2008/03/10

Licht Fotos in Duisburg Universität

08.03.2008 - Universität, Duisburg

2008/03/09

Filmkunstkinos in Düsseldorf: Mnouchkine, Caubère et Molière un dimanche

Jeudi dernier, jour des sorties cinéma en Allemagne, j'ai découvert un terme allemand pour "cinéma d'Art et d'Essai" : Filmkunstkino. Ainsi, à Düsseldorf, il existe sept petites salles diffusant des films un peu plus choisis que ceux qui constituent l'ordinaire des multiplexes allemands. Ces salles proposent même une page internet, pour ne rater aucune séance en version originale.

Alors, entendons-nous bien, ces sept salles ne tissent pas un petit quartier latin au bord du Rhin. Les films restent majoritairement récents et américains, rarement en version originale, et certains laissent perplexes, comme "U2 3D" : magnifique projet artistique que la retranscription 3D d'une tournée du plus grand groupe rock du monde... Mais seules ces salles diffusent des films comme "I'm not there" ou "There will be blood", films américains pour festivals internationaux dont la diffusion allemande laisse rêveur. Et puis, miracle, certains films ont droit à une séance en avant-première en version originale. Mieux que rien, mais Paris reste loin.
Mais une des salles de ce réseau se démarque, le Black Box. Intégrée au Musée du Cinéma, elle propose régulièrement des films français, espagnols, italiens, deux ou trois par langue et par mois. Son cadre lui-même est des plus charmeurs, puisque le Musée du Cinéma est bâti sur les bords du Rhin, dans l'Altstadt, avec à ses pieds un bassin où flotte un voilier. Des cafés et des magasins de bibelot sont nichés dans les immeubles modernes qui entourent ce bassin, en faisant un lieu de promenade sympathique, ce qui agrandit le sourire en foulant les pavés qui mène au Black Box.
Et le sourire est particulièrement vibrant ce dimanche, car cette première visite au Black Box ne fait pas les choses à moitié. Il s'agit en effet d'aller voir le film "Molière" réalisé par Ariane Mnouchkine en 1978. La troupe du Théâtre du Soleil sur grand écran pendant 4h20, avec Philippe Caubère dans le rôle titre. Pour avoir entendu Caubère raconter le tournage de Molière dans une de ses improvisations, au Festival d'Avignon, je suis très curieux de découvrir ce film, et l'ironie est grande d'effectuer cette découverte dans une ville que je suis loin d'associer à mes plus grands souvenirs cinéphiles.

La salle du Black Box est mignonne, une douzaine de rangées étirées devant un écran, un orgue et un piano, et nous sommes 17 spectateurs ce dimanche. Je n'écoute pas les paroles d'introductions prononcées en allemand, puis le DVD est lancé. Joie d'une séance cinéphile en Allemagne, excitation de voir ce fameux "Molière", prudence face à la durée de plus de 4h, goût rarement prononcé pour les reconstitutions en costume : force est de constater que j'ai eu du mal à rentrer pleinement dans ce Molière tant attendu depuis jeudi dernier. La première heure m'a paru longue, plutôt agréablement filmée, mais sans véritable folie de jeu, d'approche, de point de vue, de reconstitution. Un gamin de dix ans marchant dans la boue, lançant des pommes à des fiacres ou glissant des boucles dans ses boucles pour être cajolé par sa mère : c'est autre chose qu'un blockbuster ou qu'un DVD sur ordinateur, mais encore ?

Mais il est également agréable de laisser un film gagner peu à peu son estime, et une splendide scène de carnaval a entamé ce travail de conquête. Quelques minutes auparavant, une poignée de dévots costumés à moustache discutaient longuement dans un bureau et je soupirait, mais là, voici toute une foule de masques, de cris, d'énergie, une caméra qui flotte doucement et une folie communicative, une beauté troublante, et de magnifiques insertions symboliques, comme cette énorme charrette remplie de branches enflammées, qui sème ses douces flammettes sur le chemin en Petit Poucet embrasé. Voici l'enthousiasme du Théâtre du Soleil, voici sa vie.

Dès lors, la suite a été de plus en plus agréable, les passages les plus narratifs faisant progressivement sens à mes yeux, moins utilitaires, et surtout, une magnifique collection de grands moments s'est construite peu à peu, entre trouvailles visuelles et superbes instants de théâtre. Des acteurs perchés sur une scène qui flotte sur la prairie, emportée par le vent. Un Molière masqué et bouffon seule en scène, face au roi. Une douce répétition du Tartuffe, comme un tête-à-tête, où Molière fait entendre délicatement la langue qu'il assemble. Un mariage arrangé célébré à l'église, dont la différence d'age et la violence sourde touchent terriblement. Un repas bruyant, enjoué, chahuteur, et qu'une parole suffit à rendre silencieux et grave. Et surtout, la mort de Molière va longuement flotter dans ma mémoire par sa construction géniale, montée d'escalier entrelacée en boucle avec des souvenirs, instant dilaté par les comédiens qui finissent par courir sur place.

Ainsi, cette après-midi, par-delà ma découverte d'un cinéma sympathique à Düsseldorf, j'ai eu la joie d'assister à une déclaration d'amour au théâtre, doublée d'une belle déclaration d'intention : faire du théâtre un reflet de son époque, un engagement jusque dans la forme. J'aurai pu plus mal tomber, pour un premier Filmkunstkino, non ?

