chant aigu et soutenu.
Puis trois jeunes filles rejoignent la première, et forment un quatuor à cordes, et l'ambiance s'enrichit, tire plus fort sur l'épaule pour chuchoter dans l'oreille, viens, viens, écoute doucement les yeux fermés. Je regarde les nuages par-dessus la scène, ferme parfois les paupières et pose souvent un doigt sur mes lèves, perplexe et surprise, la musique des islandais de Sigur Ros me conquiert sans effort par de longues caresses douces et contemplatives, m'offrant, généreuse, l'ivresse que l'on trouve dans les larmes.
L'exquise perte de repères émue, le vertige de l'émotion imprévue, car au troisième morceau, ce sont cinq nouveaux musiciens qui entrent en scène, cinq joueurs de cuivre comme une fanfare sortie du film "Nous, les vivants". Sigur Ros laisse éclater son profond sens de la scène, car ces cinq musiciens s'avancent tous vêtus de blanc, une livrée immaculée affichant une chaînette dorée sur l'épaule sous un chapeau melon du blanc le plus profond. Un grand barbu sourit à mince à mèche aux faux airs d'Owen Wilson, et je réalise alors que le quatuor féminin évolue avec une égale unité vestimentaire. Quatre robes flottantes identiques, dans quatre tons forestiers unis, et chacune porte une grosse fleur sur la tempe gauche.
Mais, tout au milieu, le chanteur à l'archet dessine un personnage sensible, fragile et émouvant, une forme qui flotte pour longtemps dans les mémoires. Une plume surplombe chacune de ses oreilles, fixées aux bouchons auditifs mais parfaitement raccord avec la silhouette d'elfe. Blond, un étrange pantalon large et brun ou vert, des chaussures du Moyen Age, une petit crête et un léger strabisme divergeant. Tout un mystère qui s'envole dans les accents surprenants de sa voix, les bourdons qui laissent vibre dans tout son corps, au point de placer souvent le micro sur son front ou le bout de son nez, ce son charnel qui enveloppe la place et touche chaque gorge, chaque poitrine et chaque cœur.
La musique fantastique se trouve magnifiée par la présence de ce groupe qui libère sa joie de jouer et la fait partager, me rappelant de mémorables souvenirs de théâtre. Tout le monde jouant tout le temps toute la pièce. S'amuser sur scène, et se laisser porter par l'énergie qui s'installe peu à peu. Ne pas forcer les choses, construire la tonalité peu à peu, par longues phrases répétées doucement en islandais, avant de déchaîner la batterie et la guitare, après dix minutes de morceau peut-être, et de laisser l'ambiance se détendre à nouveau. Alors, faire tomber doucement quelques morceaux de papier neigeux crée parfaitement un tableau magnifique.
Aucun morceau ne sera joué par Sigur Ros au rappel, Live Nation ne veut pas de retard sur l'horaire. Mais les musiciens reviendront tout de même sur scène, se tenant tous par l'épaule pour un superbe salut, digne d'une des plus belles troupes de musiciens.
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Robin LE WILLIAM-NORTH
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- Je pense que c'est le meilleur concert que j'ai entendu de toute ma vie.
Trois bouteilles de Beck sur une table près de l'entrée du djäzz, il est 23h30, et un de mes camarades allemands dort debout. Un vague groupe de rock joue dans cette petite boîte de Duisburg, trio guitare - basse - batterie, et l'ensemble manque d'envergure. Le chant trop fort navigue sur une ligne de basse à une corde et un batteur qui adore frapper ses cymbales sans arrêt. Qui'importe, nous sommes ici pour déguster une dernière bière, un after sans prétention pour laisser sécher un peu plus la sueur qui a inondé le dos de notre T-shirt.
Le chanteur tente une blague sur une ancienne petite amie française, qui fait sourire les six personnes enthousiastes du public, et au travers des couches de cette ambiance clair obscur, j'observe de loin une mignonne adolescente qui se déchaîne, ravie, sur cette musique médiocre et sans vraie énergie.
Moins de deux heures plus tôt, de semblables adolescentes bondissaient euphoriques au milieu du public dans lequel je me noyais avec délice. Un incessant pogo à la violence contenue, tous ces adolescents bondissants sur place et rebondissant les uns sur les autres, sans jamais atteindre un degré d'agressivité déplacé. Tout simplement un énorme chahut partagé jusque dans la collision des corps, l'instabilité des appuis, les glissades et les quelques chutes, toujours entourées avec prudence, afin d'éviter les écrasements. Une folie sans limite apparente et dont le niveau d'engagement est intense et éprouvant, mais qui s'est toujours faire une pause quand une borne ou deux ont été dépassées.
Mais, même si l'agressivité n'atteint pas la violence extrême d'un concert de métal, avec cuir, pique et maquillage gothique, ce concert de Deichkind reste une expérience musicale rare et sportive, bien éloignée des quelques concerts acoustiques que j'ai pu fréquenter l'an passé sur Paris. Voici le hip-hop allemand dans son versant électronique, auquel adhère une vaste foule enthousiaste, et particulièrement jeune. Toute une batterie d'adolescents à casquette et polos à rayures horizontales, d'adolescentes à T-shirt ou débardeur, de jeunes aux bandeaux fluos tricotés au point de croix, et la moyenne d'age ne doit pas beaucoup dépasser les 21 ou 22 ans. Me voici à nouveau parmi les plus agés, et cette fois-ci de loin, sans que j'aperçoive quelques amateurs adultes pour me rassurer, comme au précédent concerts de Justice ou Hot Chip.
Je suis un des doyens, et me voici redécouvrant les joies du pogo et des sauts en tout sens sans regarder la scène, me frottant à des jeunes filles apparemment bien plus à l'aise que moi, bousculé par de grands types baraqués portant des verres de bières consignés. Je me surprends à surnager et apprécier ce défoulement partagé, jusqu'à ce que mon lacet commence à se desserrer doucement, jusqu'à ce qu'un coude percute mes lunettes et les envoie voler à terre, perdues dans l'ombre du dance floor poisseux.
Après cette accès d'émotion, je me réfugie derrière un pilier, sur le côté gauche. Trois adorables allemands m'ont été à retrouver mes lunettes, la branche droite juste légèrement tordues, et encore, mais je ne sens pas d'humeur à plonger à nouveau dans l'embrasement festif du public. Et ainsi, je peux observer un peu plus les quatre MC de Deichkind, cet étonnant groupe difficile à qualifier.
Car aucun DJ ne les accompagne, la musique sort d'on ne sait où, et les quatres rapeurs se démènent armés de micros sans aucun instrument. Du show pur, une sorte de grande soirée disco sur laquelle flotte les paroles hurlées par ces gugus déguisés, essentiellement munis de leur énergie débordante. La première partie avait, d'une certaine manière, parfaitement planté le décor, avec plus de trente minutes de vidéos comiques faites à la main défilant sur écran sans aucun groupe, un enchaînement de striker courant nus sur des terrains de football, de courses de caddies et autres délicatesse saturant le réseau de youtube et dailymotion. Surprenant, mais la suite allait garder la même note, avec l'entrée sur scène des quatres artistes, le corps enveloppé dans des sacs poubelles avec des bandes fluo, le visage caché sous des pyramides triangulaires. Est-ce encore un concert ?
Ils vont parcourir la scène, se pousser les uns les autres, lancer un bateau gonflable dans la foule avant de s'amuser avec un grand château en caoutchouc de gosses, de jouer de la basse en sautant sur un trampoline, d'actionner une corne de brume fixé à une tête de mort vaudou de carnaval. Le fond sonore est un mix efficace de basses et sonorités électronique, sans grande subtilité, mais il remplit parfaitement sa fonction de musique festive capable de déclencher les bondissements et les applaudissements du jeune public.
Le manque de profondeur musical de l'ensemble éclatera d'ailleurs au moment du rappel, atteint après à peine 45 minutes de concert : la musique qui sort des énormes enceintes devient soudain étrangement familière, puisque, coup sur coup, surgissent un morceau de Beni Benassi, puis Rocker d'Alter Ego, diffusés en version originale. Peut-être était-ce déjà le cas d'une partie des titres joués précédemment ?
