2008/11/10

Il neige en Angleterre en octobre

Mercredi 29 octobre, le soleil se lève sur Sandridge et la lumière glisse sur la blancheur, il a neigé cette nuit. Trois, quatre centimètres bien étalés et bien dures, le gel est au rendez-vous également. Les voitures doivent sortir leurs chaînes dans ce petit lotissement de la banlieue londonienne pour rejoindre la route nationale.

Le soir, le chauffeur de taxi me dira que ce n'était plus arrivé depuis le début du vingtième siècle - mais je ne suis pas certain d'avoir bien compris l'année exacte ; il y a très longtemps, aucun doute là-dessus.

Avec ce grand ciel bleu, cette lumière froide et les arbres encore tapissés des couleurs de l'automne, j'ai pu bien m'amuser avec mon appareil photo en attendant le bus. D'autant qu'il est arrivé bien en retard, avec de telles conditions routières surprises...




29/10/2008 - Sandridge

2008/11/09

Waterloo Bridge sunset

Changement d'heure et décalage horaire, la lumière décroit dès 16h à Londres en cette fin octobre. Idéal pour jouer avec le ciel orange et la lumière rasante, par exemple tenter d'imiter les ciels de Turner depuis le Waterloo Bridge, le London Eye à main gauche et Big Ben au fond à droite.




29/10/2008 - Waterloo Bridge, London

2008/11/05

English breakfast in restaurants and at home


Bacon, egg, tomato, sausage, beans and tea
26/10/2008 - Newburgh Street, London

Bacon, egg, tomato and toasts
02/11/2008 - Sandridge

2008/10/10

La guerre pour le bien-être se gagne par la transe et le cinéma

Atteindre le bonheur est une guerre dans laquelle il faut savoir prendre le glaive entre deux moments de repos.

Fil directeur singulier pour ce nouveau film de Bertrand Bonello, De la guerre, film lui-même très singulier. On en sort étonné, pas totalement satisfait par l'instabilité du film, mais gardant en mémoire toute une collection de scènes fascinantes.

A commencer par l'installation. Le personnage principal du film s'appelle Bertrand Bonello, cinéaste, et il effectue des recherches pour son nouveau script, centré autour de la mort. Il erre donc entre les tombes présentées dans un magasin de pompes funèbres, obtient le droit d'y rester en soirée pour s'imprégner de l'ambiance. Il passera finalement, par accident, la nuit dans un cercueil, expérience qui l'obsède encore et encore.

Le magnétisme personnel de Matthieu Amalric joue déjà à plein.

Planant, tâtonnant, il se retrouve alors dans une sorte de secte dénommée le Royaume, une communauté dans un grand château en campagne. "Ici, quand on ne jouit pas, on se repose", et il va peu à peu participer aux expériences organisées par Asia Argento et Guillaume Depardieu, ait d'entraînements en treillis dans le sable, de lectures érotiques, de chants, de danse, de discussions : toute la lutte pour parvenir au bonheur et au bien-être.

Le réalisateur ne fait pleinement participer à cette lutte à travers des scènes intenses, de purs moments de transes cinématographiques. Moments de musiques concrètes allongés dans la forêt. Gros plans sur des portraits de chefs amérindiens, sur un tirage immense d'Asia Argento, aux grains énormes et rugueux. Une longue danse de groupe dans la forêt, étirée durant toute la tombée de la nuit, entre des éclats de miroirs suspendus aux branches des arbres : immense moment de cinéma brut qui en appelle au sens, l'admiration de l'investissement des corps ondulant et de la mise en scène puissante.

Bertrand est musicien et compose ses plans avec une fluidité enivrante, maniant le travelling comme un faisceau de notes glissant sur une portée, laissant les comédiens s'approprier pleinement l'ambiance. Toutes ces présences s'affichent magnifiques, Amalric, Argento, Depardieu, Clotilde Helme, Léa Seydoux, Laurent Lucas, tous évoluent avec une étrange justesse entre les surgissements de notes et d'impressions posées sur l'écran.