2008/03/08

Bauarbeiten in Duisburg, couleur et géométrie entre les pavillons

Encore une promenade non loin de l'université, les pavillons luxueux du côté du bois et les petites maisons vers le centre-ville. Soudain, la chaussée se rétrécit en une voie unique, le trottoir et le goudron accueillant barrière, engins et métal pour des travaux. Apparemment, remplacement de tuyaux, au vu de la longue tranchée percée dans l'Einbahnstrasse, la voie en sens unique au milieu de laquelle se dresse une pelleteuse.

Entre les briques et les arbres s'étirent des couleurs vives et de la rouille, de longue lignes, des perspectives et des plans, des premiers, des arrière plans et des cadres. Des conditions tentantes pour se risquer à des photos, des expériences visuelles pour capter la douce séduction ressentie. Teintes et géométrie, ou, simplement, petit garçon face aux gros camions ?

24.02.2008 - Duisburg

2008/03/07

Fisch und Paste in Düsseldorf

Lachs im der Wok

03.03.2008 - Nordsee - Düsseldorf

2008/03/06

Mais la lumière est prête à déchirer la grisaille de Düsseldorf

02.03.2008 - Düsseldorf

2008/03/03

Suppen in Düsseldorf Hauptbahnhof

Tomatensuppe

Sellerisuppe

29.02.2008 - Düsseldorf Hauptbahnhof

2008/03/02

Faire l'amour, un subtil et profond plaisir littéraire

Marie et le narrateur viennent d'arriver à leur hôtel de Tokyo, accompagnés par de nombreuses malles. Près de cent quarante kilos de bagages éparpillés dans leur chambre du seizième étage, des piles de robes sur le lit, un portant de voyage. Avec les différents vols, ils n'ont dormi qu'une poignée d'heures sur les deux derniers jours, et la tension accumulée n'allège pas leurs rapports. Marie pleurait déjà dans le taxi les emmenant de l'aéroport.

Dans cette nuit brouillée par le décalage horaire, ils vont faire l'amour pour la dernière fois, sans passion, sans jamais se détendre, sans s'écouter. Ils vont fuir, puis sortir comme en pyjama dans la neige de l'hiver japonais, marcher sans but pour oublier l'absence de sommeil. Ils vont se disputer, prendre conscience de leur rupture inévitable.

Le lendemain matin, Marie pleurera en silence derrière ses lunettes noires, et le narrateur sautera dans un train pour Kyoto (simplement accompagné d'une forte fièvre et d'un rhume)

Avec Faire l'amour, paru en 2003, Jean-Philippe Toussaint nous offre une nouvelle histoire de couple tiraillé, comme dans La salle de bain, comme plus tard dans Fuir. Très peu de personnages secondaires autour de ce couple, une action décrite sur de courtes périodes, voici encore une fois un récit net et précis, centré sur un sujet tellement français : un couple se sépare. On pourrait croire à un film du microcosme parisien.

Mais Toussaint séduit par la précision de son style. Les phrases sont simples, sans richesse excessive. Un style fin, tout son style passe par le rythme, l'ajustement précis des mots, des paragraphes. Il n'est pas besoin d'en dire plus, et ces scènes réglées séduisent immédiatement l'amateur ravi de ces retrouvailles, ou emportent l'adhésion après quelques pages, pour le nouveau venu.

Un rythme parfaitement maîtrisé jusque dans sa capacité à introduire les ruptures à bon escient, les accélérations, une phrase ou deux soudain ne veulent plus s'arrêter et continuent encore et encore en entraînant le lecteur qui ne peut que suivre les lignes, les mots sans une virgule, le souffle de pensée qui aspire derrière lui tout l'air de l'esprit jusqu'à le surprendre encore et encore.

Ou parfois quelques énumérations. Mais rarement. Toussaint n'abuse jamais d'un procédé.

Et cette maîtrise technique s'affiche au service des nuances du récit. Nous voici face à une situation façon Lost in translation, un couple noyé dans le jetlag d'un hôtel de luxe de Tokyo, mais l'auteur évite la situation monolithique. Pas de théâtre unidimensionnel centré uniquement sur la chambre, poussant parfois jusqu'au bar ou dehors pour un karaoké. Par petites touches, Toussaint glissent ses deux personnages dans la neige, dans une galerie d'art, dans le métro, dans un train, dans une piscine surplombant la ville, à Kyoto. Les situations restent liées et proches, mais la cohérence sait s'illustrer de plusieurs facettes.

Cependant, la face la plus riche de cette cohérence à plusieurs dimensions, c'est certainement ce profond sens de l'étrangeté. Toussaint introduit des situations surprenantes, pas uniquement liées aux surprises pittoresques du Japon. Ainsi, dès la première ligne apparait un mystérieux flacon d'acide chlorhydrique, et ce produit imprévu sera suivi d'un fax reçu en pleine nuit, d'un club de sport visité la nuit, d'une sortie pieds nus dans la rue, d'un tremblement de terre. L'humour, le symbolisme et la surprise s'invitent dans les phrases simples et précises, et l'on découvre peu à peu une profondeur originale.

Pages après pages se construit donc un cheminement psychologique fouillé, à l'aide de scènes frappantes au fort pouvoir visuel et évocateur. Les formules et les images marquantes parviennent ainsi à piéger la durée dilatée de cette période brève, mais charnière, ces quelques jours dont les détails resteront mémorisés un à un. Une période de rupture amoureuse, ses anecdotes et ses remises en cause, et par là toute son universalité.

2008/03/01

Ensalatas en el Café Alegria, en Düsseldorf

Top: ensalata oeufs / jambon / fromage / thon
Bottom: ensalata boeuf / ananas

29/02/2008 - Café Alegria - Düsseldorf