Et le concert se conclue par un nouveau Yippie Yippie Yeah, joué pour la deuxième fois de la soirée. Une heure de concert environ et un jeu de scène similaire à celui du précédent concert auquel avaient assisté mes camarades, mais aucune déception sur leur visage ruisselant de sueur. Deichkind, on ne va pas tellement les voir pour la finesse ou l'originalité musicale, pour l'intensité euphorique qu'ils déclenche, comme une énorme soirée dans un club dément, concentrée en une soixantaine de minutes.
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Robin LE WILLIAM-NORTH
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Libellés : .concert, .musique, 2008.03 Allemagne, party
Laid back
We'll give you laid back
Tu parles !
Les stroboscopes éclatent à haute dose, doublés de projecteurs bleus s'agitant en tout sens, la tenture en fond de scène change de couleur sans fin, vaste halot à la brillance extrême, devant lequel se dessinent, parfois, des silhouettes d'ombres, ondulantes, entre deux lumières surpuissantes tournées vers la foule. Les grappes de boules à facettes tournent et dansent, et le public bondit comme jamais, hurlant, cette grande blonde possédée du haut de son mètre quatre vingt dix, c'est l'embrassement sur cette version agressive d'"Over and Over". Laid back, un tel déchaînement ?
Force est de constater qu'il ne reste plus grand chose du Hot Chip de l'album Comin on strong, entendu il y a deux ou trois ans. Les mignonnes balades aux doux synthés sont maintenant étouffées et violentées, mais s'il osent peut-être toujours des rimes délicieusement amusantes comme "Riding in my Peugeot / Listening to Yo La Tengo", qu'importe ? Qui écoute encore les paroles de cette voix envoutante, puisque tout le monde danse sur les rythmiques assourdissantes et saturées ?
Les premiers instants du concert de ce mardi à Köln ont explosé en tout sens, faisant trembler les murs du Gloria, soufflant de leur puissance l'agacement du public. Quelques secondes auparavant, on regrettait encore le retard pris, cette attente surprenante d'avant-concert avec les ingénieurs du son testant encore et encore les mêmes instruments. On pestait contre ces artistes ultra-hype, soudain propulsé groupe le plus bloggé de la planète, et qui prennent la grosse tête. Mais la déflagration a fait reculer tout le monde et tout s'est effacé : processus ne mettant en jeu aucune analyse, simplement une injonction à danser intensément sur cette musique très forte.
Ce volume énorme, ces sons de vieux synthétiseur hurlant, saturés avec une violence surprenante, cette énergie rock s'est avérée aussitôt fascinante pour les vingt ans de la foule. Une nouvelle preuve des mélanges entre rock et musique dance, dans une direction surprenante, introduire le défoulement d'un concert rock dans un petit monde d'électronique et de boîtes à rythme. C'est le chemin inverse de Justice ou Daft Punk, qui utilisent des guitares et des sons saturés pour nourrir leur musique électronique : les Hot Chip n'utilisent que sporadiquement une guitare, mais leur assemblage synthétique se déchaine comme les plus lourds concerts punk. Au pays de Kraftwerk et des robots-mannequins impassibles devant leur clavier, Hot Chip glisse un peu de sueur entre les composants électroniques, ondule très doucement devant les clavier mais avec un grand sourire aux lèvres, et le résultat fait mouche, irrépressiblement entraînant.
Surtout, l'entraînement est particulièrement souriant, l'énergie du rock mais rayonnante, une énergie dont la violence se canalise vers un amusement commun, sans aucune tentation de pogo et de foule heurtée. Il faut dire que l'aspect des musiciens rend la scène présentée encore plus originale, une musique synthétique tournée en défouloir rock par une bande de binoclards au look magnifiquement nerd. Le plus élégant porte une vague veste sombre et une écharpe bordeaux, le moins originale affiche T-shirt et barbe de trois jours, une sorte de Thom Yorke en moins intense, et puis, pas vraiment angoissé. L'idée d'une musique jouée par des outsiders est vieille comme le rock, mais les trois membres en repoussent les limites modernes : le responsable de la boîte à rythme affiche des lunettes anti-myopie de plusieurs centimètres d'épaisseurs, un gros type bouclé plie son T-shirt vert pomme en jouant penché vers l'avant, les épaules molles, sans jamais remonter le micro manifestement trop bas. Gage de profondeur pour sa voix égale, assurément. Mais surtout, comment pourrait-on imaginer un tel leader, lui, un frontman, un homme de devant aussi petit et mal agencé ? Il porte une mèche grasse, des lunettes de prof de maths des années 70, un T-shirt blanc révélant ses biceps mous, à l'unisson de sa voix de distanciée et presque traînante.
Hot Chipp, voici le groupe du XXIème siècle, où tout le monde, n'importe qui, peut monter un groupe pour jouer la musique qui l'amuse. Bip-bip saturés mais kitch, énergie débordante mais à lunettes, idéalement à sa place dans ce Gloria de Köln, aux murs couverts de moquette rouges, où des grappes de boules à facettes pendent un peu partout entre des tuyaux métalliques parfaitement astiqués.
Mais Hot Chip, c'est plus qu'un groupe de la génération Youtube et de la vidéo de tous pour tous, c'est une musique de drogués du lecteur mp3 et de la fonction "lecture aléatoire". Ils jouent fort, mais adorent par dessus tout bousculer leurs refrains accrocheurs, créer de petites ruptures, taper sur un tambour, se taire quatre secondes, puis déverser une techno presque pure. Notre ami bouclé et enrobé glisse un refrain rap puis des paroles aux accents dancehall, la rythmique se rappelle soudain du big beat, les balades évoquent plus le R'nB que les classiques pop, même leurs anciens titres semblent joués sous forme de remix "club". Une musique de bouts épars, de coups de coeurs, de "oh, j'aime bien le dernier... je l'entends tout le temps à la radio, si on tentait quelque chose dans le genre" ! Hot Chip a glissé son lecteur mp3 dans la sono du Gloria pour le faire écouter à ses potes, ils ont monté le son à fond, et ont commencé par les tubes, pour agripper les public dès le début.
Un déroulé de titres surprenant, souvent imprévisible, et parfois, j'aurais voulu échanger l'ordre, garder cette nappe profonde et électronique pour la conclusion. Mais les trois titres du rappel, doux et magnifiques dans leurs échos de danse qui s'endort, montrent que Hot Chip maîtrise son sujet. Look et paroles pleins d'humour, sens du tube immédiat et de la musique jouée très fort, mais, tout simplement, une joli et moderne palette musicale.
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Robin LE WILLIAM-NORTH
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Libellés : .concert, .musique, 2008.03 Allemagne, Köln, party
La foule danse, les mains en l'air dans les lumières bleues et les éclats stroboscopiques, et les danseurs sourient en ondulant à l'étage, cette fille en collant brillant et T-shirt fluo comme posée sur la poutrelle métallique qui soutient la plate-forme.
Installée dans un ancien hangar en brique, avec large treuil par-dessus la piste de danse, voici la Diskothek E-Werk de Köln, et je me surprends avec des visions de l'Hacienda de Manchester, aperçue dans le film "24 hours Party People". Un cadre similairement industriel pour une même atmosphère de danse naïve et réjouie, et pourtant, ce vendredi, les DJs ne sont certainement pas aussi doués que les pionniers électroniques des années 80.
Le DJ de première partie a tranquillement enchaîné les tubes récents, tout sourire et bouche grande ouverte, avec une technique sûre mais sans aucun génie : à chaque fin de morceau, ce fameux ralentissement, cette baisse de rythme pour faire hurler la foule, et relancer ensuite le nouveau titre. Pas vraiment ce qu'on peut appeler un génie du mix, ni dans sa technique ni dans le choix des titres. LCD Soundsystem, LFO, M.I.A., Daft Punk, Bloc Party, cela m'a fait songé à l'expression du NME pour décrire la musique des Chemical Brothers. "Student techno" : une techno moins vulgaire que la dance commerciale des FM grand public, mais moins pointue que les avant-gardes du genre, les minimalistes, les chapelles précises. De la musique électronique efficace avec un peu de classe, pour faire danser les étudiants dans leurs soirées hebdomadaires.