Bien entendu, difficile de parvenir à un équilibre parfait avec une telle ambition, et les scènes sont parfois difficiles à appréhender et à s'approprier. Certaines restent insaisissables, telle cette longue errance de Matthieu Amalric dans les bois, le visage peint, une machette à la main, rejouant Apocalypse Now tout seul au coeur de la campagne française.

Au milieu du film, de retour du Royaume, Amalric retrouve sa compagne. Il lui explique qu'il veut vivre avec elle, mais pas comme un couple normal, plutôt dans une recherche permanente de la beauté, du rare et de l'intense, de l'unique, même en allant faire les courses au supermarché. Clotilde Helme lui répond que cela ne la dérange pas d'aller faire les courses en couple comme tout le monde, que cette banalité à deux, elle la trouverait belle.

On peut justement reprocher à Bertrand Bonello de viser presque en permanence au sublime, de tisser sans cesse des plans magnifiques entremêlés de références, au risque de perdre le fil de ses ambitions, de perdre le spectateur. Mais cette recherche est sa guerre personnelle, sa lutte pour atteindre l'accomplissement : ni le bien-être ni la beauté ne sont faciles, alors il faut savoir suivre l'étendard de ce général ambitieux et se réjouir des petites victoires sublimes qu'il sait distiller.

2008/10/05

Contre la fatigue, écoutez de la musique (et lisez Doc Nick)

Début octobre, la température baisse, le travail vole bas et les vacances semblent loin, celles d'été comme les fêtes de fin d'année. Conditions idéales pour un petit coup de fatigue quand, soudain, on réalise que la nuit tombe bien tôt, maintenant, et que l'ombre dure le matin.


Alors, avec le retour d'une discrète lassitude, quoi de mieux qu'un peu de musique enjouée pour garder le sourire ?

J'ai donc rappelé ce cher Doc Nick, confiant dans ses ressources et son sens de l'à propos. Cher Doc, quelle musique conseilleriez-vous pour lutter contre la fatigue du début d'automne ?

Mon petit préféré, quand la tension baisse, c'est toujours Help!, des Beatles. Une intro survitaminée, des choeurs, une guitare qui court, voici le début des années soixantes et l'insouciante jeunesse, tout bondit ! La pop, la pop, rien de tel qu'une bonne pop électrisante pour reprendre pied et retrouver le tonus. Tarantino  semble d'ailleurs de cet avis, puisqu'il s'est emparé de T.Rex dans son film Deathproof, au sautillement tout aussi irrépressible.

Je dois avouer que mes petit préféré en la matière, c'est Supergrass et le premier album, I should coco.

Une petite merveille de power pop, toute la vitesse du punk sans trop de nihilisme, juste la rage souriante de ces jeunes de moins de vingt ans. Quel début d'album ! Difficile de respirer dans cet échaînement de titres, idéal pour se réveiller ou entamer une réunion importante avec le sourire. A quoi bon boire du café ? Une même urgence pop et réjouie se retrouve dans le premier album des Strokes. Le même genre de tubes courts et pétillants qui s'enfilent comme des perles, rythmiques tendues et guitares aigrelettes, de la pop exquise, sucrée et électrisante.

Electrique, même. Les Strokes, c'est tout de même plus rock que pop.

Tu dis cela parce que les guitares sont plus acérées ou juste parce qu'ils font de la pub pour Converse ? Au niveau des Strokes, le rock s'écoule dans sa version presque originale, c'est-à-dire pop et immédiate, dangereux par son énergie et sa rapidité plus que par ses murs de guitares sur-saturées. Réécoute les premiers tubes, des années 55-56, c'est hurlé et agressif, mais surtout très dansant. Des chansons pour donner la pêcher et sauter en tout sens, sans pour autant se jeter les uns contre les autres pour le plaisir de jouer à l'anarchie. Le rock, c'est de la pop. Alors, bien entendu, quand on parle de rock, on pense plutôt aux tatoués, aux cheveux longs ou aux épingles à nourrices des punks qu'aux Beatles. Alors, pour te faire plaisir, disons que Supegrass ou les Strokes, d'une certaine manière, c'est de la power pop.