Et Justice assume totalement ce classement dans la "techno pour fans de rock", offrant un plaisir hédoniste entre deux concerts à guitares, mais sans perdre la foule dans des sonorités trop dépaysantes. Les premières minutes du concert ont d'ailleurs été un peu inquiétantes : dix minutes d'attentes après le DJ de la première partie, pas malin pour maintenir l'ambiance qui s'était créée, puis les deux premiers morceaux joués presque à l'identique des versions album... Saturation du son, trompettes de péplum, basse lourde, l'efficacité est là, mais on reste loin de la classe du "Alive 2007" des Daft Punk, dans lequel ils mélangeaient allègrement leurs tubes dans tous les sens.
Cependant, peu à peu, le duo à la croix lâche la bride, et réutilise quelques recettes des deux robots, jetant un bout de "We are your friends" par-ci, une ligne de basse par-là, bousculant un peu les titres enregistrés. Ou, pour être précis, saturant un peu plus le son : pour Justice, la musique se délivre en concert dans l'excès, comme ces vieux groupes de hard rock poussant le volume plus fort dans les stades, pour le plaisir de voir se lever les poings et les gobelets de bière. Mais la foule est-elle ici pour autre chose ?
Et voici la vraie force des Justice, leur sens de la pop et de l'attitude associée. Leur originalité musicale n'est pas fantastique, mais se trouve intégrée dans l'histoire des musiques populaires et euphoriques, immédiates. On entend des guitares hard rock, un passage fait penser à des rythmes big beat des années 90, un peu de house maladroite glisse parfois, un passage hypnotique avec stroboscope évoque des songes une rave party. Une fois enrobé dans une magnifique présentation, l'efficacité musicale devient assez fascinante.Il faut bien l'avouer, cet emballage pop se déploie dans un assemblage réussi, un joli sens du détail dans le décor, presque un geste artistique de pop-art. Leur hypothèse, et c'est peu contestable : le visuel est une clé essentielle pour la réussite pop en musique, et les bonnes idées ne manquent pas ici. La croix lumineuse, brillant en rythme d'une blancheur immaculée. Les platines et les tables de mixage posées verticalement, boutons vers la foule. Les quatre gyrophares. Et surtout, les deux murs d'ampli Marshall, neuf de chaque côté, magnifique trouvaille, jamais le rock basique n'avait été autant exhibé dans un concert électronique. Justice, c'est du lourd, c'est du rock, et c'est tout son mauvais goût qu'on adore assumer avec humour, ce plaisir de brandir le poing avec les doigts en cornes de diable, juste pour jouer au rebelle et donner plus de charme à la sortie du week-end, avant le poulet frites du dimanche en famille.
Alors, non, je n'ai pas changé d'avis sur l'album de Justice et ses faiblesses, mais je plonge avec ravissement dans ce concert, ces bousculades de jeunes portant leur bière, ces gamins avec casquette Run DMC ou jogging fluo, cette femme de 45 ans avec un bustier léopard à côté d'un jeune portant un T-shirt Daft Punk sous sa veste rayée. Le plaisir pop, ce n'est pas que de la musique, c'est participer à une ambiance, s'habiller pour l'occasion avec une chemise blanche sur un T-shirt sombre, et sourire largement en sentant la sueur couler dans son dos.
Et ce vendredi, plus étrangement, j'ai resssenti un peu de fierté française quand la foule hurlait son plaisir. La jeunesse allemande reprend à pleins poumons "We are your friends", et ma fascination se teinte de cette réflexion : les membres de Justice sont français. "Bien sûr qu'ils sont français", m'a dit ma voisine, "leur musique sonne tellement française". La voilà, la culture française à l'étranger aujourd'hui, ces membres de notre Gross National Cool, le Produit National Cool inventé par le Japon pour quantifier les exportations de jeux vidéos et de dessins animés. Penser en terme de nationalité, voici une réaction certainement naïve dans la culture globalisée actuelle, mais j'étais ravi et fier de cette enthousiasme explosant aux premières notes de Daft Punk et de Justice, faisant bondir la foule.
Admirer des murs d'ampli, sauter sur d'abominables sons sur-saturés, se perdre dans des réactions critiques argumentées économiquement, tous ces plaisirs instantanés et fugaces construisent un joli concert. Plonger dans plus de deux heures d'amusement, et s'émerveiller de le voir partager par tant d'invidus. Sur l'estrade à mes côtés, tenant la main d'une amie, une adolescente blonde en chaise roulante a dansé sans faire une pause toute la soirée.
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Robin LE WILLIAM-NORTH
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Libellés : .concert, .dessin, .musique, Gross National Cool, idéal, j'suis snob, Köln, party
- 3, 2, 1, play et partez.
Nous appuyons simultanément sur le bouton de notre baladeur mp3, et commençons à trottiner dans la Lotharstrasse. C'est amusant de voir Doc Nick avec un collant et des tennis aux pieds, et je ne parle pas de son bracelet en éponge...
Le Doc m'a envoyé un message il y a un mois environ : "Reprends l'entraînement. Il faut que nous allions courir ensemble prochainement. Pas de problème si tu ne tiens pas 45 minutes 33, mais bon, si tu pouvais me suivre un peu plus longtemps que 500 mètres, ce serait sympathique..."
Nous avions déjà un peu discuté du jogging et de l'iPod aux Etats-Unis. Particulièrement après mes promenades à Central Park en mai 2007, où on croise autant d'iPod que de coureurs là-bas. Je pense même que, dans Central Park, il est plus probable de croiser un coureur sans chaussure que sans iPod. A New York, on court en musique, ou marche en musique, selon cette mode amusante de la marche sportive, où l'on voit des femmes marcher rapidement, pas trop mais légèrement vite, mais avec tennis, bâtons, bandeau, tout l'équipement, et bien entendu, l'iPod. Par conséquent, oui, dans Central Park, il y a plus d'iPod que de coureurs, même dans les coins où on ne croise que des "sportifs". Alors, de même qu'à l'apparition du gramophone, il a fallu enregistrer des disques pour ne pas laisser les utilisateurs équipés mais sans musique, y a-t-il un marché pour la musique de jogging ? Ou au moins, des musiques plus appropriées que d'autres pour la course ?
"Les goûts et les couleurs, mon bon Cathead", m'avait répondu Doc Nick, un des ses détours habituels pour réfléchir à une réponse élégante. "Forcément, à chacun sa durée de course, son rythme. Un peu comme pour cette fameuse liste mythique, les meilleurs chansons sur lesquelles faire l'amour, dont nous finirons bien par parler. Peut-être au printemps. Mais, pour la course, on peut certainement mettre de côté les morceaux trop rythmés, qui causeraient la tentation d'accélérer le rythme, ou éviter les chansons aux textes trop compliqués, qui accrocheraient l'attention en permanence. C'est une musique d'accompagnement, non ? Un peu comme la musique d'ambiance, telle que l'avait théorisée Brian Eno : sans parole, dans laquelle on puisse entrer sans hésitation, au milieu d'un morceau, et abandonner en cours de la même manière. Qui n'agresse pas mais marche poliment à vos côtés. Court avec vous. Je vais me plonger un peu dans la tentative de LCD Soundsystem, et nous en reparlerons prochainement".
En effet, LCD Soundsystem a publié un mix entièrement dédié à la course. Commandé par Nike lui-même, au départ uniquement disponible par téléchargement, et intitulé 45:33, la durée de la course. Parfaitement phasé sur le rythme de course de James Murphy, avait-il assuré au moment de sa sortie. Les critiques rocks comme Pitchfork ou le NME se sont bien amusés avec ce morceaux, mais le mieux n'est-il pas de se mettre soi-même dans les conditions ?
Donc, sur les conseils de Doc Nick, j'ai repris la course il y a un mois environ. Par petites tranches de dix minutes d'abord, deux ou trois fois par semaines, puis en allongeant un peu la durée, et le mix de LCD Soundsystem n'est certainement pas étranger à la régularité de mon investissement. Quand on est fan, il faut l'assumer jusqu'au bout, et je ressens toujours une certaine excitation à sortir courir dans la brume de Duisburg, la douce impression d'enfiler un costume de New Yorkais : tennis, jogging aux couleurs un peu vives, et ce fameux baladeur mp3, et ce mythique mix, dont j'ai déniché la version CD au bout d'un grand magasin de disques de Cologne. En version Import, en plus.