Je n'en attendais pas moins de ton sens de la formule. Mais je n'ai rien contre le rock, surtout anti-fatigue : c'est plutôt vivifiant, de hurler sur la violence brute de Nirvana, non ?

Nirvana, en effet, ça réveille, ça entraîne et ça porte, ça secoue dans tous les sens. Ma chanson préférée en la matière serait peut-être All Apologies, petite merveille de l'équilibre de Nirvana, ou de son sens du déséquilibre et de l'instabilité. La voie écorchée et la rythmique ronde et brute du couplet, et toute l'éclosion du refrain, les hurlements. All Apologies, à mes yeux, c'est la chanson emblématique du paradoxe de Kurt Cobain, l'homme capable de mélanger parfaitement douleur et rage, la colère pour exprimer les profondes blessures. C'est avec cette chanson que j'ai cru saisir ses problèmes d'estomac, la profonde douleur physique qui se cachait derrière sa hargne. J'ai capté un soir de détresse et d'épuisement, et fasciné, j'ai écouté All Apologies huit ou neuf fois de suite, et le plaisir ne s'estompait pas. Nirvan, un très bon choix pour se redynamiser dans les coups de mou.

Je me voyais bien hurler avec Iggy Pop sur TV Eyes.

Oh oui, la profonde animalité de l'Iguane, son charisme et sa folie. Excellent choix, parfait exemple d'élan, de pulsion et de dynamisme brut. Et pas besoin d'être trop attentif pour percevoir sa puissance, ce qui est plutôt un bon point pour relever une tête endormie au réveil, je pense, non ? Quelques gros classiques de Heavy Metal pourraient également faire l'affaire, genre Led Zep ou un gros solo d'AC/DC, dans ce cas. Immédiat et magnétique, capable de soulever un stade immense sans effort, j'imagine donc que cela devrait pouvoir requinquer l'endormi le plus chronique. Voici des riffs, des anmplis et des hurlements, lève-toi et arrête de bailler !

Tu penses que n'importe quel énorme groupe pourrait faire cela ? Sauver de l'épuisement, facile quand on peut enivrer 80.000 personnes, à ton avis ?

A priori, oui, dis comme cela, je serais tenté d'acquieser. Mais, bon, en pensant groupe de stade, je songe tout de suite à U2, et cela me semble moins évident. U2, c'est le rock héroïque, le prototype de stade, le groupe pour faire reprendre les refrains poing tendus et coeur exhalté, mais je ne sais pas, à la réflexion, je ne le vois pas trop comme un groupe anti-fatigue. Certainement une affaire de goût personnel, à n'en pas douter, mais non, U2 me semble moins évident dans une telle fonction. Charismatique, assurément, chargé en tubes. Ce genre de groupe, un peu lyrique, ce serait plus à l'appréciation de chacun, je suppose, moins impérieux, moins irresistible. Je suppose.

Un peu comme Radiohead.

Tout à fait. Radiohead, c'est un charisme énorme, des chansons sublimes, mais une atmosphère tellement mélancolique, voire désespérée. C'est toujours fascinant d'entendre des foules entières reprendre des refrains aussi profondément pessimistes et paranoïaques. Cela ne me paraît pas évident que tout le monde souhaite gober cela comme de la vitamine C un matin cafardeux. A part ceux qui ne voudraient entendre que l'énergie des guitares. D'une certaine manière, Arcade Fire est un cas similaire. Lyrique et débordant d'énergie, une générosité fantastique dans leur musique et dans leurs prestations live. Mais, rappelons que leur premier album s'appelle Funeral, écrit dans une atmosphères de deuils successifs pour beaucoup dans le grouep. On a fait mieux comme post-combustion du petit déjeuner, mais chacun ses goûts.