Le soleil de cette semaine nous a poussé à fixer une sortie commune pour ce week-end. Il fait moins doux qu'en début de semaine, mais la lumière est éclatante quand nous tournons derrière les bâtiments L de l'université de Duisburg-Essen, dans la rue passant derrière les beaux pavillons de la Lotharstrasse. Nous n'avons pas dépassé les deux minutes trente, toujours la partie échauffement du mix, sa montée progressive. Nous entendons le passage à la 2ème piste juste avant d'emprunter le pont qui enjambe l'autoroute, le rythme monte tout doucement, piano, claquement de mains, et c'est heureux, la montée s'étend raide et longue avant de rejoindre le bruit incessant des voitures. Mais c'est à ce prix que nous pouvons atteindre le bois.
Je sens l'envie d'accélérer du Doc, mais il m'attend encore, et d'ailleurs, il ne connaît pas bien la région. Etrange, cette discussion silencieuse tous les deux, presque silencieuse. Le Doc ne peut s'empêcher de reprendre les rares paroles de cette piste deux, cette piste de lancement : une alternance amusante de "Shame on you" et de "You're number one for me", qu'il crie en plongeant dans les bois. Les promeneurs du dimanche nous regarde, et surprise, il y a aussi des marcheurs, avec tennis, équipement, paire de bâtons, lecteur mp3...
Les faux-plats du bois m'incite à la prudence, délicat passage à l'approche des 8 minutes de course, mais c'est le moment où s'avance le 3ème mouvement du mix, la version instrumentale de mon "Someone great" adoré. James Murphy a-t-il emprunté le même parcours que moi avant de mettre au point son mix ? Ces battements, ces sons électroniques frottant doucement une baudruche imaginaire, ces claquements de xylophone, toujours aussi envoûtants, et d'autant plus quand on connaît la version chantée. D'ailleurs, dans son élan chanteur, le Doc n'y résiste pas, il entonne doucement, "The little things that made me harassed, Are gone, in a moment. I miss the way we used to argue, Locked, in your basement." A peine entrecoupé de ces respirations, bien moins prolongées que les miennes. Je ne pourrais jamais chanter ainsi, il me manque un peu d'entraînement.
Mais quand le xylophone reprend le refrain, clair, naïf et beau, je n'y tiens, et me lance en choeur avec le Doc "And it keeps coming" encore et encore, une douzaine de fois, avec montée dans les aigus qui me tue définitivement. Je m'arrête, et le Doc continue. Il retrouvera bien le chemin, il suffit de se guider au son de l'autoroute, il trouvera.
Et d'ailleurs, c'est à peu près l'instant auquel je m'arrête d'habitude. Effet combiné de la durée déjà parcourue, vingt minutes, ma limite en cette phase de reprise, et puis surtout, de l'accélération du mix de LCD Soundsystem. Tout d'abord avec des tam-tam et une voix vocodée évoquant l'espace, une montée dont l'euphorie me pousserait certainement jusqu'au point de côté. Sans parler de la 5ème plage...
"J'adore la 5ème partie, plus rapide, avec sa trompette bizarre, sa basse bien précise, ses voix qui sortent de nulle part", me lance Dock Nick en arrivant à la Guesthouse, une vingtaine de minutes après moi. Il sourit sous la sueur. "Le NME a évoqué "Papa's got a brand new pigbag" pour ce morceau. Cela m'a plu, je zappe la plage 6 et ces douze minutes de descente un peu molle, et je lance Pigbag : tatatata tatatadonnonnon. Tu as une bière, Cathead ?" Si James Murphy permet à tous les rockeurs d'atteindre une telle santé physique, les reformations de vieux groupes ne vont pas manquer dans les prochaines années.
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Salut Cathead.
Bonsoir Doc. Ce soir, comme d'habitude, je viens vers toi pour ta large culture musicale, ton sens du rock et de la pop. Pour un sujet certainement trop vaste, mais sur lequel j'aurais besoin de quelques éclaircissements. Les chansons de rupture. Sans aucune arrière-pensée politique...
Je vois, les chansons déchirantes écrites après une rupture amoureuse. Une recette éprouvée de la pop, non ? Un auteur-compositeur se sépare douloureusement de sa compagne, son coeur saigne, et forcément, artiste aux sentiments à fleur de peau, il exprime sa peine par son moyen de communication favori, la chanson. L'histoire du rock regorge de ces âmes en peine, enfermée dans une cabane dans la forêt, ou traînant pendant des semaines dans les draps défaits d'une chambre solitaire. Pour en sortir finalement armées de quelques mélodies où suintent les larmes, plus ou moins subtilement. On retrouve là toute la mythologie du rock, où la chanson se doit d'être sincère, de refléter l'esprit torturé de l'idole. Tout un côté voyeur du rock, sentir la star vacillante, comme Cobain avec la drogue : oh, ses paroles sonnent tellement justes. Mais finalement, une tendance très générale de la société contemporaine, sur laquelle se nourrit le succès des blogs, toutes les exhibitions intimes. Et là, la différence entre le blogueur du coin et l'artiste se joue au niveau de l'exécution. De la qualité. De l'art, tout simplement : l'artiste Sophie Cale a ainsi publié le journal intime d'une de ses ruptures, notant jour après jour ses impressions, et sa démarche artistique tient plutôt la route, là.
Oui, chapeau pour avoir caser Sophie Cale. Et ensuite ?
En fait, j'attends d'en savoir plus. Tes attentes, tes orientations. J'ai débité cette tirade plus ou moins en pilote automatique. Je t'imagine mal évoquer des chansons de rupture sans rien avoir à l'esprit...
Comment dire ? Tu vois, j'ai cette chanson qui m'obsède depuis un mois environ. Ce titre fou d'Of Montreal, The past is a grotesque animal. Je n'avais jamais été obnubilé par une chanson de 12 minutes, alors je demandais si ça pouvait être lié à son caractère de "chanson de rupture".
Ah, Of Montreal. The past is a grotesque animal... Un sacré titre, fascinant en effet, une drôle d'expérience.
Je me suis laissé prendre par sa rythmique basique, sa longue bande musicale déroulée sur douze minutes, à première vue lassantes. Mais je me suis trouvé agrippé par les paroles presque incantatoires. Ce mélange imprévisible.
C'est en effet un bien surprenant pot-pourri. Un début comme une chanson new wave un peu classe, bien carrée, qui s'est retenu de certains penchants commerciaux des 80s, un titre qui aurait su capter l'esprit des petits groupes new wave. Leur danse statique. Mais étirer si longtemps cette rythmique, ces sons de synthétiseur répétitif, cela ferait plus penser à du prog rock, à du krautrock, éventuellement au glam prog de Roxy Music sur Mother of Pearl. Ce qui est cohérent avec le déchaînement instrumental des trois dernières minutes. Mais il ne faut pas oublier les feedback de guitare noise sur les premières secondes, et surtout, ses paroles sans fin.
Et quelles paroles. Je suis tombé amoureux de cette écriture, ces lignes et ces lignes qui ne semblent pas vouloir s'arrêter. Les paroles douloureuses qui se bousculent très lentement sur les lèvres, comme s'il fallait quelques secondes entre chaque vers pour bien formaliser les sentiments. Pour parfaitement trouver la formule adéquate, le vocabulaire recherché. On se trouve toujours au bord du cliché, de la poésie d'adolescent mélancolique, et pourtant, cela ne me paraît pas sombrer dans la facilité : "Sometimes I wonder if you're mythologizing me like I do you", c'est assez fort de placer un tel vers dans une chanson rock !