Quoiqu'avec une chanson dénommée Wake Up...

Tu marques un point.

Mais, dans ce cas-là, le mieux serait toutes les chansons à textes, et ne garder que l'énergie brute. C'est-à-dire, d'un point d'une musique "non classique", les musiques électroniques.

Ca tombe sous le sens ! De la dance pure, et les pieds t'entraîneront tout seul ! Un vieux collègue amateur de big beat avait d'ailleurs une analyse similaire : si, après avoir passé deux tubes de big beat dans une soirée, l'ambiance de monte, c'est que tout le monde est mort. Une musique immédiate et irrésistible, un gros album des Chemical Brothers, et hop, la journée devient plus légère et tu danses sur ta chaise face à ton ordinateur. Idem avec un groupe comme The Rapture et leur rock danse ébourrifant, ou un riff souple et samplé comme ceux de Rinôçerôse, voilà qui mets du super dans la chicorée.

Ou mes favoris belges, les démoniaques 2manydjs.

Bien entendu, d'autant qu'avec la tambouille de ces belges fous, tout le monde y trouve son compte, c'est comme le pot au feu, et c'est mieux qu'une cure de Guronsan !

2008/10/04

Veste et bronzage dans un RER A nocturne

Nuit du 3 au 4 octobre - 00h45

RER A direction St Germain, entre les stations Gare du Nord et Rueil Malmaison
Wagon de tête

"Gare du Nord"
Deux filles montent dans le wagon et s'assoient dans un espace de quatre places libres. Dos vers l'avant du train, l'une se tient penchée en arrière, les fesses sur le bout de l'assise et les épaules en haut du dossier. Elle bouge la tête et parle et remue le bras, un sac crème se balance à son poignet, de la taille d'un livre avec une hanse dorée.

- Bon, ce soir, je vais vomir.

Elle rie, joues uniformes et oranges et lisses, pommettes lisses sous les yeux cerclés de noir et les paupières sombres. Cheveux jusqu'aux épaules, droits, uniformes. En face d'elle, une fille assise immobile. Cheveux droits et uniformes, les yeux cerclés de noir sur des joues lisses et oranges, plus petite.
Le sac crème oscille.

- Je te le dis, je me vois bien aller en Russie. Dans ces pays comme ça, il y a tout à faire. Il y a de l'argent à faire. Et tu te trouves un milliardaire. Genre Abra-a-movitch. Tu vois ? Il est super riche. Tu sais ? Enfin, c'est pas lui que je vise, il doit avoir quarante, cinquante ans. Mais il a des fils. Alors, comme ça, tu as de l'argent, tu fais ce que tu veux. Je me vois bien ainsi, la Françoise Sagan russe.

"Châtelet - Les Halles"

Trois filles montent, les deux déjà assises se décalent, assises près de la vitre. Une des filles juste arrivées est assise face à l'allée, vêtu de beige avec des épaulettes.
La fille au sac se penche, tête en avant, le torse à l'horizontal.

- Excusez-moi, je peux vous demander où vous avez acheté votre veste. Je la trouve trop belle.
- Merci. Je l'ai acheté aux Halles.
- Merci, merci beaucoup. Elle est vraiment très belle, cette veste.

Elle se redresse, la fille en face d'elle parle.

- Mais tu veux te marier, toi ?
- Oh oui, aucune hésitation. Alors, bien sûr, pas pour rester toute ma vie avec mon mari. Je ne suis pas naïve, je ne suis pas idéaliste. A la minute même où je dirai oui, à la mairie, je me verrai déjà au tribunal, devant le juge, pour le divorce. Mais je veux me marier pour avoir des enfants, je ne veux pas rester toute seule. Je ne veux pas fêter Noël toute seule. Genre tiens, un cadeau et un autre ? Ah bah non, pas d'autre cadeau, il n'y a personne d'autre. Comme ça, j'aurai au moins mes enfants. Enfin, parti comme c'est, je vais me retrouver à me marier avec Thierry Bienot. Au moins, qu'est-ce qu'il est beau.