De l'excès, pousser l'excès dans ses plus profonds retranchements : ton couple bat de l'aile, vous vous engueulez, et tu ne te sens pas en forme. OK, ce serait un beau tour de force de faire tenir cela en deux ou trois couplets et trois minutes de balade, mais trois minutes, même belles, c'est presque frustrant alors, si tu en sens le besoin, pourquoi te retenir ? Noircis ton carnet de vers, d'allusions à Georges Bataille, de fille hystérique hurlant "Violence !", de cruauté prévisible, de jets de légumes à la figure, d'une pointe de regrets. Pas de demi-mesure ! Autant se lâcher, comme si c'était la première chanson de rupture jamais écrite, comme pour réinventer le genre. De toute façon, chaque rupture est douloureuse comme la première, si l'affection est profonde. Et cette sensation de réinvention s'entend tout au long de ce Past is a Grotesque Animal : oui, je l'ai rencontré, voici l'homme qui a découvert le chagrin d'une fin de couple. Innocence et sincérité, associée à une exploration formelle, ce n'est pas très éloigné de Someone Great, la chanson de LCD Soundsystem qui te passionnait à l'automne dernier...
C'est vrai. On retrouve une alliance similaire d'éléments hétérogènes. Une musique originale et surprenante, qui lutte avec de longues paroles sincères.
Tout à fait. Ce ne sont pas de bêtes chansons de ruptures à une dimension : pas du tout une mélodie triste sur laquelle on murmure des paroles tristes tout en ayant l'air triste, oh tellement, tellement triste. Ici, dans les deux cas, la musique et les paroles s'enrichissent réciproquement sans parcourir les mêmes sentiers. Chez Of Montreal, une mélodie sans fin et toute la violence des disputes affichée comme en direct, et chez LCD Soundsystem, un délicat assemblage électronique porte la mélancolie douce d'une relation déjà derrière soi. Et, même si on sort alors un peu du cadre de la musique elle-même, le physique des chanteurs enrichit également le trouble, le décalage de ces riches chansons. Ce gros nounours de James Murphy, les larmes aux yeux dans la vidéo d'All my Friends : il vante le jujitsu brésilien dans ses interviews, et le voici qui évoque sa peine, avoir perdu quelqu'un d'important, Someone Great ! Le chanteur d'Of Montreal est plus surprenant encore, dans les images de concert. Le voici totalement maquillé, une vraie star glam, avec paillettes sur les yeux, chemise vert pomme et joues rouges, et c'est ce pierrot en jean slim blanc qui nous hurle sa douleur pendant douze minutes... Certains crieront au manque de cohérence, je suis plutôt tenté de trouver cela impressionnant, de montrer la coexistence de plusieurs facettes !
Mais non, nous ne sommes pas un... Merci Doc pour tous ces détails.
Qui ne nous empêcherons pas d'évoquer une autre fois d'autres exemples de chansons de rupture. Pas le genre de chansons à passer de mode.
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N°1
Elle a cessé de croire au Prince Charmant, m'a dit cette année une amie de 35 ans.
Je suis tout à fait d'accord avec elle, pourtant, je pense encore et encore à ce disque. Je le repasse souvent sans aucune lassitude, avec le même émerveillement, une redécouverte à chaque fois, il est parfaitement séduisant, et j'y songe souvent dans la rue. Il n'y a pas de Prince Charmant, mais ce n'est pas incompatible avec l'existence de coups de foudre.
Hop, une soirée, et je partage un verre avec cette vieille connaissance. Léger embonpoint, style quelconque, en fait, je ne connais pas très bien ce type, j'ai retenu son style très personnel de danse une bière à la main, les deux ou trois blagues que j'ai pu entendre, plutôt amusantes. J'ai écouté son premier album, quelques uns de ses mixs, très agréables. Mais nous n'avons pas dû échanger plus de trois phrases, nous ne devons pas vraiment connaître nos noms de famille respectifs. Ou alors il a plus de mémoire que moi.
Ce soir-là, une soirée sympathique avec une jolie foule, et l'on s'est croisé, on papote accoudés à un mur, dans le passage, juste à côté de la porte des toilettes dont le verrou paraît si traître. On l'entend être tordu en tout sens, résistant, et celui qui finalement émerge affiche une mine à peine rassurée, pris au piège de longues minutes aux toilettes. Pas un choix délibéré de nous poster ici, mais c'est amusant, régulièrement, ces petites paniques, et cela laisse malgré tout le temps d'une agréable conversation. Un échange fluide où les sujets évoqués s'enchaînent sans problème, des opinions partagées sur l'amitié quand on vieillit, sur la mélancolie douce d'une rupture mais aussi sa si belle beauté triste. Et aussi tout son sens de l'humour, le rythme qu'il sait donner aux mots, mélange de distance et d'énergie, son regard sur la vie urbaine, sur les manières de faire la fête.
L'ambiance autour de nous résonne doucement de cette entente découverte, cette amitié évidente qui s'installe. Ces points communs font écho à certaines de mes préoccupations profondes, sentiments revenant régulièrement, ou même opinions inconscientes qui se révèlent ainsi. Découverte d'un ami tel qu'on en attendait un depuis longtemps, sans totalement le savoir, comme pour le hasard provoqué que présente André Breton dans l'Amour Fou : l'entente lors d'une rencontre n'est pas totalement fortuite, elle réveille des aspirations lointaines, parfois cachées. Tout s'assemble, un pur coup de foudre amical, cocktail de détails et d'attitude.
You spent the first five years trying to get with the plan,
and the next five years trying to be with your friends again.
Comment résister à ces paroles ? L'amitié d'abord, ou les projets, la famille à fonder, la carrière ? Et toute la puissance discrète d'un regard qu'il détourne en parlant, but where are your friends tonight ? Puis les sifflements, les petits coups, les mains dans lesquelles on frappe délicatement, tout doucement, le coeur encore gros en songeant à cette silhouette qui n'existe plus pour nous qu'en noir, the worst is all the lovely weather, I'm sad it's not raining. La joie de l'entendre baisser la voix pour une balade, ou répéter encore les mêmes syllabes dans son emportement, de découvrir ses blagues, ses synthés pas vraiment originaux, qui semblent parfaitement ajustés avec tout le reste, qui surgissent toujours magnifiques et me donnent le sourire. Je ne m'en lasse, je fait régulièrement mon délice de LCD Soundsystem et de son splendide Sound of Silver, et le sentiment devrait rester profond encore longtemps.
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N°2
- Happy Birthday, Panda Bear.
Un gâteau arrive avec bougies, et toute la Maroquinerie chante en choeur pour fêter cette occasion, une communion de groupe supplémentaire après la prestation hypnotisante du groupe Animal Collective. Geolist tripatouillant les boutons de ses nombreuses consoles, guidé par sa lampe frontale, un chanteur bondissant à casquette molle, frappant parfois une batterie, et au bout, tout à droite, Panda Bear, ses samples bidouillés, sa voix claire. Le trio livre une musique agressive et répétitive et magique, des instants jamais entendus ailleurs, une transe de percussions, de boucles électroniques et de chants remplis d'échos, une pop d'avant-garde qui n'a plus rien de pop, en fait. Mais la salle est pleine et entraînée d'un seul mouvement, une expérience unique, et même sans le magnifique Peacebone paru cette année.
L'expérience est unique et enrichissante, comme celle d'écouter le vieux live du groupe, Hollinndagain, extrême, fou, quasiment sans chanson mais juste de longs morceaux de bruits et de nappes sonores. Une expérience unique et éprouvante.
Mais j'ai eu le courage de plonger dans de telles expérience uniquement après avoir écouté les morceaux de l'album que Panda Bear a publié cette année en solo, Person Pitch. L'album est irrigué par toute cette gestion du bruit avec Animal Collective, leur travail sur les boucles, les sons électroniques, et leur mélange avec des voix claires. Mais les bruits se sont adoucis, l'énergie s'est canalisée pour bousculer la pop mais en conserver la douceur et la caresse, un psychédilisme moderne à la beauté étrange mais profonde, une séduction débordant d'images pour qui ose se glisser dans cette logique. Une mise en scène où les variations et les détails prennent leur temps pour vous prendre par la main, vous emmener loin.
Ainsi, une chouette hulule doucement, dans le silence, puis hulule de nouveau, et débute une promenade à Lisbonne. Promenade à vélo, on entend le roulement permanent de la chaîne, un délicat soufflement de vaporisateur au démarrage, ou le soupir d'une pompe, puis seul le roulement de la chaîne continue, encore, et encore, tout doucement. Sur le porte-bagage, Panda Bear chantonne dans notre oreille, un chant lointain dans lequel il aime introduire des échos, surprendre par des changements de hauteur, et l'on se laisse bercer par tous ces roulements sous le soleil, chant, balancement de la bicyclette, la voix claire, le ciel bleu au-dessus. On reprend de la voix la fin des vers de la chanson, sans chercher à comprendre les paroles, mais les notes soutenues de la fin sont enthousiasmantes, et sur une piste cyclable, on peut crier sans problème. La chaîne s'écoule, encore un soufflement, pompe, ou une vague qui éclate sur la berge, et un petit cheval se glisse à nos côtés, il trottine et ses sabots frappent le sol ferme mais souple, en terre battue. Comme au bord de dunes, et Panda Bear a sauté ainsi sur l'animal. Sur la gauche, une montagne russe, on passe vite, juste le temps d'entendre une vague de cris ravis qui descendent à toute vitesse, et Panda chante de plus belle, tout à côté et tellement loin, sa voix perdue dans l'écho. Plus personne autour de nous maintenant, juste quelques clochettes en sourdine, comme fixées à une clôture, mais bientôt, les environs s'animent, on tape plus fortement, des chocs rythmés, une troupe de tambours juste devant nous. Je tape des mains même à vélo, et dans un champs, un groupe de gymnastes ultra rapides multiplie les mouvements, hop hop hop hop hop hop. Derrière la colline, le carillon d'une église, la sortie de la messe ou plus sûrement un mariage, ses notes métalliques claires et pures, et la chorale doit sortir aussi, on l'entend siffloter également. Une femme dans le fossé écrase un fou rire, ou s'est tordu la cheville, on ne sait pas, rire large et étranglé. Peut-être est-elle dérangée par les pleures du bébé derrière elle, dans la tente, forcément, tout ce mélange sonore, il s'est réveillé, cloches de plus belle, Panda Bear en trois exemplaires qui chantent tous ensemble en choeur légèrement décalé, car la fin approche, et d'ailleurs, des feux d'artifice sont envoyés en plein jour, on entend des tirs continus de fusées entre deux bourdons de cloches et d'orgue, au milieu des voix qui se sont éloignées, car Panda Bear marche maintenant dans le champs, dos tourné, on l'entend moins, et toute sa ménagerie sonore, orgue et fusées, le suit vers l'horizon en diminuant.
Voici la promenade que nous offre les douze minutes du sublime Bros, une folie, un voyage, un sommet de chanson et d'atmosphère, une magie, une nouvelle saturée de détails.
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N°3
Non, je n'écoute pas beaucoup de groupes en français. Paresse, snobisme, envie de dépaysement, goût pour l'anglais, la véritable langue de la pop.
Mais comment résister au charme de Jeanne Cherhal et de son album "L'eau" ? Je l'apercevrai à la Cité de la Musique pour quelques titres, cheveux et jupe très courts pour charisme immense, mais les musique de l'eau m'avaient déjà convaincu. Textes fins, évitant généralement les rimes trop faciles pour explorer des pistes variées, et ils courent sur des musiques à la production limpide, ils courent élancés pour explorer des pistes peu empruntées : évocation humoristique de la canicule, dénonciation délicate de l'excision, récit pudique et profonde d'une nuit d'amour sans lendemain.
Et par dessus plane la grandeur évidente de "Je suis liquide", chanson parfaite qui m'a fait presser Repeat de nombreuses fois, qui m'a fait chanter très fort au volant de ma voiture, bondir, rêver, l'assemblage idéalement équilibré. Une basse hypnotique, un chant doublé et magnifique, un texte simple mais sans facilité, des non non non répétés encore et encore en bout de morceau : une de mes merveilles de l'année.
Je suis liquide de sueur et de confusion
Je suis liquide comme la lave en fusion
Je suis liquide et deviens flaque en un clin d'oeil
Je suis liquide comme la rosée sur les feuilles
Je suis liquide en écoutant couler mes veines
Au-delà de pépites rassemblées, on peut rêver à une trame narrative étendue sur toute la longueur d'un album. Une ville de province morne, son clocher, son microclimat, et un terrain de foot pour laisser jouer les enfants quand les parents se disputent. Une petite ville, et l'école comme chance de sa vie, les bonnes écoles, même si finalement, on se trouve un boulot morne en banlieue parisienne, à partager sa vie avec une fille rencontrée dans un bar, attendrie malgré l'ivresse violente et masculine. Une modeste vie à deux, donc, et le déprime qui pointe, les cachets, la crainte des pendaisons de crémaillères, le dérapage du fait divers, l'opprobre du JT régional de France 3.
Un roman dans la France moderne, voici Rio Baril de Florent Marchet, chef d'oeuvre de musique et d'écriture. Une trame de guitare, de grands espaces, où se promènent des textes sur les attentes parentales, des listes de médicaments à la Pérec, une longue pièce parlée sur la crise des 35 ans, les exclamations des français moyens qui papotent sur les malheurs des autres. C'est rempli de fines observations, juste, puissant et littéraire, c'est un exemple qui donne envie de remettre en cause son écriture et de chercher à progresser et de construire : c'est magnifique, un tel assemblage.
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N°4
Assez rapidement, l'évidence s'est imposé en effaçant toute hésitation : oui, à un mètre à peine dans la magnifique Maroquinerie, joue bien le plus grand groupe du monde.
Un heure auparavant, je me suis approché doucement de la scène, ravi d'être arrivé tôt, d'assister de près au concert de The National. Réputation prometteuse, certains blogs n'hésitent pas à parler ainsi de plus grand groupe du monde, et d'une certaine manière le public autour de moi m'offre une jolie confirmation. Une mère et sa fille, arrivées directement de Lille, discutent en anglais avec un couple : un canadien barbu et sa copine anglaise, effectuant ce soir-là leur premier voyage dans Paris depuis leur ville de Manchester. Le groupe déplace les foules, de très loin, leur musique profonde dont je ne connaît alors qu'un seul morceau doit valoir le détour.
Je suis vierge de sons et d'images concernant ce groupe, et a-t-on souvent la chance de découvrir ainsi des morceaux riches et chargés d'émotion ?
Le groupe s'est faufilé sur scène, assemblant délicatement les éléments de leur musique, guitare fine, parfois quelques notes de piano, tissant peu à peu une toile chaude et douce où court une voix profonde et sublime, des fils peu à peu noués ensemble pour serrer le public très fort et les emmener avec eux. Ils ont commencé par "Start a war", il me semble, et c'est de toute manière tellement logique : deux ou trois accords de guitare et une voix au cocktail étrange, murmure, feulement, presque un vieux vinyle grésillant, avec une douceur et une douleur mélangées, entame caressante à laquelle s'ajoutent progressivement une montée de corde et de batterie, et tout s'éteint rapidement avec délicatesse. Le silence s'écoute alors rempli, et le reste sera beau également.
Tout un enchaînement de chansons riches, posant leurs briques côte à côte et empilant leur richesse émotive, l'investissement des musiciens, et la présence fascinante du chanteur. Ce chanteur offre sa présence sur laquelle reste fixé le regard, ce corps pâle au teint clair, cheveux très blonds, des sourcils presque invisibles, assurément, la présence troublante qu'aurait une fine brindille sur le point de craquer, buvant du vin à même la bouteille, se tordant les mains, murmurant des paroles à la tonalité profondément mélancolique, puis hurlant le même type de chanson debout sur les hauts-parleurs. Montagne russe incessante de désespoir deviné ou imaginé, de détresse, de richesse artistique, de beauté et d'énergie sur le point de déborder.
Tout ce mélange instable, c'est la grandeur que recherche un rock moderne, et c'est pourquoi The National est un très, très grand groupe.
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Libellés : .concert, .liste, .musique, 2007, 2007.12 Avent en musique
N°5
Un concert n'a pas besoin de mettre en jeu des performances musicales de haut vol pour offrir un plaisir immédiat. Certains vous emportent d'eux-mêmes, l'énergie d'une bande dynamique sur scène, l'enthousiasme qu'ils transmettent à la foule, toute la salle qui se met à onduler, un gigantesque partage de chaleur sociale et d'oubli.