Elle se tourne vers sa voisine, fille au visage uniforme et rose, au décolleté rond.

- Vous connaissez Thieryr Bienot ? Vous le connaissez peut-être.
- Non
- Il est vraiment moche. Mais bon, à force de traîner avec lui... Il faut dire... Tu as vu comment je bronze, maintenant ? A cause de ce produit. Je bronze carotte. Cet été, j'ai bien bronzé, mais c'était l'horreur. Tu as vu mes chevilles, cet été ? C'était carotte, y'a pas d'autre mot, pof, carotte. Peut-être qu'on pourrait aller au Gala de Dauphine.

"La Défense. Nous vous rappelons que ce train est en direction de St Germain et qu'il desservira toutes les gares".

La fille à la veste beige se lève, ainsi qu'une fille plus grande. Jean, une frange sombre sur sa peau noire. Elle se tourne vers la fille plus petite, celle tournée vers l'avant du train.

- Excusez-moi, je peux vous demander où vous avez trouvé votre veste ?
- Je l'ai trouvé en solde, la semaine dernière, chez Zara, à Madrid.
- Chez Zara ?
- Oui, mais à Madrid, je n'en ai pas vu des comme ça par ici.
- Merci.

Les deux filles debout sortent du wagon. La fille au sac à main dit.

- J'adore le métro. Tu as vu le lien social, les échanges qui se créent.

2008/09/23

Pomme d'amour et beignet à la confiture près de l'accordéon

La scène avec des danseurs amateurs et de l'accordéon, dans une rue, des tentes associatives. Et dans l'autre rue, le vendeur de crêpes et confiseries. Allez, une crêpe, joli goûter pour ce samedi ensoleillé.

Et pourquoi pas un beignet ?
Le vendeur coupe en deux le beignets, glisse quelques cuillères de confiture de fraise, le met à chauffer quelques minutes sur la plaque de cuisson. J'ai déjà sorti mes trois pièces de monnaie.

Il me donne le beignet, et aussitôt, me tend une pomme d'amour en bonus.
Trente secondes auparavant, il en avait déjà tendu à deux femmes longeant les stands, faisant apparemment partie de l'organisation.
Mon dieu, le patron est devenu fou ! Tout doit disparaître !

Pomme d'amour - Beignet à la confiture de fraise
20/09/2008 - Paris IIIème

2008/09/21

Accordéon et pomme d'amour là où y'a des frites

Samedi 20 septembre 2008 - 18h

Carrefour des rues Perrée, de Picardie et du Forrez, Paris IIIème

Des barrières dans la diagonale du carrefour, devant une estrade d'un mètre de haute. Un homme et une femme sont debout au milieu du carrefour, à côté de deux vélos blancs.

Sur l'estrade, un polo vert, un polo bleu ciel, un polo brun à rayures horizontales, trois hommes en lignes exécutent des mouvements simultanément. Ils tournent sur eux-mêmes, sens inverse des aiguilles d'une montre, s'arrêtent torse face au carrefour, ils lèvent les pieds et bougent les bras sans avancer, ils marchent sur place. Ils tendent la jambe droite vers l'avant, quart de cercle de la jambe sur le côté, jambe tendue en diagonale, séparée d'un pas sur leur droite. Leurs deux pieds se collent, leur jambe gauche recule d'un pas et se colle à l'autre jambe, les bassins oscillent, hanches droite plus haute que la gauche, hanche droite plus basse que la gauche. Les jambes se croisent, jambe gauche devant jambe droite, et les jambes collées. Ils lèvent le bras gauche et le font tourner au dessus de leur tête, et ils se tournent au même rythme, dos vers le carrefour et face vers les bâtiments et dix personnes debout au sol. Puis face vers le carrefour, bras écartés à l'horizontal, puis dos au carrefour, et ils frappent dans leurs mains à hauteur de tête. Deux fois les mains sur la gauche et la jambe droite tendue, deux fois les mains sur la droite jambe gauche tendue, une fois à gauche, une fois à droite, une fois à gauche, puis ils plient le genou vers l'avant.