Et l'effet est plus saisissant encore quand le groupe sur scène s'affiche nombreux et plus enthousiaste encore que le public. Ils s'amusent ravis, les énergies sur scène et dans la foule s'échangent et se nourrissent, et l'on vit des moments fascinants comme ceux d'un concert d'Architecture in Helsinki vécu au premier rang. Les membres du groupe aux looks improbables, longues barbes rousses, coupe au bol et T-shirt Ghostbuster, leur joie de changer d'instruments, de sauter et taper des mains tous ensemble, des chansons pop qui se dansent en tous sens avec un gigantesque sourire que l'on ne contrôle plus.
Car comment poser des mots sur ces fêtes rock ?
People always ask me
"What's so fucking great about dancing?"
How the fuk should I know?
Yeah, even I can barely understand it
But when the music takes over,
The music takes control
Voici ce que chantent les !!! dans leur hymne, l'indépassable "Me and Giuliani down by the school yard", fantastique pépite de 10 minutes de guitares et percussions et chants pour danser sans fin. Et leurs concerts libèrent une folie collective superbe, plutôt basique, mais à la magie profonde. Huit, dix musiciens sur scènes, deux guitares aux multiples pédales d'effets, trois percussionnistes, deux chanteurs, et des cuivres parfois, des chanteurs qui dansent et se déhanchent et bondissent dans la foule, au milieu des jeunes filles en débardeur qui bougent en tout sens. Ce n'est plus une salle rock, c'est une pure piste de danse, une soirée de libération, une intense perte de contrôle qui résonne longtemps dans le battements de coeur et de tout le corps.
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N°6
Ils sont revenus armés des mêmes beautés efficaces, la voix masculine comme au bord de la crise de larmes et la voix féminine douce et piquante, les courses de batterie, les violons, la mélancolie désabusée chantée à tue-tête en tapant des mains. Ils ont ajouté un orgue d'église, une bible en néon, et Bruce Springsteen est apparu dans les influences évoquées par les critiques.
Dévorer les rumeurs et ne savoir qu'en penser, enthousiasme, crainte : Arcade Fire est revenu cette année pour son deuxième album, et le premier m'avait si profondément touché, leur fantastique concert avec un engagement complet des nombreux membres, leur lyrisme écorché... Qu'espérer, sinon une belle déception ?
Alors je n'ai écouté que distraitement quelques morceaux de l'album, j'ai ravalé ma déception de ne pas avoir de places pour leur concert à l'Olympia en mars.
Puis j'ai dévoré des yeux les Concerts à Emporter de la Blogothèque. Entassés d'abord dans un monte-charge, jouant tout doucement leur nouveau "Neon Bible", serrés et présentant leur cohésion, leur joie de jouer ensemble dans une cellule de prison si cela s'avérait nécessaire, car, qu'importe, on trouve toujours du papier de brouillon à déchirer comme percussion. Puis entassés encore pour une plongée dans la foule de l'Olympia, hurlant leur "Wake Up" dans des mégaphones au milieu des regards brillants grands ouverts, chantant tous ensemble, tous, tous ensemble. C'est cela, Arcade Fire, un long chant tous ensemble, qu'il prenne la forme d'un hymne bondissant ou d'une chanson à guitare acoustique : tout le monde joue le morceau tout le temps.
Et c'est magnifique sur scène, même à Rock en Seine, de loin, au milieu d'une foule trop nombreuse pour se croire encore entre Happy Few. Oui, il y a un orgue sur scène, les choeurs respectueux du public font craindre à un destin de groupe de stade, mais qu'importe, si la même énergie s'écoule sur scène, je ferai un effort et irai souriant voir Arcade Fire au Stade de France. Revoir encore et encore Arcade Fire en concert pour toucher à leur capacité à faire d'un concert rock un superbe spectacle vivant, une joie de jouer, d'échanger leurs instruments, d'explorer des ambiances et des sentiments, qu'ils soient expansifs comme ceux de Funeral en 2005 ou plus sombres et contenus comme sur Neon Bible, riche et discret concentré d'émotion. Peut-être pas le meilleur album de l'année, mais assurément le plus beau groupe du monde.
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N°7
La basse ronde et dansante alterne avec les morceaux punk balancé énergiquement, le mélange explosif de la compilation Post - Punk vol. 1 déjà évoquée, et au milieu, une délicate chanson pop. Une reprise de Lola par The Raincoats, le tube des Kinks chanté presque à l'identique par ce groupe féminin en 1979. Le même roulement de batterie, une guitare à la caresse similaire, les paroles déroulées avec respect et enthousiasme, pas évident de décrire précisément ce qui diffère de la version des Kinks, peut-être une douce énergie insouciante et brute, le son moins dense comme sorti d'une minuscule répétition improvisée, le charme de voix féminine haute perchée, un sentiment d'urgence mystérieux.
Découvrir ce titre en août, à Londres, dans le pittoresque magasin Rough Trade de Brick Lane, a été une délicieuse surprise, bondir dans le Tube en fredonnant LOLA L O L A LOLA, un plaisir dérisoire et profond pour un amateur de pop. Les paroles coulent d'une facilité magnifique, des phrases courtes, mais variées, capables de mêler d'entraînants lalala à une histoire de travesti nommé Lola. Un petit chef d'oeuvre pop, un récit peint en quelques vers, une grande réussite.
Puis cette chanson est revenue vers moi en septembre, une scène de fête chez des drogués au milieu des années 80, un passage d'une très belle justesse au coeur du film "Tout est pardonné". Tiers du film, le début s'est affiché classique, agréable sans générer une séduction irrésistible, mais depuis quelques minutes, le ton s'est infléchi, élargissant le propos, et il ne va pas tarder à emporter le morceau. Car apparaît ainsi cette musique claire mais underground, une énergie irrésistible et douce, le choix fonctionne parfaitement, et j'ai envie de sauter bras en l'air avec ces jeunes, puis d'embrasser ma voisine dans ce cinéma du quartier latin, pour lui faire partager ma larmes joyeuses face à cette redécouverte. Vive le cinéma sensible, les beaux plans face à un mur de briques, les filles au regard instable, et celles qui chantent à deux leur chanson préférée en riant.
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Libellés : .films, .liste, .musique, 2007, 2007.12 Avent en musique, j'suis snob
N°8
Le garçon passe le relais à la fille, rotation continue en haut d'une plate-forme qui monte et descend en haut au bout d'une grue, et parfois, des jets de flammes jaillissent verticaux. La longue avenue débouche sur la place de la Bastille, sur une scène mollement pop rock au bout, et pourtant surchargée pour la Fête de la Musique. Mais les groupes n'existent plus au pied de cette grue entre les arbres, juste le couple Scratch Massive qui distribue les sonorités électroniques les plus récentes, et la foule danse avec enthousiasme, fournie sans être surchargée. Une danse d'oubli, de sourire partagé et sans hésitation, et le couple sur la plate-forme rayonne lui aussi face à cette fête où tous crient et lèvent le poing dans les instants les plus euphoriques.
Se glisser ravi dans cette ambiance hédoniste, moderne, certainement convenue, mais bien agréable.
Et plus agréable encore face à la grand scène d'un festival comme Rock en Seine, où la foule se fait plus dense, où les oscillations de la danse se diffusent avec une amplitude fascinante, où l'emportement électronique conquiert peu à peu le public aux racines rock, guitare et chant. Voici les 2manydjs en duo magique au coeur de la nuit qui descend doucement, tripatouillant sans cesse leurs boutons en parallèle, et l'ivresse se fait irrésistible dès les premières mesures de YMCA, reprises en boucle pendant trois minutes de quelques notes inachevées, excitantes, frustrantes et ébouriffantes, et le parc de St Cloud ondule sans fin, un rêve festif partagé à tellement.
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Libellés : .concert, .liste, .musique, 2007, 2007.12 Avent en musique, party
N°9
- L'album de l'année, jusqu'à maintenant.