Les dix personnes devant la scène frappent dans leurs mains. Les trois hommes en polo descendent les escaliers et marchent devant l'estrade. Un homme montent les escaliers, il porte un chapeau blanc cylindrique, une veste noire, une chemise blanche avec un noeud papillon blanc, un pantalon noir à rayures blanches. Il parle.

- C'est maintenant au tour du numéro de Paris Bel-Age, mais, hélas, nous allons devoir attendre encore un peu, car l'accordéoniste est bloqué par la techno. Mais oui, très bientôt, nous allons pouvoir applaudir Paris Bel Age, un groupe de danse pour le très jeune troisième âge, disons. L'accordéoniste ne devrait plus tarder, il vient en voiture et s'est trouvé bloqué dans la techno parade.

Dans la rue devant l'estrade, une tente blanche, un homme avec un tablier blanc devant deux disques noires, des panneaux "Crêpes" et "Beignets". Il verse une pâte jaune sur un des disques, attend une minute, trempe un couteau dans un pot brun et passe le couteau sur la surface jaune. Il passe une lame plate entre le disque jaune et brun et le disque noir, rabat les deux moitiés du disque jaune et brun, plie le demi disque trois fois et le pose sur un carré blanc. Il tend le carré blanc et le disque jaune devant lui et un homme barbu les prends de la main gauche. L'homme en blanc saisit alors un baton portant une sphère rouge au sommet applati.
Le barbu tient le baton dans la main gauche et carré blanc dans la main droite.

Une femme en blanc parle sur l'estrade, un chapeau jaune à bande bleu sur la tête. Derrière elle, une femme dont la jupe noire porte trois lignes brisées blanches horizontales, un homme portant deux boites séparées par un tissu beige.

- Maintenant, donc, Paris Bel Age, l'accordéoniste est arrivé. Paris Bel Age, c'est une association de loisirs pour les troisièmes âge, nous organisons des danses, des thés dansants, des guingettes. Un car vous attend souvent place de la République, vous emmène et vous ramène. Au son joi. Au son joyeux de l'accordéon, les années soixante soixante-dix, le rock, la salsa, le tcha tcha, le passo. Tout ce que nos anciens dansaient, le rétro, des tubes. Moi, je suis des années soixantes, vous savez. Maintenant le baby boom revient en force, ils ont la forme, et ils ont besoins de loisirs, et c'est ce que nous leur proposons.
Avant de jouer, je voudrais applaudir toutes les associations. Alors un deux trois, un deux trois quatre cinq, un deux trois quatre cinq, un deux trois, bravo.
Je peux donc laisser la place à Nini, qui est une petite chanteuse Montmartraise, et qui va commencer par vous chanter "Là où y'a des frites".

L'homme rapproche et éloigne les deux boites boires, la femme à la jupe aux lignes brisées pose les mains en haut d'une barre verticale sur trépied.

- Avec Titine et Totor,
On s'enfile des litres
Les gros bleux ça fait mieux
Passer les Pom Pom

Devant la scène, l'homme au noeud papillon tourne en serrant la femme au chapeau.

- Là où la, où la, où la où Là où y a des fri i teu
Moi j'connais un p'tit coin près d'Saint-Cloud
Où l'patron vous pêche près d'un égout
Une friture de goujons pour cent sous
Qu'est pépè-è-re
Dans l'parfum d'une usine à trottins
On y sert d'la moule et du gros pain
Bébert vous le dira
Ah que c'est chouette tout ça
Bien servi sur un beau papier gras





2008/09/20

Lupus, quand la bande dessinée de science-fiction se fait roman graphique


Lupus et son ami atterrissent sur une nouvelle planète, prometteuse pour ses parties de pêche gigantesques et ses réserves généreuses de drogues hallucinogènes. Leur errance sabatique de fin d'étude devrait donc connaître une nouvelle belle étape, repoussant un peu plus encore le début d'une vie sérieuse d'adulte...


Des planètes enchaînées comme des perles, au folklore coloré et aux noms étranges, voici toute la richesse d'un bon space-opéra, et toute sa limite également, sa source de déjà-vu et son cache-misère : ces décors résonnent souvent comme un mélange de carnavalle et de vieux décors hollywoodiens, la vieille ruse de joeur le dépaysement pour masquer la faiblesse des récits. Difficile de ne pas songer à ces tics et ces facilités en parcourant les premières pages de Lupus, la bande dessinée de Frederik Peeters, car s'avance une nouvelle planète, des vaisseaux, des monstres marins mythiques, une jeune fille sans épaisseur croisée dans un bar : aïe, de la science-fiction convenue et paresseuse.

Mais comme souvent, dans ces cas-là, il suffit de quelques détails pour attirer la sympathie du lecteur. Ici, le bob et les chemises à fleurs portées par les deux accolytes. Echos évidents des déambulations hallucinées et gonzo de Hunter S. Thompson et son Fear & Loathing in Las Vegas. Voilà qui promet un peu de fraîcheur de la soupe quotidienne de la SF.

Mais l'originalité de Lupus dépasse vite ce simple bob, de par la belle maîtrise graphique affichée par Frédérik Peeters. Les cases étale leurs scènes dans un noir et blanc strict, mais dont les nuances deviennent rapidement fascinantes. Le trait se fait charbonneux, de longs aplats noirs, des raies instables, et soudain de grands espaces clairs et blancs, toute une gallerie de lumières et d'ombres se voient convoquées avec brio, installant une atmosphère profonde et riche, intriguante. Une sorte de film noir brillant et ambitieux, dosant réalisme et fantaisie futuriste, avec en particulier un magnifique sens du cadre.

Un couteau, une pelure de pomme de terre ou quelque lit vide, un soleil juteux et pesant dans un immense espace blanc. Peeters joue magnifiquement des cadres et des gros plans sur le décor, plantant parfaitement une atmosphère d'attente et d'errance, sensible dans les détails matériels les plus triviaux, posés dans des cases silencieuses à la puissance surprenante. Peeters joue de sa caméra dessinée avec brio, jusque dans son rapport aux personnages, qui se voient décortiqués dans leur regard ou les parties du corps les moins prévisibles, glissés dans l'élan d'une discussion avec une finesse souvent saisissante.

Car la grande richesse de Lupus tient à son caractère composite, l'équillibre qu'il sait trouver entre pure science fiction et profondeur des personnages. Oubliant ses réserves sur les limites de la Science-Fiction, on se régale des quelques scènes de poursuites ou des jolies idées planètaires, comme cette planète de maison de retraite réservée au troisième âge. Mais le récit n'avance pas seulement dans les voyages et la fuite de ses personnages, il creuse encore et encore leurs états d'âme dans de longues pages statiques, des réminiscences incontrôlées, des souvenirs d'enfance, de longues discussions nocturnes où les personnages s'interrogent sur la vie ou la mort, le rapport à l'enfance, l'importance d'un ami. Ses scènes se voient parfaitement dosées et délicatement supportées par le dessin brillant, et cette profondeur psychologique atteint son apogée dans le quatrième et dernier tome, huis clos immobile où les pages oniriques et surréalistes sont plus nombreuses que les deux ou trois accélérations d'action.

Quatre tomes seulement mais une oeuvre magnifique, dont il n'est possible de servir le pouvoir de suggestion et voyage en quelques lignes seulement. J'y reviendrai donc certainement dans les prochaines semaines, afin de partager au mieux ma découverte : le ravissement de découvrir un roman graphique mature qui ne soit pas autobiographique.

2008/09/14

Crêpe aux légumes en brunch à Québec

Crêpes aux légumes
Avec, en entrée, une salade de fruits : un brunch sain

09/08/2008 - rue de Bourlamaque - Québec