Au deuxième rang, à la Flèche d'Or, deux filles dévorent le concert de Menomena, se tenant par le bras le regard brillant. Elles avaient fait la queue devant moi pour aller aux toilettes, cet espace étrange de la Flèche d'Or où les filles attendent leur tour juste devant les urinoires. J'avais alors attrapé au vol leur goût prononcé pour Friend & Foe, l'album de Menomena, l'a priori positif que la belle performance du groupe confirmait admirablement.
Menomena, des chansons assez classiques où surgissent souvent des explosions puissantes, des montées d'engagement fortes, où se glissent presque en permanence de tous petits détails charmeurs, quelques notes de piano, des soufflements de saxophone, un choeur discret. Ruptures énergiques et décorations musicales choisies avec justesse, ces chansons déboutonnent leur chemisier assez classique pour découvrir une profondeur blanche et belle. Sur la scène, les trois Menomena offrent en ligne leur énergie teintée d'émotion, une rangée sur le même plan pour un spectacle vivant plein d'engagement et de jeunesse, et spectateur du premier rang, je souris largement.
Oui, Menomena, c'est une jeunesse qui tente avec enthousiasme de petits risques dont nous sommes les témoins ravis. Un concert fort, un album plutôt réussi, qui suggèrent surtout une forte marge de progression. Et une pochette d'album que je me lasse pas d'observer, assemblage méticuleux de petits personnages de bande dessinée, croqués par Craig Thompson, un de mes auteurs favoris. La fantaisie de ces dessins entremêlés s'associe parfaitement au dynamisme du groupe, et le concert parisien d'octobre dernier a dû être une expérience superbe : les musiciens dans leur investissement puissant, et, au fond, Craig Tompson noircissant une large tenture de bonshommes hilares et biscornus.
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Robin LE WILLIAM-NORTH
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Libellés : .concert, .musique, 2007, 2007.12 Avent en musique
N°10
Paysages de campagne désolée dans un probable pays de l'Est, des silhouettes et des figures regardent immobiles la caméra, moustaches, cheveux courts, jogging aux couleurs vives. Et au bout de plusieurs plans purement descriptifs, enchaînement d'images pour une peinture du lieu, un jeune homme ouvre doucement la bouche, cheveux très courts, assis sur le lit au milieu de sa famille. L'exploration se poursuivra dans un doux glissement, avec le regard impassible de ce chanteur de la caméra, répétant les quelques mots qui forment les paroles, I believe You could be What I need To believe.
L'assemblage s'avère plutôt fin pour une chanson aussi simple et directe, une chanson pour danser délicatement, et l'assemblage de ces paysages ruraux et du synthé basique dégage une atmosphère troublante. Musique et parti pris fournissent un témoignage juste d'une situation contemporaine, et même si l'idée n'est pas extrêmement originale, elle s'écoule agréablement, et symbolise une certaine exigence esthétique des Simian Mobile Disco.
Le terme exigence esthétique est certainement excessif, mais les Simian Mobile Disco ont peu à peu fait preuve d'une cohérence sympathique, qui, sans jamais se prendre trop au sérieux, me semble entrer en résonance avec divers états d'esprit d'actuels. Des étudiants en art diront que la composante artistique est maigre et sans génie, et pourtant, dans un cadre pop, leur petit univers flotte rafraîchissant.
Un univers où les groupes portent des noms composés, assument leur projet dansant, où les albums eux aussi doivent s'afficher beaux, sans se perdre dans une banale pochette à dessin : un fond herbeux et les quatre verbes qui composent le titre de l'album "ATTACK DECAYSUSTAIN RELEASE", mystérieux mais percutants par le rythme bref et légèrement déséquilibré. Un égrènement tout aussi déséquilibré qui soutient leur premier tube "It's thebeat", où cliquettent des détonations électroniques séparées, où le chant adopte un tempo distant et hypnotique, un monde au noir et blanc binaire et instable, comme une vieille pélicule moderne.
Mais c'est le duo de vidéos proposées pour le morceau "Hustler" qui symbolise leur approche. Dans la dernière version, des mannequins en maillot de bain prennent des poses provocantes sur une scène dénudée et intensément éclairée, entamant peu à peu une orgie de malbouffe, miel, pâte à tartiner, chantilly, glace, ingurgitée le plus salement possible. Flots de fluides au ralenti conclus par les vomissements colorés de ces probables anorexiques : vulgaire et sans grande finesse quant à la satire du paraître, mais assumé, fascinant.
Pourtant, la première version d'Hustler s'écoulait plus fascinante encore, longue galerie d'adolescentes désoeuvrées, assemblées dans un salon pour une partie de téléphone arabe dérapant progressivement en embrassades collectives. Les coupes, les maquillages, les regards et les couleurs glissent parfaitement actuelles, dans un scénario au mauvais goût franc mais digeste. Car les meilleures musiques pour danser s'invitent ainsi : sans finesse, vulgaires, mais sources de désir immédiat, synonymes d'une transe à l'oubli exaltant.
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Robin LE WILLIAM-NORTH
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Libellés : .clips video, .liste, .musique, 2007, 2007.12 Avent en musique
N°11
Prochainement sera publié un album ayant pour thème l'Ile-de-France, sa petite et sa grande histoire, ses personnages, ses lieux, faits divers, ses symboles. On y croisera des chansons évoquant le château de Versailles et la Tour Eiffel, Gavroche, peut-être, le PSG, les grèves de métro, Paris Plage, le Vélib', "Paris Libéré", des adolescents électrocutés ou renversés à mini-moto, les films de la Nouvelle Vague, les Champs-Elysées noirs de monde pendant une Coupe du Monde. La musique sera dense, moderne et libre, et les paroles riches, fluides et parfaitement recherchées, pour faire tenir toute une mythologie contemporaine en une vingtaine de titres et soixante-dix minutes environ.
Puis il sera temps d'enchaîner, au bout d'un an ou deux, sur le Nord-Pas de Calais, puis sur la Bretagne. Un album par région, toutes joliment croquées par un artiste ambitieux.
Rêvons un peu, mais qui oserait s'astreindre à une telle démarche ?...
C'est un projet plus ambitieux encore qu'a défini Sufjan Stevens : réaliser un album par état des Etats-Unis, et pour l'instant, pas de petits albums de quelques titres reposant sur quelques clichés touristiques. De riches recueils chargés de recherches approfondies, des mélodies allant de la ballade folk à la comédie musicale, des choeurs, de l'humour. Il a immortalisé le Michigan, et surtout, en 2005, l'Illinois. Come on, feel the Illinoise!, album de l'année 2005 pour beaucoup de critiques.
Vingt-deux titres aux références multiples, parvenant à remplir sans mal une page entière de Wikipedia. L'exposition universelle de Chicago, des allusions aux Metropolis de Superman, le jour de Casimir Pulaski qui est férié en Illinois, la Nuit des Morts Vivants, Al Capone, l'homme le plus grand du monde ou encore un serial killer. Toute une mythologie historique nourrie par une lecture des archives, doublée d'un jeu sur les symboles pop. La couverture originale de l'album comportait même Superman, jusqu'à interdiction par l'éditeur concerné.
Pourtant, la puissance du disque ne tient pas seulement à cette performance descriptive, mais à la fantastique impression de richesse qui parcourt le disque. Richesse des paroles, les textes étant subtiles, magnifiques, et au vocabulaire varié, capables de jeux allitératifs tels que "Cannot conversations cull united nations?". Ce qui est plutôt beau dans une chanson pop. Mais surtout, la musique s'envole dans des arrangements imprévus, une ballade à guitare succédant à un jeu de cordes et de choeurs fournis.
A elle seule, la chanson titre m'a guidé dans des écoutes répétées nimbées de redécouverte : 6 minutes en deux parties distinctes, début avec un piano marqué, des vers courts, puis une partie instrumentale magnifiquement introduite, qui conduit au deuxième moment dans un glissement fluide. Les choeurs féminins répondent alors à la voix de Sufjan, c'est beau, touchant, et j'y ai découvert fasciné l'expression anglaise "I cry myself to sleep". Le pouvoir évocateur et condensé de cette expression m'impressionne toujours depuis six mois, associé à ce superbe Come on! Feel the Illinoise!
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Robin LE WILLIAM-NORTH
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